« Le propos de mon oeuvre n’est pas l’art, c’est la vérité », voilà pour l’ambition de Dick. Le dernier qui a dit « Je suis la vérité » – Jésus – a fini sur une croix, et s’il revenait aujourd’hui, il finirait probablement à l’hôpital psychiatrique. Ses visions Dick préférera les vendre à des pulps aux couvertures criardes, maquillés en nouvelles ou romans de science fiction.
L’impasse Overbeck
Dans son ouvrage, De Hegel à Nietzsche, Karl Löwith dessine le destin de la philosophie idéaliste allemande comme entreprise de dissolution de la religion chrétienne, poursuivant la geste de la Réforme à un niveau plus vaste et plus profond. Kant était né dans un milieu piétiste et avait suivi des études théologiques. Hegel, Schelling et Strauss étaient séminaristes à Tübingen, qui dispensait un enseignement à la fois théologique et philosophique sous l’égide de l’Église protestante du Wurtenberg ; quant à Nietzsche, sa vocation première était de devenir pasteur. La théologie devint une dialectique, la doctrine du Salut une philosophie de l’histoire, la vie de Jésus un mythe et la religion un humanisme. L’idée était la fondation d’une morale qui ne s’appuie ni sur la foi ni sur les dogmes de l’Église : une morale humaine, fondée sur une certaine idée de l’autonomie inspirée du libre examen protestant, capable de dicter un comportement et une politique. La liberté de l’homme se reconquérait par la lutte contre l’Église de Rome jusqu’à l’atomisation totale de celle-ci en une myriade de chapelles protestantes, jusqu’à la « all those lonely people » de notre modernité : toute nouvelle union politique ne peut désormais plus venir que d’en bas, de l’homme. Ainsi Kierkegaard se tourne-t-il vers chacun, mais isolément, et Nietzsche parle vers « tous et personne ». Ce n’était que le prolongement du vieux débat sur la nature du Christ, qui de fils de Dieu devint pleinement homme, puis simple bourgeois, avant de finir révolutionnaire marxiste appelé à faire descendre le paradis terrestre sur terre.
Mais c’est Overbeck qui porta le coup de grâce à la religion : deux mille ans après, le Christ n’est toujours pas revenu. Les premiers chrétiens vivaient dans l’attente du « jour est proche », l’imminence de la fin des temps dictait leur conduite, leur éthique et leur refus des biens matériels de ce monde – mauvais placement dans le royaume de Dieu. « Jésus annonçait le royaume et c’est l’église qui est venue », disait Alfred de Loisy. Sous l’influence de la philosophie grec, et pour défendre l’Évangile contre les hérésies gnostiques, qui n’étaient qu’une métaphysique de l’Évangile, saint Paul se fit théologien et l’Église se solidifia en dogmes, hiérarchie, docteurs et sommes théologiques, s’éloignant de la religion telle que la vécurent les premiers chrétiens des temps apostoliques. La religion était elle-même devenue une métaphysique, une cathédrale vide et la philosophie idéaliste allemande n’avait fait que le démontrer. C’est le temps qui avait tué le christianisme.
Nous en étions là jusqu’à ce qu’un écrivain de SF vivant dans la baie nord-californienne, Philip Kindred Dick, subisse l’ablation d’une dent de sagesse – Sophia – sous Penthotal, un anesthésique puissant servant aussi bien de sérum de vérité pour tortionnaire français en Algérie que pour les injections létales des bourreaux américains. Les effets se dissipant, il obtient alors d’autres antalgiques qui lui seront apportés par une infirmière portant le signe du poisson : « Symbole des premiers chrétiens », dit-elle, avant de s’éclipser. Il se pourrait que cela soit, bien entendu, conjugué avec les effets de la douleur, du Penthotal et du bourbon, ce qui ait causé sa « vision ». Dont il eut beaucoup de mal à dégager une cohérence, les huit mille pages de son exégèse en témoignant, ainsi que Siva, premier volet de ce qui fut appelé « La Trilogie divine ». Sa conclusion : « Le temps n’existe pas », donc nous vivons encore dans les temps apostoliques. L’Évangile est sauf.
« Nous savons que nous sommes de Dieu, et que le monde entier est sous la puissance du malin”Jn 5:19
S’agit-il seulement d’une vision ? Il préfère parler de « théophanie », d’auto-dévoilement de Dieu : son buisson ardent. Pas spécifiquement du domaine de la vue donc. Et celui-ci de lui parler en quelque sorte, à la manière dont Dieu est susceptible de s’exprimer : « L’impression (pour lui) de voir et d’entendre réellement mots, images, silhouettes, pages imprimées, en bref Dieu et le Message de Dieu, le Logos » (p. 34). Il y eut ensuite un dévoilement de la réalité derrière l’hologramme, il vit « le paysage de la Californie refluer pour laisser place au paysage de Rome, premier siècle après Jésus Christ », en surimpression (p. 60). Puis un rêve : il recherche enfant une vieille revue SF chez des bouquinistes, une série hors de prix intitulée L’Empire n’a jamais pris fin. Nous imaginons bien que la retranscription de telles expériences ne peut se faire que dans le langage intellectuel et culturel de la personne qui la reçoit : c’est ainsi que l’élément commun des deux continuums espace temps sera décrit comme étant « une prison de fer noir » correspondant parfaitement selon Fat à la description qui est faite de celle-ci dans un « roman de SF bon marché » (p. 70) intitulé L’Androïde m’a pleuré un vrai fleuve. « Tout vivant, de tout temps, était littéralement encerclé par les parois de fer de la prison. » Une expérience mystique ne vaudrait rien sans la joie. Cette joie est portée ici par la vision de « chrétiens primitifs » lançant un assaut victorieux contre la prison (p. 71). Maintenant, à Horselover Fat, jumeau malade de Dick dans Siva, de se débrouiller avec ça.
Cette révélation demeure une expérience, c’est-à-dire qu’elle se vit comme un phénomène, qui certes ne se déploie pas seulement via les sens classiques, mais en ouvre d’autres (notamment la perception du Logos agissant au sein de la matière). C’est une phénoménologie qui doit concevoir et exprimer la forme même de ses surfaces réceptives, qui sont ici démultipliées selon toutes les dimensions de l’espace, du temps et de bien d’autres choses encore. Élément commun aux expériences mystiques : les voies de leurs perceptions sont étranges. Ainsi, c’est en écoutant une chanson des Beatles, « Strawberry Fields », que Dick sera informé de la malformation congénitale de son fils. Mais pas seulement en l’écoutant, en réarrangeant les mots et syllabes : ce qu’il entend n’est pas entièrement dans le message émis, il est aussi dans sa manière de l’interpréter, manière peut-être transmise par le message, ou alors était-ce en lui. L’émetteur a besoin de son récepteur, le signal seul ne suffit pas.
Ce qui est dit, du moins ce qu’il en comprend, n’a rien d’univoque. Nulle révélation, nulle initiation venues d’en haut qui dicterait un sens. Au contraire. Fat, pour retranscrire cette expérience, usera de toutes les voies, de toutes les explications possibles, confrontées, discutées, avec en main pour seul compagnon, l’Encyclopedia Britannica. De la métaphysique platonicienne – la caverne de Platon – jusqu’à la technologie extra-terrestre, en passant par la gnose et la cabale (qui n’est pas une gnose mais une phénoménologie cartographique de Dieu) : une métaphysique expérimentale, où chaque assertion est confronté au substrat réel de la vision. Il faut imaginer un esprit qui, frappé par une puissance d’information infinie, est entraîné dans un spin démentiel.
« Les drogues consommées pendant les années 60 constituaient la marinade où sa tête a macéré pendant les années 70. »
S’agit-il de l’effet de la drogue, du Penthotal en l’occurrence, ou le rayon rose informatif est-il une manifestation d’une épilepsie temporale atypique ? Aldous Huxley dans Les Portes de la perception soutenait que le LSD avait le pouvoir de faire voir derrière la réalité, sans aucune préparation spirituelle. Le LSD lève-t-il une inhibition des sens, une dés-obturation ou induit-il une perturbation ? S’agit-il d’activer directement un récepteur, ou simplement d’inhiber la recapture d’une autre substance ? Cela revient plus ou moins au même, cela dit la seconde option semblerait pencher vers l’idée qu’il pourrait s’agir de lever d’une inhibition. Pour Dick, rien de tout ça. « Il n’existe pas de chemin vers Dieu qui ne passe par la drogue : c’est un mensonge que colportent les fripouilles. » Autrement dit, selon Dick, le fait qu’il ait réellement vu Dieu est la preuve que cette vision n’était pas causée par la drogue. Et c’est le maximum de certitude qu’il sera possible d’obtenir dans ce domaine. Si vous voulez savoir ce que pense Dick de la drogue, il faut lire « Substance mort ». Disons que la drogue ne soigne rien, bien au contraire.
Une chose est néanmoins certaine : c’est la folie qui rode, et qui oblige Dick à se projeter dans un double, qui aura la lourde charge de formuler les spéculations capables de rétablir un minimum de cohérence dans le brouillage induit par la superposition de la Californie, période Fleetwood Mac, et de Rome, version apostolique. Comme on sacrifie un membre brûlé ou gangréné au-delà de tout soin possible, ou qu’une coque se forme autour d’un abcès. Lorsqu’il vit le Christ, la première chose que Fat/Dick lui dit est : « Nous avons besoin de soins médicaux. ». Dans l’exégèse de Dick, l’un des noms de Dieu est « Ce Qui Répare Ce Qui a été Brisé ».
Lorsqu’il reçut son expérience mystique, il semblerait que ce soit grâce à une certaine réplique de Parsifal que son esprit n’ait pas été pulvérisé : « Vois-tu, mon fils, c’est ici que le temps devient espace. » Voici ce qu’il vit : « Au cours de son expérience mystique de mars 1974, Fat avait été le témoin d’une amplification de l’espace : des mètres et des mètres d’espace s’étiraient en tous sens jusqu’aux étoiles ; l’espace s’ouvrait tout autour de lui comme si l’on avait ôté le couvercle. » Un « vide vide » mais qui pourtant était vivant, et l’aimait. Le temps, contracté en un instant unique, déverse dans l’espace la totalité de ce qu’il contient. Pour supporter ça, il faut savoir ne s’étonner de rien : c’est-à-dire se comporter tel Parsifal, c’est à dire comme un parfait imbécile.
Je ne sais plus si c’est la nature ou l’esprit humain qui a horreur du vide, mais ce vide qui s’est ouvert sous ses pieds, et qu’il a interprété comme étant le temps devenu espace, Fat va essayer de le combler avec toutes sortes de cosmogonies. Sa femme est morte, une autre l’a quitté. « Aujourd’hui, il n’y a plus d’Horselover Fat. Il ne reste que la blessure. » Ce qui revient à tenter de remplir le grand canyon avec un seau et une pelle en plastique. Le chemin sera long et hasardeux et il n’est pas improbable que quelques « secrets de l’univers s’y trouvent, quelque part sous les gravats ». À ce moment-là, l’esprit de Fat est détruit. Et la première phrase que nous adresserons au Christ sera : « Nous avons besoin de soins médicaux. »
Ces constantes références à la religion pourraient en rebuter plus d’un. Il ne s’agit pas tant de croire au Christ mais de penser ce qu’il y a derrière ce mot. Le médecin, et derrière cette idée, celle qu’il soit possible de réparer les choses. Sous le terme de Christ il faut entendre l’unique dogme religieux professé par Philip K Dick : l’idée que le brisé ne doit pas forcément être mis au rebut, qu’il s’agisse d’une vieille voiture ou d’une vie blessée. Ici, la question n’est pas de spéculer scolastiquement sur les secrets de l’univers et les différentes christologies mais simplement de sauver sa peau. Première phrase : « La dépression nerveuse de Horselover Fat commença le jour où il reçut un coup de fil de Gloria. » Fat semble partir très loin dans l’étude du gnosticisme, sous l’œil d’ailleurs ironique de Dick qui, quant à lui, reste imperturbable face à ces élucubrations. « Les malades mentaux n’usent pas du principe de Parcimonie Scientifique : la théorie la plus simple afin d’expliquer un ensemble de fait. Ils visent au baroque. » Le jugement est sévère et est donné dés le premier chapitre : « Fat poursuivrait sa descente longue et sinueuse dans la misère et la maladie, vers le genre de chaos qui, selon les astrophysiciens, est le sort promis à l’ensemble de l’univers. Fat était en avance sur son temps, en avance sur l’univers. Il finit par oublier quel évènement avait déclenché cette glissade vers l’entropie : dans sa miséricorde, Dieu nous masque le passé aussi bien que l’avenir. Pendant les deux mois qui suivirent le suicide de Gloria, il pleura, regarda la télé et se drogua davantage – son cerveau à lui aussi foutait le camp, mais il n’en savait rien. La pitié de Dieu est infinie » (p. 15).
La cosmogonie de Fat a une part d’inspiration gnostique : elle est une expression de sa blessure. « Ainsi que l’avaient énoncé les adeptes de l’hermétisme, microcosme et macrocosme se reflètent fidèlement comme dans un miroir. Muni d’un esprit défectueux, Fat avait balayé un sujet défectueux, et de son balayage lui était revenu un rapport selon lequel tout allait mal » (p. 59). Dick aime à se déchaîner contre Fat, contre ses penchants. Il est l’observateur amusé de sa débâcle. Ce livre en est le rapport. « Les déprimés se livrent souvent à des tas d’explications à ce qu’ils sont en train de subir. Il va sans dire que leurs recherches échouent. Enfin, elles échouent en ce qui nous concerne, car aussi triste que ce soit, on est bien obligé de constater que cela procure parfois un moyen bâtard de rationnaliser la décomposition de leur esprit » (p. 30).
