
C'était en ces mois d'avril et mai, et un rêve mélancolique m'avait tiré du sommeil. Je marchais sur une longue plage de sable gris s'étendant à perte de vue, en arc autour d'une mer immense. Elle semblait, à mesure que je la fixais, déborder l'horizon toujours plus loin, dans un vertige liquide. La perspective gigantesque et inhumaine qui s'ouvrait devant moi me fit dire : ceci n'est pas à mesure de l'homme, et ici je ne suis pas sur terre, mais dans quelque monde où ma présence est indifférente. Nulle rotondité, un à plat désespérant, qui ne promettait aucune boucle, aucun retour possible. Cette mer présentait des teintes changeantes, selon les modulations du vacarme dont elle emplissait l'atmosphère. Rouge pâle virant au rose, puis d'un coup d'éclat orange, rouge à nouveau. Un bourdon lourd, dont il me semblait pouvoir ressentir les ondes jusque dans les os, scellait mes tympans. Il prenait des pentes terrifiantes, pouvant s'effondrer dans les graves alors qu'il semblait déjà en avoir atteint les limites. Et alors il n'était plus manifestation sonore mais pur terreur et silence, disséquant mes chairs. Puis soudain, il changeait à nouveau la couleur des eaux, se refaisait souffle, fracas de toutes ces eaux. Derrière moi marchait une jeune fille, je ne pouvais entendre les sons de ses pas sur le sable gris. Ni même ma voix la hélant de se dépêcher. Alors elle s'arrêtait, ne cessant de me fixer de son beau visage grave et triste. Sa robe était grise aussi, plaquée sur son corps par le vent, des rubans, des voiles et des traînes s'échappaient de ses quatre membres.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire