Tel un long de repas de famille interminable dans le grand nord suédois, là où le soleil ne se couche pas. Là la Famille déploie son rituel de son séduction, c'est comme une grande messe - la lumière, la danse, les chants, tous ces moyens du cinéma. Ici elle forge son emprise, elle vous tient longuement à table, vous n'avez pas le droit de bouger. Ici il n'y a pas de liberté.
Dani n'a plus de famille, suicidée, et ne sait plus trop quoi faire de sa liberté. A part se suicider justement, cet acte libre et transgressif, pourrait-on penser. Ce serait son unique liberté - et donc, en serait-ce encore une ?
A côté d'elle, Christian, un sale type si veule qu'on se demande si elle ne le rêve pas un peu.
Enfin, pour compléter l'équipe d'une teneur plus "slasher-movie", l'intello curieux et le queutard ahuri, la curiosité et le sexe étant généralement les deux grands détonateurs de ce genre d'histoire là. On y va pour connaître, on y va pour baiser, les films de zombies, les films de cannibales sont plein de ce genre de couillons prêt à répondre de leurs corps. Ce village de sauvages là est de prime abord moins expressément hostile que celui de Cannibal Holocaust. Ils portent du blanc, s'emportent dans des transes chorégraphiées, ils sont beaux pour la plupart
On cerne facilement la condition occidentale : des jeunes gens qui s'ennuient et surtout une société trop individualiste pour prendre en charge les traumas trop extrêmes. Ici à la fois le deuil sa famille et le deuil de son couple. Ça ne sait pas trop quoi faire de sa liberté - prendre des champignons, se masturber dans son lit, voyager dans des pays exotiques -. Face à cela la séduction d'une communauté organisée, capable de vous prendre en charge de la naissance à la mort, qui vous indique quand manger, quand danser et quand baiser. Si nous suivons ici la trajectoire de Dani et des siens - quand bien même nous pourrions la juger crédible en simplement imaginée non par l'auteur mais par son personnage même -, elle n'est qu'un guide pour que nous puissions observer le fonctionnement de cette Famille. Le moteur m'apparaît évident maintenant : le couple moderne, ses exigences - le troc sexe contre écoute, tel que présenté dans la première scène - est absolument insuffisant à prendre en charge le vide de Dani. Seule la communauté traditionnelle en sera capable, en donnant sens à la fois sa vie, à la mort de ses parents et en organisant les funérailles même de son amour pour Christian. Il y a cette scène sublime où la communauté des femmes entières miment la douleur de Dani, l'en dépossède.
Les séductions que la communauté déploie sont celles même du film que nous regardons. Ce sont celles aussi de la religion, du rite, de la tradition. Le film est fait de la matière même de cette séduction là, et c'est pourquoi il pourra paraître obscène : tantôt grotesque, tantôt stupéfiant. Il cherche à subjuguer et y parvient très bien. Nous les subissons au même titre que les personnages : elles sont celles du cinéma, celles du rite.
C'est une belle haine de la famille qui se déploie ici, et dès les premiers instants de l'horrible repas. résonne alors l'antique Mojo : Get Out !

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