Dans son ouvrage, Les Métaphysiques principales, Claude Tresmontant consacre une page et demie à la gnose, avec un renvoi : « Un lecteur qui voudrait s’initier à ce genre de spéculations, peut lire pour commencer le traité de saint Irénée, évêque de Lyon, au IIe siècle. » Tresmontant, qui n’a pas lu Dick, pointe quelques traits communs aux gnoses, qui sont des théosophies, c’est-à-dire « la prétention à connaître ce qui se passait et ce qui se passe au sein de l’Être absolu avant la production du monde multiple », une « prétention extravagante » rajoute-t-il. Ni plus ni moins que l’histoire de Fat qui a reçu un rayon rose envoyé depuis des millions de kilomètres de distance par un satellite extra-terrestre ou alors SIVA ou alors Zébra ou alors Dieu ou alors Élie. Il ne sait pas, même pas ça. Tout d’abord, « mettre la tragédie à l’origine du monde ». Ensuite, des systèmes qui sont produits exclusivement par l’imagination – qui se nomme « initiation » –, l’état initial de l’être avant la création ne pouvait faire l’objet d’une expérience, à fortiori scientifique. D’origine supra-humaine, ce savoir est indiscutable et n’a pas besoin d’être confronté à l’expérience. C’est au contraire à l’expérience d’être ramenée à la théosophie. L’expérience ne vaut rien, car il n’y a rien de valable à tirer de l’interaction de son esprit et de son corps malade avec le monde mauvais. Enfin, d’être absolument morbide dans son rapport au corps, à l’intelligence et à l’esprit : d’être une psychologie devenue cosmologie. Dick ne dit pas autre chose. En appendice de Siva est donné le « Tractatus Scriptura Cryptica ». Il y a bien un démiurge fou, un Hyper-univers II malade à l’intérieur du temps, et dans lequel nous nous agitons, mais phagocyté depuis toute éternité. « L’Un pleure cette mort, car il aimait les deux jumeaux ; il s’ensuite que l’information communiquée par l’Esprit consiste dans le récit tragique de la mort d’une femme, dont les résonances font naître chez toutes les créatures qui habitent l’univers hologrammatique une angoisse dont elles ignorent la cause » (p. 350).
Une somme de commentaires comme une poubelle renversée
Si Fat a vu des chrétiens des premiers jours en Californie, il assiste aussi dans sa tête aux controverses des premiers âges de l’Église, et d’Irénée contre les hérétiques. Plus toutes celles qui ont suivi. De la même manière que le temps s’est subitement aboli, l’histoire entière du rapport de l’humanité à la Révélation est étalée devant ses pieds, comme une poubelle renversée. Doug est le chrétien débile, Sherri la porteuse de la théologie figée, mortifère de la théologie tardive, quant à Maurice, l’agent des forces spéciales israéliennes devenu psychiatre, il est incapable de répondre à Fat autrement qu’en lui pointant la Torah sous le nez : « Qu’est-ce que c’est que ces conneries, tu n’as jamais lu la Bible ? » En fait, pour la comprendre, maints détours seront nécessaires, et chaque étape, chaque hérésie, contre-hérésie, devra être pensée pour pouvoir être ensuite abandonnée. Mettre à jour la contradiction de chaque système pour en précipiter la chute – « Tout système totalisant est paranoïaque », dit Dick –, se désenvouter des ensorcellements de chaque langage, sur-appareil conceptuel du monde venant se surajouter à celui-ci, tel un voile, Maya nous replongeant dans la caverne. Les ombres portées au fond de celle-ci sont bien celles des mots, mais au-dehors de celle-ci, il y a tout ce qu’on ne peut pas dire, et sur quoi il faut garder le silence. Mais pour l’instant, Fat est complètement largué.
Comment s’y retrouver ? Laissé seul avec son imagination et ses lectures, Fat ne va nulle part. Il faut une intervention extérieure. « Puisque l’univers est réellement composé d’informations, on peut dire que l’information sera notre Salut. Telle est la gnose salvatrice que recherchaient les gnostiques. Il n’est pas d’autre route vers le Salut. Toutefois cette information – ou plus précisément, la faculté de la lire et de la comprendre – ne peut être communiquée que par l’Esprit saint. Nous ne pouvons la découvrir par nous-mêmes. Ainsi, a-t-on dit que nous sommes sauvés par la Grâce et non par les œuvres, que la grâce tout entière appartient au Christ, qui est, je l’affirme, médecin » (p. 346).
Fat est il gnostique ? Une part de la difficulté de la question concerne ta définition de ce qu’est la gnose, ou le gnosticisme. L’autre difficulté revient à sa nature même, qui se présente souvent comme étant une connaissance unificatrice. Avec l’aporie suivante : il est très facile de démontrer que l’évangile de Jean est gnostique, si l’on oublie que plus probablement, ce sont les gnostiques qui se sont inspirés de Jean, et l’ont mené jusqu’à ses conclusions les plus radicales. Fat explore tous les possibles, jusqu’aux commentaires les plus radicaux des gnostiques. Jusqu’à ce que le château de cartes s’écroule et que tout soit à recommencer à nouveau, lorsque Maurice lui pointe que c’est Yahvé qui a créé le monde et non un démiurge mauvais. « En voulant l’aider, Maurice avait sans le vouloir rasé la citadelle où Fat se sentait à l’abri. » C’était probablement le plus grand service qu’il pouvait lui rendre : chaque école de pensée peut se concevoir comme une citadelle inexpugnable, capable de répondre à tous les arguments. Mais c’est aussi enfermer la vie dans une écorce. C’est à dire consolider le mal, là où la vie est flux, instable et fragile.
SIVA explore la multiplicité des commentaires sur le rayon rose, se confrontant aux interprétations limites du gnosticisme des premiers siècles. Fonctionnant alors comme une sorte de preuve ontologique de l’existence de Dieu par St Anselme : si je peux penser l’infini des mondes, les imaginer et les écrire en tant qu’écrivain de SF, alors l’infini est réel et Dieu est réel. Il est fait rapport de cela dans une petite fable écrite sous le nom de fragment 001 dans l’Exégèse et rapporté par Sutin : « A l’heure qu’il est tu concocteras un nombre infini d’hypothèses, un nombre limité par la seule durée de ton existence ici-bas, et non par la puissance créatrice, imaginative. Chaque théorie donne naissance à une autre, c’est inévitable. Laisse-moi te poser une question. Je me suis montré à toi et tu as vu que j’étais le vide infini. Je ne suis pas le monde ainsi que tu le pensais, je suis transcendant, je suis le Dieu des chrétiens et des juifs. Ce que tu as perçu de moi dans le monde et que tu as pris pour la confirmation de ton panthéisme, cela est mon essence, mais filtrée, émiéttée, fragmentée et viciée par la multiplicité du monde-flux ; il s’agit bien de mon essence, mais dans une de ses parties seulement : fragments épars, ici une lueur, là un souffle de vent… Mais à présent tu m’as vu dans toute ma transcendance, séparé du monde et différent de lui, car je suis plus que cela ; je suis l’infinité du vide, et tu me connais tel que je suis. As-tu foi en ce vide que tu as vu ? Acceptes-tu le fait que, là où est l’infini, je suis ? Et que là où je suis est l’infini ? – Oui, ai-je répondu. » Voici le père. Inutile de le défier.
Le Gaon de Vilna écrit : « Sache qu’il ne faut absolument pas spéculer sur l’Infini, béni Soit-Il, car il est interdit de lui attribuer une existence ne serait-ce que nécessaire. » Il est interdit même de le penser, c’est un péché de l’esprit. Ce péché de l’esprit, qui est celui de Fat, est aussi celui du Cardinal Harms de l’Eglise Catholique Islamique de l’un des mondes parallèles de l’invasion Divine. Le monde est alors dirigé par deux instances, l’ECI, et le parti de la Légation Universelle. L’un s’occupe de l’âme, l’autre s’occupe des corps. Et cette distinction même est mauvaise. « Le cardinal Harms consacrait la majeure partie de son temps à une activité secrète : il avait introduit les données du Proslogion de saint Anselme dans le vaste système d’intelligence artificielle Grande-Nouille, avec l’idée de ressusciter la vieille preuve ontologique, depuis longtemps discréditée, de l’existence de Dieu. »
Le Gaon de Vilna « Tout ce que nous disons de lui et des Sefirot concerne sa volonté et sa providence en tant qu’il est connaissable par ses actes. » Son existence ne se démontre pas, cette question même n’a pas de sens, c’est un péché de l’esprit. Ensof est le noumène, ses émanations son phénomène.
