mercredi 28 août 2019

Massacre à la tronçonneuse ::: Tobe Hopper



Un mini-van d'étudiants se rend à la maison d'enfance de deux d'entre eux, quelque part dans le Texas profond. C'est là qu'ils rencontreront cette famille dysfonctionnelle et antispéciste militante qui fera leur malheur. Une famille entièrement employée à l'abattoir local - fonctionne-t-il encore ? -, et qui a décidé semble-t-il depuis quelques temps déjà de ne plus faire de différence de considération entre les espèces, celle dite humaine étant tout aussi comestible que les autres. Le pitch du film tient ici en une ligne : on va vous traiter comme vous traiter les animaux.

Tobe Hopper est d'ailleurs devenu végétarien sur le tournage de ce film. Je ne sais trop si l'intention était de reprendre le discours antispéciste dès le projet du film, où si la composante militante s'est naturellement imposée à partir de le dispositif initial, qui consistait en tout et pour tout en une famille dégénérée, des victimes innocentes et une tronçonneuse. Pourtant dès la première scène le mini-van passe devant l'abattoir, et la caméra s'attarde longuement sur le regard et le corps de ces vaches patientant dans ces "couloirs de la mort" dirait un militant, tandis que le jeune en fauteuil roulant évoque les techniques d'abattage, leur efficacité et surtout leurs échecs - il nous est dit que certaines sont dépecées vivante. Leur oeil nous regarde, mais pris dans une terreur muette : cette terreur là Tobe va la faire hurler. La dynamique du film va consister à substituer au regard muet de la bête celui très expressif de la jeune fille, première screaming-queen de l'histoire - 30 minutes de hurlements sur la bande son -. Placée dans la même situation que la bête, attendant son tour d'être abattue puis dévorée, elle donne à vivre au spectateur l'expérience du bétail patientant à l'abattoir, de façon un peu plus intense que par exemple la petite discussion autour de la viande dans le Rayon Vert de Rohmer.
Voilà cet oeil suppliant, tremblant, larmoyant, se déformant si intensément de terreur, et filmé de si près qu'il nous devient impossible de déterminer si il est humain ou animal. En face d'elle, et tandis que tous ses amis ont été abattus sans aucun sadisme, au marteau comme des boeufs, placé sur des crocs de bouchers puis entassés dans des bacs réfrigérants - de la viande -, cette famille de bouchers, jouant tous les visages du rapport de l'humain à l'animal. Celui, impassible et masqué de Leatherface, le boucher anonyme au visage recouvert de cuir comme nous recouvrons nous même nos corps de peaux animales, celui du frère pompiste, qui préfère ne pas "voir", voulant se contenter de cuisiner, et enfin le jeune frère fou, au sadisme infantile et ludique. Le reste du film est ce grand chant de terreur de l'animal capturé par son bourreau, l'ensemble filmé dans l'habituelle confusion entre la chair érotique et la chair à griller : je pense à cette jeune femme dos nu en mini-short denim qui finira dans un bac à viande. Un manifeste vegan.

Nous apprécions néanmoins qu'elle parvienne à se libérer de son triste sort, et qu'après avoir fait trois fois le tour de la maison et subie deux défenestrations, elle parvienne à rejoindre la route à 50 mètres. Visiblement cela l'a bien fait réfléchir à sa consommation de viande et nous aussi.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

L'amour amer ::: Trois romans de Tristan

  Une voix lointaine émergeant du bruissement des âges, celle de Thomas chantant le Roman de Tristan  : « … su le secret... s'en aperçoi...