Rhipidon
L’équipe d’aventuriers de l’esprit, formant la société Rhipidon, fera la connaissance concrète de la pratique de la gnose : c’est la seconde partie du roman. L’histoire d’un très mauvais film, complètement cryptique, et dont le cryptage est intentionnel et artificiel, et effectué par des gens se prétendant des élus de Dieu. « Il s’agit de notre avenir, et il est entre les mains d’un très, très petit nombre. » « Tu ne pourrais pas être plus loin de la vérité, chérie, m’étais-je dit en l’écoutant ; il appartient à tout le monde. » À cette occasion, il pensera rencontrer Dieu, du moins un buisson ardent sous la forme d’une petite fille, qui, à la question « Qui es-tu ? » répond : « Je suis ce que je suis. » La question n’est pas l’existence de Dieu, mais la foi en la vérité de Sa parole. À ce moment-là, Horselover Fat est annihilé, et Dick finit par admettre que Fat est bel et bien lui. Et donc, qu’il avait bien un enfant, Christopher. « Enfin, me dis-je, financièrement je pourrais assurer, je pourrais m’occuper de Christopher. J’avais le blé et par bien des côtés j’aimais Christopher autant que son père. » La séparation est levée. Pour un temps. Kevin, ou David, a vu un fil qui dépasse. Sophia pourrait bien n’être qu’un simulacre de Dieu, un androïde singeant la divinité à coup de « je suis ce que je suis ». Encore une question indécidable. S’il y a un Dieu vivant, il doit y avoir en retour une profusion de dieux morts en copie, programmés pour débiter du discours divin au kilomètre.
Si Fat semble guéri, pas Dick. Fat, dans le fond, avait été intoxiqué par le Thanatos des femmes qu’il avait fréquentées. Pour lui, la solution était simple, et c’était la conception de l’Éros, et du principe de vie selon Kevin. « – Kevin a raison. Trouve-toi une fille pour baiser. – Qui ? Elles sont toutes mortes. – Il y en a encore des vivantes. Baises-en une avant qu’elle meure, ou avant que tu meures, ou avant que quelqu’un meure, humain ou animal » (p. 324). « Baiser une nana », comme un point d’ancrage dans le réel : la création est bonne. Chez Dick elle se présente souvent sous les traits d’une jeune femme aux seins nues, selon l’ancienne légende Perse, qui veut que l’homme juste
au moment de sa mort soit « accueillie par l’esprit de sa religion : une belle jeune femme aux superbes seins épanouis. ». Ce sont les seins de Lurine dans Deus Irae – « Elle portait en effet une chemise de coton blanc rétrécie après de multiples lavages, mais pas de soutien gorge, et avec l’éclairage indirect de la salle de séjour, ses tétons se projetaient en ombre sur le mur opposé, agrandis en de telles proportions qu’ils atteignaient les dimensions d’une pile électrique. », les seins de Donna et ses copines dans Substance mort : « tellement désirables – elles portaient des corsages à dos nu et des shorts, et pas de soutien-gorge. », et surtout les seins de la femme dans le Jardin de Palmes - « Une jeune femme avait déboutonné son corsage, et des gouttes de sueur luisaient sur ses seins ; le soleil dardait de chauds rayons » auquel correspondent dans la dimension humaine ceux de Linda Fox : « Linda portait une robe extrêmement courte, et même de loin il voyait le contour du bout de ses seins ; elle n’avait pas de soutien-gorge. » Le voile sera levé, et ce qui sera montré est désirable.
Dick, quant à lui, erre toujours dans ses multivers : son anamnèse le perturbe encore quelque peu. C’est alors qu’il se rappela un « incident ». Alors qu’il était sous le contrôle de Siva, il baptisa, à l’insu de sa mère, son fils avec du chocolat chaud, et lui donna l’eucharistie avec un morceau de pain à hot-dog. Et par là-même accomplit une triple réalisation. D’une part, il se rappelle qu’il a un fils, et que ce fils n’est pas celui d’Horselover Fat. Ensuite, il comprend que l’eucharistie, le sacrement le plus banal du christianisme est une actualisation de la Cène, et que donc « le temps a été vaincu ». « La plupart des gens qu’à travers le miracle de la transsubstantiation, le vin (ou le chocolat chaud) devient le Sang sacré, et l’hostie (ou le bout de petit pain du hot-dog) devient le corps sacré, mais il s’en trouve peu, au sein même de ces Églises, pour se rendre compte que la silhouette qui se tient devant eux avec le ciboire est leur Seigneur, vivant aujourd’hui : le temps a été vaincu. Nous sommes remontés de presque deux mille ans en arrière ; nous ne sommes plus à Santa Anna, Californie, USA, mais Jérusalem vers l’an 35 de l’E.C. » Ainsi donc, « La superposition de la Rome antique et de la Californie moderne que j’entrevis en mars 1974 n’était que la manifestation tangible de ce que capte normalement la conscience du fidèle et elle seule. La surimpression que j’avais perçue confirmait la vérité littérale – et non simplement métaphorique – du miracle de la messe. Je l’ai déjà dit, le terme technique est « anamnèse » : la perte de l’oubli ; autrement dit, le retour du souvenir du Seigneur et de la Cène. » Il y a deux anamnèses : celle qui ramène à la mémoire que nous avons chuté, et celle qui nous rappelle que nous nous en sommes relevés.
Code Quantum, ou le Tikkun Olam en marche
Sa vision n’est donc que la révélation du sens profond de la transsubstantiation. On ne découvre pas une idée, c’est elle qui vous invente, explique Dick dans l’une de ses conférences. Et ces grandes idées sont toujours les plus évidentes, les plus rabâchées en proverbes, contes pour enfants, films, gestes religieux. Elles sont tellement évidentes qu’elles en deviennent invisibles, car nous vivons dedans. Ainsi la messe, cette actualisation à travers les âges de la même Cène. L’eucharistie est ce point fixe des multivers que traverse Dick, le pivot des temps. Et celui-ci est vaincu, à chaque messe, venant contredire le jugement d’Overbeck. Il ne s’agit pas seulement de l’acte mental Kierkegaardien visant à effacer 1800 ans d’histoire du Christianisme, mais de sentir la présence réel du Christ, là quelque part dans le multivers, attendant simplement son actualisation. « Les pharisiens demandèrent à Jésus quand viendrait le royaume de Dieu. Il leur répondit : Le royaume de Dieu ne vient pas de manière à frapper les regards. On ne dira point : Il est ici, ou : Il est là. Car voici, le royaume de Dieu est au milieu de vous. »(Luc, 17:20-21) D’un même geste, Dick s’est débarrassé de toute la métaphysique, de toute la théologie qui avait finir par obscurcir la vérité de l’Évangile, les jugeant comme étant des activités certes amusantes, – d’ailleurs, Fat retournera à ses occupations, par goût mortifère. Sa vision, qui est une information vivante – comme le martèle en permanence Tresmontant, très inspiré de Bergson dont il relie L’Évolution créatrice avec les livres des prophètes sous les yeux, la création est permanente et la révélation est une succession d’informations – et qui dans sa forme même est comparable au chemin de Damas de saint Paul, ou aux prophéties d’Isaïe, pourrait bien être de l’importance de celle-ci. La vision d’un monde ouvert, intégrant des informations nouvelles, contre la vision païenne ou gnostique d’un monde clos, statique ou périclitant indéfiniment, se réinitialisant que pour le plaisir de sombrer à nouveau. Et surtout la vision d’un monde allant vers sa perfection, « de l’âge de fer à l’âge d’or » écrit Fat dans son traité pas si gnostique que ça. Les révélations faites à Dick concernent des visions du passé, la nature même des temps, et l’actualité permanente des temps apostoliques. Selon Dick, si Dieu est capable de former des miracles dans le présent, il est tout aussi capable de réparer le passé. C’est ainsi qu’il procède pour améliorer son oeuvre, peut-être par l’action de la transmigration des âmes justes (rappelez vous Code Quantum). Et nous n’avons aucun souvenir des bifurcations prises dans les temps passés.
Le roman s’arrête là, mais pas notre lecture, voici l’appendice précité. L’œuvre d’Horselover Fat, celui qui parle à la troisième personne, Dick lui-même, un condensé de son exégèse. Le fragment 47, intitulé « Cosmogonie de l’origine duelle », attire toute notre attention. Il s’agit explicitement d’une théosophie, une histoire de l’Un, qui était et n’était pas tout ensemble, et « qui désirait séparer le n’était pas de l’était ». Nous précisions plus haut que toute cosmogonie d’allure gnostique, c’est-à-dire tout propos sur les faits et gestes de l’Être suprême doit s’interroger comme étant symptôme psychologique, voir psychanalysé comme un rêve. Ceci sera lu comme polémique par les gnostiques qui méprisent la psychologie, et plus encore la psychanalyse, satanisme des profondeurs, car ils tiennent la théosophie pour plus importante que l’homme et ses pauvres affects. Mais dans le fond, les théories, les délires cosmiques n’ont aucun intérêt s’ils ne se rapportent à l’homme, s’ils ne nous disent rien sur lui, ou ne l’aident à vivre.
Retour à l’origine : ils étaient deux
Cette cosmogonie de l’origine duelle est l’expression en des termes si beaux et si poétiques, d’un fragment de la vie de Phillip K. Dick : ici, le macrocosme est le reflet du microcosme. Elle se lit en sachant ceci : sa mère portait deux jumeaux, Dick et Jane. « L’Un était et n’était pas, tout ensemble, et désirait séparer le n’était pas de l’était. », qui naquirent prématurément. « Le jumeau qui tournait vers la gauche creva le sac et se détacha prématurément. » Ce jumeau allait mourir faute de nourriture et de soins, c’est Jane. « Telle est l’origine de l’entropie, de la souffrance imméritée, du chaos, de la mort. » Dick souhaitait la sauver. « La psyché de l’hyperunivers I envoya une microforme d’elle-même dans l’hyperunivers II afin de tenter de le soigner. Cette microforme se manifesta dans notre univers hologrammatique en tant que Jésus Christ. » Mais cela était impossible, alors il dut la tuer. « Approchant sa tâche avec précaution, il s’apprêta à tuer la sœur désaxée puisqu’elle ne pouvait pas être guérie ; plus précisément, elle refusait de se laisser soigner car elle ne comprenait pas qu’elle était malade. » Ceci est l’explication que donne Dick de son penchant pour ce certain type de femmes qui lui causa dépression et malheur et dont il est longuement question dans Siva, avant la grande réconciliation qui aura lieu dans La transmigration de Thimothy Archer, par l’incarnation par l’écriture de Dick lui même dans sa jeune fille aux cheveux noirs, Angel. Il faut aussi imaginer la culpabilité immense de Dick, qui seul à survécu. « J’ai pris tout le lait, pense-t-il. » Sa mère, fautive et coupable, est anéantie. « L’Un pleure cette mort, car il aimait les deux jumeaux. » Et l’histoire de cette mort traversera toute la vie de Dick. « Il s’ensuit que l’information communiquée par l’Esprit consiste dans le récit tragique de la mort d’une femme, dont les résonances font naître chez toutes les créatures qui habitent l’univers hologrammatique une angoisse dont elles ignorent la cause. » Cette angoisse, Dick la connaît bien. Seulement, il n’a jamais connu sa sœur : c’est sa mère qui le lui a raconté. Voilà en quoi consiste ici « l’anamnèse », c’est le souvenir de la sœur morte. Tout espoir n’est cependant pas achevé. « Cette peine s’évanouira avec la mitose du jumeau sain et l’avènement du « Royaume de Dieu ». C’est son fils, Christopher : un Christ, c’est-à-dire un homme Dieu, dont on se souvient qu’il le baptisa pour le faire devenir un Immortel. Ultime fragment du Tractatus : « Mais sous ces noms divers, il n’est qu’un seul Immortel ; et nous sommes cet Immortel. » L’univers est une machine à fabriquer des dieux.
Ceci ne constitue en rien le sens de l’œuvre de Philip K. Dick. C’est simplement l’explication cosmologique que Fat – en tant que double perdu de Philip K. Dick – a donné à ses malheurs, le récit de sa vie, traversée par une douleur, la douleur de la perte d’un être qu’il n’a jamais connu, mais qui gît quelque part dans son inconscient, voire dans un monde parallèle auquel il n’a pas accès.
«j’ai été un enfant très solitaire, j’aurai adoré avoir une soeur pendant toutes ces années ».
J’évoquais plus haut une citation de Bergson. Dick semble l’avoir beaucoup lu. Ceci n’est pas dans Siva, qui est l’histoire d’une dépression et d’une conversion en quelque sorte, mais dans les conférences parues sous le titre Si ce monde vous déplaît… C’est l’histoire de l’évolution créatrice, d’un Dieu bon mais caché, car tout observateur se doit de l’être s’il ne veut pas perturber son expérience. « Il n’y a rien de sinistre là-dedans, aucun but trompeur : c’est simplement une nécessité. » Nous sommes ses instruments pour améliorer sa création « car tandis que celui-ci est caché, ces évènements nous confrontent directement, nous y sommes absorbés, et même, nous sommes les instruments qui en permettent la réalisation ». En ce qui concerne l’idée du mauvais démiurge, il la rejette tout simplement. « Certes, sur un plan purement théorique, on pourrait supposer que Dieu est mauvais ou fou et actualise des mondes allant de pire en pire, mais je n’arrive pas à envisager sérieusement une telle alternative. » Plus que ça, cette position est condamné comme étant celle du Bouc, du Diable, le Belial de « l’invasion Divine ». « Voici comment cette créature en forme de bouc envisage la totalité de l’oeuvre de Dieu, le monde que Dieu a décrété bon. C’est le pessimisme du mal. La nature du mal est de voir les choses en les noircissant, de prononcer un verdict négatif. De la sorte il détruit la création ; il défait ce que le Créateur a accompli. » p(367)
Retrouver Jane, la Torah, Malkhut ou la Shekhina, peu importe le nom que vous lui donnerez
SIVA était un livre spéculatif, sa suite, l’invasion divine – VALIS Regained en VO – est un retour à la forme classique de la science fiction. Nous avions laissé Fat dans la douleur de l’absence de sa soeur jumelle, la psyché éclatée en une myriade d’étincelles de théories et de mantra. L’invasion divine est une tentative de recoller le tout sous une forme narrative. Il s’agit d’un Dieu exilé sur une planète lointaine, nommé Yah, qui s’incarnera en un fils, Emmanuel pour immigrer illégalement sur terre. Il aura un accident qui le privera d’une partie de sa mémoire, et c’est une jeune fille à l’identité mystérieuse qui l’aidera à la retrouver, en fait l’histoire de la rédemption de Dieu. Il s’agit là de l’oeuvre rassemblant le plus nombre de thèmes chez Dick, peut être celle contenant sa forme de pensée la plus achevée. Il y a toujours ce rapport entre le macrocosme – ici l’exil de Dieu, Yah, amputé d’une partie de son nom, plus précisément une lettre, le « hé », qui est sa face féminine, qui le monde d’en bas, la Shekinah, pour reconstituer son unité – et le microcosme, la blessure intérieure de Dick, la perte de sa soeur jumelle, dont il recherchera l’image à travers les jeunes femmes aux cheveux noirs auxquelles il s’attachera comme à des ancres dans le réel. Quand au monde il est ce qu’on en dit : soit bénit par la Shekinah, soit maudit par Belial, le principe du mal, qui est de dire du mal de la création, ce mal s’actualisant alors. Tandis que l’oeuvre divine est sa réparation.
L’invasion divine est le roman du retour de Fat sur terre, de son retour à l’optimisme, depuis son exil dans les cieux spéculatifs où il s’était égaré. Zina lui apprend la beauté sous l’illusion, et prêche pour le réel, le défend : elle a un rôle de conciliatrice, son objectif est de suspendre le jugement, la justice qui détruit les mondes, dont il est dit que ce déséquilibre, entre la puissance de jugement et la conciliation sont à l’origine de la destruction des premiers mondes, et donc de la formation des écorces. Le mal est la colère de Dieu et la malédiction du monde : il dit lui même que Belial procède de lui. Mais Bélial est une illusion, et la fin des temps verront sa rédemption – celle de Samaël qui deviendra Saël, l’un des 72 noms Saint de Dieu dans la cabale. Face à Zina, qui est donc la séphirah Malkhut, la face féminine de Dieu, Yah devient Yavhé, c’est à dire la sephirah Tiferet, masculine, qui s’unit à Malkhut, par le Yod, ou Membre Saint, dans le cantique des cantiques lors de l’âge d’or de Salomon. Et Herb Asher apprend à aimer Linda Fox, qui n’est pas encore la plus grande chanteuse de tous les temps, et ressemble fort à une serveuse de pizzéria lui souffle Bélial. Il en voit la beauté : ses seins bien sûr. « Elle se mit à courir, ce qui fit tourbillonner sa chevelure et bouger rythmiquement ses seins. » La réunification de Dieu et la suspension de sa colère par l’alliance, et la fin de son exil sur cette planète triste est aussi celle de Fat avec le monde de la vie, de PKD avec Jane, et dans le Zohar du « Roi » et de la « Reine », la justice de la Torah écrite médiée par la miséricorde de la Torah Ecrite et beaucoup d’autres développements qui dépasse ici notre dessein. Le couple d’amants comme figure terrestre de la réunification de Dieu, avec toutes les responsabilités qui en découlent.
L’invasion Divine s’achève par cette union, cette redécouverte de l’unité : Angel Archer.
L’invasion Divine raconte le retour de Fat sur terre, depuis un point de vue spatial. La transmigration de Timothy Archer est le point de vue terrestre sur l’affaire, celui de Dick réglant son compte définitivement au Fat qui est en lui, et surtout se réconcilie avec la femme aux cheveux noirs. Archer est évêque de l’Église Episcopale, qui est une église catholique apostolique et non romaine. Il est mort en Israël, parti à la recherche du Christ, ou plutôt d’une sorte de champignon, autant dire à la recherche d’un délire. Il est l’homme qui ayant exploré les affres de l’historico-criticisme, de la théologie et même de l’occultisme, se retrouve pris dans un spin infernal et sans repos, toujours cherchant la réfutation du concept qu’il vient juste de comprendre. « L’univers de Tim Archer est une vaste panoplie de références au sein desquels il puise, à mesure que son esprit jamais en repos change de sujet de préoccupation, toujours en quête du nouveau, toujours se détournant de l’ancien » (p. 210). Donc esprit vivant, et non l’esprit mort machine tel que décrit par Jung, celui habité par une idée fixe et qui n’en sort plus jamais. Mais il y a un danger, celui de perdre complètement contact avec le réel. « Il avait la mélodie mais il n’avait pas les paroles. Ou plus exactement, il avait les paroles, mais leurs mots ne se rapportaient pas au monde mais à d’autres mots » (p. 215). Archer est en grand danger. Il a perdu pied avec le réel, et chaque pensée, chaque citation lui en évoque une autre, il est comme Angel Archer, sa belle fille, ancienne de Berkeley, qui ne peut voir le monde qu’à travers des scènes de la littérature ou de l’opéra, une superstructure référencée qui forme un écran entre elle et le réel.
Shit is real
Ici la scène primordiale, celle du 2-3-74 est vécue par Angel Archer, sous un autre angle. Il s’agit toujours d’une rage de dent, il s’agit toujours d’un mélange de bourbon et d’antalgique, mais sans illumination par rayon rose. Il y aura illumination, il y aura un rayon rose, mais celui ci apparaitra dans les pages du Paradis de Dante, lu comme témoignage mystique de sa perception de Dieu. La douleur, et les pages de La Divine Comédie de Dante qui sont lues, à bout de souffle et de nerfs, et c’est la douleur, qui lui fut envoyée par le Christ, qui reconnecta pour Angel les mots et le réel. La Divine Comédie et sa dent gâtée. « Si je croyais en Dieu, je dirais qu’il m’a montré la totalité : la douleur, la douleur physique, goutte à goutte, et ensuite, de par sa terrible grâce, l’accès à la compréhension… Et qu’en avais-je compris ? Que tout est réel, ma dent gâtée ni plus ni moins que les trois cercles de lumière colorés qui étaient la vision qu’avait Dante de Dieu en tant que Trinité » (p. 213). Nous reconnaissons ici le rayon de Siva.
« Shit is real », chantait Notorious Big, et ceci désarçonne toutes les constructions métaphysiques qui tentent de dompter le réel. Le chapitre XXXIII est l’ultime chapitre de la troisième partie de la Comédie. Trente-trois comme les 33 degrés de la maçonnerie écossaise, ou, plus sûrement comme les 33” de l’Export. Il faut du mauvais bourbon, il faut de la mauvaise bière : « Shit is real. » Et c’est pourquoi Timothy Archer abandonnera la sagesse, qu’il possède déjà, pour la compassion. « Il avait déjà la sagesse, mais elle ne lui avait rien apporté, pas plus qu’à personne d’autre » (p. 349). La connaissance, la gnose, est inutile. Dans ce chapitre XXXIII donc, Dante voit Dieu, et il le voit « au bout de la vue », et ce qu’il peut en dire, c’est rien, absolument rien. C’est alors que « défaillit » la sublimée vue, puisque la vue est désormais inutile, désormais c’est le désir et le vouloir qui ont pris le relais, et c’est seulement dès lors qu’il vit la création dans son ensemble, toute tenue unifiée, enfer, purgatoire, paradis : « mais déjà menait mon désir et vouloir, comme est régulièrement mue une roue, l’amour qui meut le soleil et les étoiles. » Ontologie johannique, « Dieu est amour », « est » pour signe égal. Et tout le monde alors comprend de quoi il s’agit. Ce n’est pas pour autant que ça va être facile.
Le gnosticisme, à savoir la condamnation du démiurge de la création comme étant mauvais, apparu avec le christianisme. Pourquoi ? Parce que le christianisme a apporté la figure d’une Dieu « sympathique », « amour », certes en occultant ce qui avait en lui de quelque peu « old school », du comme envoyer le fils se faire crucifier par les romains entre deux voleurs. Cette nouvelle figure divine, montré par le visage du Christ, provoqua un séisme dans la gestion du problème du mal. Jusque là, dans le judaïsme, le problème du bien et du mal était conduite par un seul Dieu, qui était aussi le Dieu créateur. A lui les fleurs mais aussi les massacres, le malentendu étrange sur l’holocauste d’Isaac et toutes sortes de péripéties, qui, une fois le Christ advenu, lui donnèrent par contraste ce caractère de Dieu vengeur, colérique. Or si Dieu était bon, il ne pouvait avoir ordonné le massacre des madianites, ou tué les premiers nés d’Egypte. Il devint donc le démiurge, le créateur de ce monde fou et de la matière. Le nouveau Dieu avait montré son visage : et Marcion entreprit de démontrer la nouvelle religion chrétienne comme n’ayant aucun rapport avec la Torah, avec le judaïsme. En condamnant comme oeuvre du Dieu fou l’ancien testament et trois des 4 évangiles, ainsi qu’en amputant l’évangile de Luc. Simplement une façon de gérer le problème du mal. Avec pour impasse de repousser le Dieu bon dans l’impuissance, et de sortir logiquement du monothéisme, puisqu’il est hors de question, contrairement à la cabale juive par exemple, de considérer que le mal puisse être une création du Dieu bon, auquel cas nous retournerions dans l’aporie initial. Remarquons ici que la gnose est encore une religion passablement optimiste, puisqu’elle considère qu’il existe malgré tout un Dieu bon, caché quelque part. Le pessimisme de Cioran l’amenait à considérer qu’il n’y a que le démiurge et le démiurge seul : le mal pour seul horizon. Il était du coup très embêté pour expliquer le problème du bien. Dieu est Amour, mais à tout considérer, cela ne va pas pour autant être facile, l’amour pouvant receler d’inquiétantes profondeurs, de contenir des instances penchant à la division et à la mort. Horselover Fat est amoureux – de personnalités présentées comme mortifères -, et il faut voir où cet amour l’a mené : en enfer. Et il n’en sortira que lorsqu’il comprendra que la mort n’était pas en Sherri, en Tess, mais en lui. La transmigration de Timothy archer est le roman où PKD en fini avec sa misogynie.
La Trilogie Divine est l’histoire de la réconciliation de Dick avec les femmes, toutes celles qu’il a croisé, à commencer par sa mère, rejetant dans un ailleurs hypothétique parallèle, celle qu’il n’aura justement jamais croisé, Jane, sa soeur jumelle. Auparavant, tous ses portraits féminins étaient empêtrés dans la misogynie, quand les femmes n’étaient pas tout simplement la source du mal. « Nouveau modèle », nouvelle ayant inspiré « Planète Hurlante », montre comment une androïde femme, le modèle 2, parvient à séduire le héros, précipitant par là la destruction de l’humanité, ainsi que des autres modèles, puisque dans sa duplicité maléfique le modèle 2 a conçu une bombe capable de tuer spécifiquement les autres modèles, l’enfant et le soldat blessé. La nouvelle s’achève sur une semi consolation : l’humanité a été supplanté par une autre race qui a déjà développé des armes pour s’entretuer. Et cette arme a été développé par la femme : la différence des sexes survivra à la mort de l’humanité, le principe du mal, porté par le féminin, y survivra.
Lorsque la femme n’est pas explicitement la source du mal, elle est une traitresse – Donna trahissant Bob Arctor, Anne Hawtorne trahissant Mayerson – où simplement la cause de tout mal, de la dépression – Emily dans le Dieu venu du Centaure, Tess dans Siva etc…
Le créateur est-il fou, est-il double, est-il mauvais ? Non c’est un enfant. « Le Temps est un enfant qui joue aux pions. La Royauté est à lui. » Ceci est un fragment d’Héraclite, et ici le Temps signifie l’éternel, c’est un des noms de Dieu en tant que créateur du Temps. Cela est cité par Dick dans SIVA, et devient le moteur principale de l’Invasion Divine. Dans ce roman, Dieu fait un pari avec lui-même : Emmanuel, ou Einsof pari que Herb Asher saura aimé la Linda Fox réel. Tandis que Zina, sa face féminine parie qu’elle ne l’aimera pas. Mais elle joue pour perdre. Car malgré ses règles, malgré sa mauvaise peau, malgré la frustration sexuelle, Herb Asher aimera Linda Fox : la réalité est plus belle que le rêve. Pourquoi Zina a-t-elle entrepris son pari ? Pour prouver à Dieu que sa création est bonne, et donc qu’il n’a nulle raison d’y abattre son jugement. « L’éternel est un enfant qui joue » : Dieu a créé le monde, mais cette création, si belle fut elle, est incomplète, et c’est à l’homme de la parachever, de la poursuivre. « La maison est en construction » dit Dieu à Salomon. Le temple n’est pas achevé, la création doit se poursuivre. Nous y avançons à l’aveugle, au sommet, pour y bâtir sa couronne, qui sera à la fois humaine et divine, c’est à dire plus grande que divine, ajoutant à la perfection la fragilité de l’imperfection, du dérisoire et du manque. Le pari est que nous y arriverons. Quand à Bélial, lui ne parie pas, l’essence du mal c’est qu’il n’y a pas de pari. Le fort s’attaque aux faibles, et le faible sera mécaniquement détruit. Un monde de machines. « Je ne parie pas, pensa-t-il (Bélial) Je ne joue pas. Je suis le fort qui s’attaque aux faibles. Toi tu es faible, et Linda Fox l’est encore plus. Oublie l’idée des jeux ; c’est bon pour les enfants. ».
Linda Fox détruit Bélial, parce qu’elle était le défenseur de Asher. Herb Asher l’aime mais elle aime tous les hommes. Elle n’est pas une femme. Au terme de l’invasion Divine, Fat ne s’est pas réconcilié avec la femme aux cheveux noirs (Sherri dans Siva, Rybys dans l’Invasion Divine).
La transmigration de Timothy Archer fut le roman le plus difficile à écrire pour Dick. Il le considérait comme une oeuvre littéraire et non comme un récit de science fiction. Dans le même temps, il aurait pu en écrire cinq : monter un concept l’explorer, voilà le jeu intellectuel qui le passionne, mais qui lui a toujours semblé une facilité. S’il est bien question d’une vieille théorie cabalistique – la transmigration ou « Gilgul » – l’aspect purement « fantastique » du concept n’est pas le moteur de l’intrigue, l’ADN de l’ouvrage (il est par contre celui de la série Code Quantum évoqué plus haut). Ici il est question du deuil, de la disparition de ses amis, de l’impasse de l’intellectualité, des tentatives pour raccrocher au réel. Lorsqu’il l’acheva, et que ce personnage d’Angel Archer, qu’il avait finit par entendre dans sa tête, dans les dialogues qu’il lui écrivit, disparut avec le mot fin, il retomba en dépression. Mais ce fut aussi la joie d’avoir accompli le plus beau portrait féminin de toute son oeuvre. Là où auparavant les femmes étaient des furies dévalant vers la mort, Angel Archer est lucide, vive intelligente et pleine de vie. C’est la première fois que Dick s’incarne dans un personnage féminin : comme si Fat, depuis son invasion divine, était parvenu à rejoindre sa Diane, sa Shekhina, sa fille aux cheveux noirs, dans une fragile unité, la joie éphémère de créer et de faire vivre par son écriture Angel Archer. Laissant de côté les procédés de la SF, dont il avait honte, en tant qu’écrivain venant du Pulp, pour rejoindre les plus grands maîtres de la littérature, ceux qu’il vénérait depuis toujours. Il y eut le vertige spéculatif et infini de SIVA, puis le retour sur terre de la comète Fat dans la forme la plus SF qui soit, et la levée du schisme originel, et l’incarnation de Dick dans Angel Archer, c’est à dire de Yod – qui est le sefirot du membre virile, ce qui est déjà contenu dans le nom même de Dick – dans Maklhut, la terre la chair et la création. Ici réside le mystère du sexe.
Lorsque dans Deus Irae, le mal est battu et transfiguré, Abernathy reçoit la vision du Jardin de Palmes, celle qui git sous l’illusion du mal, sous la Prison de Fer noir même. Jusque là, Dick n’avait fait que dénoncer le monde comme illusion. Mais en levant le voile, ce n’était pas le mal qui allait apparaître, car le mal était aussi une illusion - « va-t’en et laisse ce monde, car le mal en ce monde, ce que tu nommes Bélial ou ton Adversaire, est une forme d’illusion » dit Zina à Yahvé en tant que puissance de jugement, mais un jardin de Palmes, le jardin d’Eden. « Il vit des jeunes gens, sales d’avoir marché dans la poussière, suant, mais pleins d’une pureté nouvelle. Une jolie brune, un peu potelée avait déboutonné sa chemise. Abernathy n’en ressentit aucune gêne. Les seins nus ne l’agressaient nullement. Le voile opaque s’est enfin levé, se dit-il, et encore une fois il se demanda pourquoi.» Le voile sera levé, le soutien-gorge défait.
Il n’y a pas plusieurs mondes, mais seulement plusieurs points de vues sur celui-ci. Herb Asher dit « La nature du monde est l’objet d’un changement de perceptions ; en fait ce sont les perceptions qui changent, pas le monde. Le changement est en nous. »
Le jardin d’Eden prend les traits d’une belle jeune femme, dont les seins sont une invitation à l’union dans la sexualité, et donc la réconciliation de PKD avec la jeune fille aux cheveux noirs. Pensons à l’état qui prévalait au moment de « l’état voilé », qui selon lui Substance mort est la description. La jeune fille aux cheveux noirs est Donna, et Donna est tantôt héroïnomane, refusant tout contact physique, par dégoût de la chair, – « Donna a des problèmes. Peut-être qu’elle est à la dope. Regarde comme elle a horreur qu’on la touche » – les junkies ne s’intéressent plus au sexe, tu comprends, du fait de la vasoconstriction qui provoque un gonflement des organes.tantôt son supérieur hiérarchique, mais sans qu’aucune reconnaissance ne soit possible, étant donné que Donna, comme Fred – Bob Arctor, se rencontre avec leurs costumes brouillées. Et si Donna finit par savoir qu’il s’agit de Bob sous le costume, Bob ne sait pas qu’il s’agit de Donna, et encore moins qu’elle l’a reconnu. Quelque soit la modalité, l’union est interdite, à la fois sur le plan charnel qu’intellectuel.
Ce dégoût de la chair qui semble avoir pénétré Fat, tout occupé à ses pérégrinations mystiques, n’est probablement pas sans rapport avec la conception gnostique du monde, qui voyait dans la création en général, et la chair en particulier, l’oeuvre du démiurge fou. En miroir, Dick n’est capable à ce moment là que de récriminations envers ses personnages féminins, qu’il s’agisse de Tessa ou de Sherri. Toxiques, vulgaires, attirés par la mort. Elles néantisent sa vie. Il y a là comme la forme d’une misogynie mystique, dont la forme littéraire la plus aboutie est l’ouvrage d’Otto Weininger intitulé Sexe et caractère. Otto Weininger était un juif viennois converti au christianisme dont Wittgenstein louait le génie. En fait, pour avoir un aperçu de la vérité, il suffisait de mettre un signe négatif devant toute l’oeuvre de Weininger. C’était une façon de dire la vérité sur l’indicible : pas une théologie négative, énumérant ce que Dieu n’est pas. Mais une anti-théologie positive : la description d’une impasse absolue, d’où il faudra rebrousser chemin. Dans ce texte on trouve un dualisme homme femme se répercutant sous forme de multiples binômes comme être / non être, actif / passif, moralité / immoralité , esprit / chair, le tout prenant des inspirations gnostiques jusqu’à prôner l’opposition radicale entre nouveau et ancien testament, le chrétien et le juif. “Le christianisme est la négation absolue du judaïsme ». Du Marcion dans le texte. Le coït, but ultime de la femme, comme parangon du mal. La haine de la chair, devient la haine de la femme, et la haine devient pratique avec ce conseil : « Dès lors, si toute féminité est immoralité, la femme doit cesser d’être femme, et devenir homme. », qui était déjà la loggia ultime de l’évangile gnostique de Thomas, celle suivant tout juste la condamnation de la chair : « « Simon Pierre leur dit : « Que Marie nous quitte, car les femmes ne sont pas dignes de la Vie. » Jésus dit : « Voici que moi je l’attirerai pour la rendre mâle, de façon à ce qu’elle aussi devienne un esprit vivant semblable à vous, mâles. Car toute femme qui se fera mâle entrera dans le Royaume des cieux.» Dés lors l’homosexualité devient une perversion, une féminisation de l’homme, et il faut combattre cette tendance. L’idée même que cela soit un péril montre l’étendue des lésions de Arctor. Il y a ce dialogue : « Les yeux de poisson mort de Connie se fixèrent sur lui. « Tu es pédé ?
— J’essaie de ne pas l’être. C’est pour ça que tu es ici. » Les yeux de poisson mort comme symbole du monde voilé sous l’effet de la substance Mort. Même de la mort elle même. A quoi sera opposé le signe des poissons, des premiers chrétiens biens vivants, luttant de toute éternité contre la Prison de Fer Noir. A vrai dire, Weininger posait l’alternative en ces termes : le suicide ou la vie. Il choisit le suicide. Fat voulait vivre.
15 »Regarde! Je mets aujourd’hui devant toi la vie et le bien, ou la mort et le mal.
16 En effet, je te prescris aujourd’hui d’aimer l’Eternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies et de respecter ses commandements, ses prescriptions et ses règles afin de vivre et de te multiplier, afin que l’Eternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession.
17 Mais si ton coeur se détourne de lui, si tu ne lui obéis pas et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,
18 je vous déclare aujourd’hui que vous périrez. Vous ne vivrez pas longtemps sur le territoire dont vous allez prendre possession une fois le Jourdain passé.
19 J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre: j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin de vivre, toi et ta descendance,
20 en aimant l’Eternel, ton Dieu, en lui obéissant et en t’attachant à lui. Oui, c’est de lui que dépendent ta vie et sa durée, et c’est ainsi que tu pourras rester dans le pays que l’Eternel a juré de donner à tes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob.»

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire