Contons mais contons bien ; c’est le point principal
C’est tout.
(La Fontaine)
La singularité de Sade dans le paysage littéraire français ne doit pas faire méconnaître les rapports qu’il entretenait avec les lettres de son temps. Il n’était pas seulement ce château solitaire dans la forêt-noire, mais aussi le grand lecteur de Rousseau, d’Holbach et de Voltaire. Ses pièces de théâtre, il les confrontait directement à l’oeuvre de Molière ; Aline et Valcour est sa réponse aux grandes oeuvres épistolaires que sont Les liaisons dangereuses et la Nouvelle Héloïse – oeuvre à laquelle il déclara son admiration. Nous pourrions tout aussi bien lire les 120 journées comme un conte d’inspiration orientale, les milles et une nuit de la débauche, le délire de sultans dans leur harem, les historiennes seules retardant les crimes promis, suspendus à leur narration préalable. Les libertins s’étant donné pour règle de ne rien accomplir qui ne fut d’abord raconté, ceci afin d’organiser une gradation des plaisirs, celle là seul qui permet – à une imagination sans limites ici couplée à des moyens financiers infinis – de faire un peu durer. Nous le voyons donc – si singulier, si isolé -, absolument dans son siècle, discutant ses idées, s’appropriant les oeuvres, et se donnant pour tâche d’explorer les paysages délaissés : ceux du mal. Le mal n’est-il alors un continent largement inexploré ? Sade en donnera un relevé exhaustif, qui ne sera jamais plus dépassé. Le sujet était dés lors traité.
Justine ou les malheurs de la vertu raconte les aventures picaresques d’une jeune fille innocente et vertueuse persécutée par un monde corrompu. Le rapport avec le Candide de Voltaire n’a pas manqué d’être remarqué. “Le meilleur des mondes possibles” disait Pangloss, son instructeur : ses pérégrinations à travers l’Allemagne et le Paraguay constitueront pour Candide une découverte de l’existence du mal, qu’aucune providence, harmonie pré-établie viennent compenser. C’est Voltaire révolté par la nature – le grand tremblement de terre de Lisbonne – et l’histoire – début de la guerre de 7 ans. Candide est persécuté, volé par des juges, estropié par les médecins, pourchassé par la guerre. L’ironie baigne toute l’oeuvre. Elle semble même être venu contaminer Justine ou les Malheurs de la vertu. Mais d’une façon quelque peu brouillé. En réalité, nous ne savons si nous devons lire Justine comme Candide : c’est à dire avec une distanciation ironique.
On imprime actuellement un roman de moi, mais trop immoral pour être envoyé à un homme aussi sage et décent que vous. J’avais besoin d’argent, mon imprimeur me le demandait bien poivré et je lui ai fait capable d’empester le diable. On l’appelle Justine ou les Malheurs de la vertu. Brûlez-ie, et ne le lisez point, si par hasard il vous tombe sous la main. Je le renie
Justine ou les Malheurs de la vertu est la seconde version d’un conte philosophique intitulé “Les infortunes de la vertu”. Même trame, même projet, mais plus salée. D’un côté donc le conte moral, de l’autre cette puanteur du diable. C’est qu’il fut convoqué maintes fois pour écrire ces pages. D’où l’éternelle confusion entre Sade l’homme, et Sade le signe, étendard du mal, de la perversion et du sadisme. La quatrième de couverture : “Apologie du crime, de la liberté des corps comme des esprits, de la cruauté…., l’oeuvre du marquis de Sade étonne ou scandalise.” La question de notre perception de Justine se tient entièrement ici : s’agit-il d’une apologie du crime ?
La réponse n’est pas évidente. Il faut prendre Sade à la lettre dit-on. Et effectivement son oeuvre est “truffé” de scènes libertines cruelles d’une part, et de discours philosophiques faisant l’apologie du crime. S’agirait-il là du discours de Sade ? Est-ce Sade qui parle là, sous les masques de Dolmancé, Saint Fond ou de la Duclos ? Ne sont-ils pas simplement des personnages de romans ? Attribuons-nous le discours de Calliclès dans le Gorgias de Platon, ou du neveu de Rameau chez Diderot à leurs auteurs ? Il existe, dans Justine, un incipit qui est signé de la main de Sade lui-même, dans lequel il explique l’ambition de son roman. Nous devrions peut-être y prêter une attention particulière, tout d’abord parce qu’il est écrit en lettres capitales : il faut l’entendre hurlant.
Dans ce texte à sa “bonne amie” Constance, Sade explique son intention. Tout d’abord il lui adresse l’ouvrage, “ce n’est qu’à toi qu’il appartient de connaître la douceur des larmes qu’arrache la vertu malheureuse.” Constance, exemple de vertu, y détestera “les sophismes du libertinage et de l’irréligion“. Si scandale il y aura, il sera mené par les libertins dit Sade : c’est une oeuvre montée contre eux. Ne s’agit-il pas de ça ? En les montrant systématiquement sous un jour irreligieux, cyniques et cruelles, Sade fait des libertins des diables. Il s’agit de faire prendre en horreur ces tableaux du mal : “Après avoir lu Justine, diras-tu, “O combien ces tableaux du crime me rendent fière d’aimer la vertu ! Comme elle est sublime dans les larmes ! Comme les malheurs l’embellissent !” Et ceci constituerait son triomphe. Voilà Sade à la lettre.
Le programme :
MAIS OFFRIR PARTOUT LE VICE TRIOMPHANT ET LA VERTU VICTIME DE SES SACRIFICES, MONTRER UNE INFORTUNÉE ERRANTE DE MALHEURS EN MALHEURS ; JOUET DE LA SCÉLÉRATESSE ; PLASTRON DE TOUTES LES DÉBAUCHES, EN BUTTE AUX GOÛTS LES PLUS BARBARES ET LES PLUS MONSTRUEUX ; ÉTOURDIE DES SOPHISMES LES PLUS HARDIS, LES PLUS SPÉCIEUX ; EN PROIE AUX SÉDUCTIONS LES PLUS ADROITES, AUX SUBORNATIONS LES PLUS IRRÉSISTIBLES ; N’AYANT À OPPOSER À TANT DE REVERS, À TANT DE FLÉAUX, POUR REPOUSSER TANT DE CORRUPTION QU’UNE ÂME SENSIBLE, UN ESPRIT NATUREL ET BEAUCOUP DE COURAGE
Tels sont les termes de cette étrange expérience de morale : il s’agira de repousser le crime, les corruptions, les sophismes. Serons-nous, lecteurs, Justine, ne cédant jamais au mal, ou Juliette, nous vautrant dans le vice ? Et pour que l’expérience soit sérieuse, il fallut un diable convaincant. Celui que les personnages de Sade auront su convaincre, que le signe SADE aura su troubler se trouveront Juliette, et ceux qui horrifiés de tableaux si cruels, se débarrasseront de l’ouvrage, le brûleront – ainsi que Sade conseillait de le faire à son ami aixois – ceux là seront Justine. Un livre de séductions, un livre dangereux : oeuvre de corruption sexuelle et morale. Une jeune fille croisant de mauvais maîtres, tentant de la persuader des idées les plus ignobles, et elle ne cédant jamais – mais se faisant baiser beaucoup. Les oeuvres morales veulent exalter les beautés de la vertu dit Sade, lui prétend emprunter une autre voie : donner la répugnance du vice.
Tels sont les sentiments qui vont diriger nos travaux, et c’est en considération de ces motifs que nous demandons au lecteur, de l’indulgence pour les systèmes erronés qui sont placés dans la bouche de nos personnages, et pour les situations quelque fois un peu fortes, que par amour pour la vérité, nous avons dût mettre sous ses yeux.
Il y a le mal. Et il y a même pire : le mal semble une carrière plus prometteuse que la vertu ; “si plein de respect pour nos conventions sociales, et ne s’écartant jamais des digues qu’elles nous imposent, il arrive malgré cela, que nous n’ayons rencontré que des ronces, quand les méchants ne cueillaient que des roses.” Que faire du mal, comment l’expliquer ? La question de l’existence du mal et la contradiction que cette existence implique avec l’existence d’un Dieu juste et bon est la question religieuse et philosophique essentielle de notre expérience de la vie. Une question qu’il nous faut résoudre : il y a la réponse chrétienne, gnostique, bouddhiste, celle de Leibniz, celle de la kabbale, et bien sûr la réponse athée, qui supprime la question de la théodicée en en supprimant un terme – Dieu – pour lever la contradiction.
Deux soeurs se retrouvent orphelines. L’une est Juliette, elle embrasse la carrière du mal, et “elle devint en quinze ans, femme titrée, possédant trente mille livres de rente, de très beaux bijoux, deux ou trois maisons tant à la ville qu’à la campagne“. Ceci est l’affaire d’un paragraphe : la voie du vice est une ligne droite vers la richesse, et souvent même la providence approuvera le criminel par une récompense immédiate sous forme de richesse et de gloire : cela en devient même dans ce monde sadien de Justine, une sorte d’effet comique. Le surlendemain du pacte criminel du Comte de Bressac, du projet de l’assassinat de sa mère, il apprend “qu’un oncle sur la succession duquel il ne comptait nullement, venait de lui laisser quatre-vingt mille livres de rentes…“. Rodin, le chirurgien pédophile est “nommé Premier Chirurgien de l’Impératrice de Russie, avec des appointements considérables.” dés son crime commis. L’horrible Dubois, voleuse à l’âme sale, devient à force de crime une baronne richissime. Dans ce monde nous dit Sade, le crime est systématiquement récompensé. Nous pourrions y voir peut-être une incitation au vice : n’est-ce pas le mécanisme du monde que nous révélerait Sade ? Ou alors cette extravagance ne pourrait-être qu’un procédé satirique. Revenons-en à Juliette : le vice ne se donne pas comme ça. “La carrière fut épineuse, on n’en doute assurément pas : c’est par l’apprentissage le plus honteux et le plus dur que ces demoiselles-là font leur chemin : et telle est dans le lit d’un prince aujourd’hui, qui porte peut-être encore sur elle les marques humiliantes de la brutalité des libertins, entre les mains desquels sa jeunesse et son inexpérience la jetèrent.” Autrement dit elle doit payer de sa personne. Elle rejoint une maison de passe et y vend son innocence.
En quatre mois, la marchandise est successivement vendue à près de cent personnes ; les uns se contentent de la rose, d’autres plus délicats ou plus dépravés (car la question n’est pas résolue) veulent épanouir le bouton qui fleurit à côté.
L’ironie de Sade ; nous faire voir les duchesses et les baronnes comme des putains anoblies. Il en sera de même pour de tous les grands corps : ministres, juges, moines, médecins. Tous des horribles monstres. S’agit-il de nous convaincre de suivre la voie de Juliette ? Les “épines” nous en sont montrées, cela suffira à nous en dégoûter. Elle tue son mari, “ruina trois ambassadeurs étrangers, quatre fermiers généraux, deux évêques, un cardinal et trois chevaliers, des ordres du Roi. (…) A ces horreurs, Mme de Lorsange – aka Juliette – joignait trois ou quatre infanticides.” Sade pose les mécanismes de son monde : le vice y est célébré, la vertu persécutée. C’est notre monde qu’il satirise. Toutes les castes de la société sont représentées, et non pas seulement les plus hautes, comme chez un vulgaire Franck Miller. L’histoire de Justine nous le montrera : le vice est ubiquitaire, et la pauvreté n’en préserve absolument pas. Les mendiants, les voleurs, sont tout aussi corrompus que les aubergistes, les marchands, et eux-mêmes que les ministres. Chacun leurs raisons mais le vice est partout : ce qui fait la distinction sociale est son accomplissement ou non. Voilà un monde où la mobilité sociale est possible, et où la lutte des classes, c’est à dire des libertins et de leurs objets de jouissances ne s’arrange que par le crime : le crime est possible pour tous, chacun est égal devant le vice. Voilà pour tout universalisme. Il ne s’agit dés lors que d’en saisir l’opportunité. Et une putain peut devenir Duchesse comme une voleuse Baronne. Quand à ceux qui échoueraient ? Ils finiraient sur la potence et alors. Au moins aurait-il tenter leur chance. Ils n’avaient rien à perdre.
Ici il faut faire un peu de philosophie. Nous sommes donc dans un monde où le vice est systématiquement récompensé. Dans le notre, cela n’est pas si manifeste, mais nous pouvons néanmoins nous poser la question. Dans un monde pareil, il n’y a plus de rationalité du bien tel que l’exposerait Rawls par exemple. En effet, la prospérité du vice n’est pas seulement affirmée par les discours, mais aussi par les faits. Non seulement le diable parle, mais il agit. Dans un monde pareil, il n’est pas rationnel d’être juste. Et rien n’indique que nous ne soyons pas dans une telle configuration. Rien ne le prouve non plus. Ce n’est là que d’une question de foi : le monde est-il mauvais, le monde est-il bon. La question étant indécidable, dans le doute, il pourrait être rationnel d’être mauvais. Voilà le fond du discours des mauvais maîtres que croiseront Justine. Et qu’elle est la seule chose qu’elle puisse leur rétorquer ? Non pas sa fortune, non pas sa réussite, mais cette faible foi en la providence, dans la récompense ultime de la vertu. Sade ne nous cache pas que cette réthorique est bien faible, bien pauvrette. Justine ne parvient jamais à tenir tête réthoriquement avec ses mauvais maîtres. C’est toujours une voix faible, une pauvre voix, à chaque fois étouffée rationnellement et physiquement par ses antagonistes. Mais cette voix n’est pas seulement celle de cette pauvre Justine, innocente et candide, mais aussi celle de Socrate, qui face aux prétentions de Calliclès – le droit du plus fort -, n’a que le mythe de la rétribution divine des crimes à lui opposer. Celle de Kant, qui admet ne devoir fonder sa morale et sa raison pratique sur la bien fragile croyance en l’immortalité de l’âme. Celle de Rousseau encore, dont les mots pourraient être ceux de Justine (troisième promenade) :
Non, de vaines argumentations ne détruiront jamais la convenance que j’aperçois entre ma nature immortelle et la constitution de ce monde et l’ordre physique que j’y vois règne. J’y trouve dans l’ordre moral correspondant et dont le système est le résultat de mes recherches les appuis dont j’ai besoin pour supporter les misères de ma vie. Dans tout autre système je vivrais sans ressource et je mourrai sans espoir. Je serai la plus malheureuse des créatures. Tenons nous-en donc à celui qui seul suffit pour me rendre heureux en dépit de la fortune des hommes.
Si pathétique que cette croyance soit, elle est dotée d’un atout irréductible : ce qu’elle proclame ne dépend ni des faits, ni des sophismes. Elle se situe en dehors du discours rationnel des avantages et des inconvénients. Le bien est irréductible – c’est le sens de Justine -, le mal est accessible à la raison. Chez Sade il se donne même milles raisons : c’est tout un apprentissage, tout un cheminement, beaucoup de radotages aussi. En fin de compte un frêle édifice. Tandis que pour Rousseau, “Tombé dans la langueur et l’appensantissement d’esprit, j’ai oublié jusqu’aux raisonnements sur lesquels je fondais ma croyance et mes maximes, mais je n’oublierai jamais les conclusions que j’en ai tirées avec l’approbation de ma conscience et de ma raison, et je m’y tiens désormais.” Nous expliquons ainsi les tirades philosophiques des libertins de Sade : s’ils sont omniprésents, c’est qu’ils sont nécessaires à la jouissance. Comme si à chaque fois l’esprit avait besoin de se dégonder pour parvenir à se pervertir. Une tâche à répéter à chaque fois, car le mal ici se fonde sur une certaine rationalité, tandis que le bien chez Justine, ne s’appose sur aucun raisonnement, mais seulement un sentiment sur lequel tout repose. L’empathie est au coeur de l’être humain, tandis que l’apathie est une éducation – libertine. La ruse de celle-ci étant de faire croire qu’elle lutte contre des préjugés, pour ramener à une nature, alors qu’au contraire elle éloigne de l’état d’innocence, et est une véritable culture. Toujours chez Rousseau :
Tandis que, tranquille dans mon innocence, je n’imaginais qu’estime et bienveillance pour moi parmi les hommes ; tandis que mon coeur ouvert et confiant s’épanchait avec des amis et des frères, les traîtres m’enlaçaient en silence de rets forgés au fond des enfers. Surpris par les plus imprévus de tous les malheurs et les plus terribles pour une âme fière, traîné dans la fange sans jamais savoir par qui ni pourquoi, plongé dans un abîme d’ignominie, enveloppé d’horribles ténèbres à travers lesquelles je n’apercevais que de sinistres objets, à la première surprise je fus terrassé, et jamais je ne serai revenu de l’abattement où me jeta ce genre imprévu de malheurs si je ne m’étais ménagé d’avance des forces pour le relever dans mes chutes.
N’y-a-t-il pas là tout le personnage de Justine ? Sarcastiquement, Sade pourrait bien avoir penser à Rousseau pour composer son personnage. Sur Amazon je découvre une édition de Justine et les malheurs de la vertu, publié chez Copyrighted Material : sur la couverture, barrée du titre de l’ouvrage, une peinture de Rousseau pixelisée. Son sentiment de persécution, ses promenades poursuivies par les espions, ses confessions à tout bout de champ. Rousseau partant se réfugier dans les forêts – Justine dans la nature trouvera toujours le pire, elle n’est pas un refuge. Et connaissant le goût de celui-ci pour la soumission et la fessée, avoir voulu pousser la fantaisie un peu loin. Finalement de tester littérairement à quoi résiste le champion des Lumières, Rousseau. Anti-Rousseau oui, mais non pour le détruire, mais pour le soumettre au feu du mal, pour l’affermir encore. Il ne dessine pas le Rousseau en plein – ce que celui-ci a déjà parfaitement fait -, mais en négatif. Tout ce qu’il n’est pas. “N’écoutez jamais votre coeur mon enfant, c’est le guide le plus faux que nous ayons reçu de la nature mon enfant“, explique Dolmancé à son élève Eugénie – parodie d’Emile et l’éducation. Il ne reste dés lors que deux camps : c’est Jean Jacques Justine contre le monde. Justine est celle qui résiste aux discours, et si les libertins la persécutent, c’est bien parce qu’elle est la réfutation vivante de leur Weltanschauung. Non le vice n’est pas l’essence de la nature humaine puisque Justine existe. Toutes leurs apologies du vice s’écrasent contre l’innocence de Justine.
Ces préliminaires nous permettent d’expliquer le jugement le plus courant porté sur Justine ou les malheurs de la vertu : sa répétivité. C’est qu’il s’agit de montrer que le mal est ubiquitaire – il faut donc le vérifier en tout lieu -, qu’il est une gradation – car une jouissance intellectuelle, une architecture démoniaque rationnelle -, et enfin bien entendu, quelque chose d’ennuyeux. Donc de répétitif. Une seule scènette ne nous permettrai pas de le prendre en horreur. Il faut aller jusqu’au dégoût. Aux horreurs sexuelles succèdent les discours odieux, à un viol collectif un projet politique pour les mendiants : “On se plaint des mendiants en France : si l’on voulait, il n’y en aurait bientôt plus ; on n’en aurait pas pendu sept ou huit mille que cette infâme engeance disparaîtrait bientôt. Le Corps politique doit avoir sur cela les mêmes règles que le Corps physique. Un homme dévoré de vermine la laisserait-il subsister sur lui par commisération ?” Tout mêlé : matérialisme absolu, athéisme convaincue, et perversité criminelle. Et l’une comme conséquence de l’autre. Tableau des misères de l’homme sans Dieu, les déserts de l’amour. Le crime trouve à se justifier à la fois pour les hautes que pour les basses classes : “Oh Thérèse ! La dureté des riches légitime la mauvaise conduite des pauvres ; que leur bourse s’ouvre à nos besoins, que l’humanité règne dans leur coeur, et les vertus pourront s’établir dans le nôtre.” Le vol tout comme le crime contre le bourgeois trouvent leurs justifications. “Nous, dont les lèvres ne sont abreuvées que de fiel, et dont les pas ne pressent que des ronces, tu veux que nous nous défendions du crime quand sa main seule nous ouvre la porte de la vie ?” Il est interessant de noter qu’ici Sade met dos à dos ce que nous pourrions qualifier de politique criminelle de droite et politique criminelle de gauche, en nous en tenant a une partition classique de la société. En plaçant côté à côte toutes les apologies du crime, il les réfute toutes, en en distinguant aucune. Il n’est pas l’homme d’un parti, tel Sartre justifiant par exemple le meurtre des colons européens : “Car, en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre”. Le discours est rationnel, il justifie le meurtre, il le justifie au nom de la liberté. Rajouter à cela un oeil louche, une petite taille, une laideur insigne, et selon les mots de John Huston qui le rencontrait pour parler d’un scénario, “Sartre était petit, trapu et aussi laid qu’un humain peut l’être. Un visage à la fois raviné et bouffi, les dents jaunes et, de surcroît, un regard bigleux. (…) Impossible d’avoir avec lui une conversation. Impossible de l’interrompre. Sans reprendre souffle, il me noyait sous un torrent de paroles.” et encore un libertinage conséquent – les jeunes adolescentes dont il était le professeur, la maîtresse dont il fit sa fille adoptive, couchant encore avec elle, dispositif incestueux très sadien, et la vertu brandit en étendard : nulle doute que Sade l’aurait convoqué dans son bestiaire. Et une Justine moderne se retrouverait violer sous la barricade, ou dans un amphithéâtre de Nanterre, sous un portrait de Mao, les étudiants gueulant “Encule ! Encule !” Nous hésiterions à écrire de telles horreurs. Trop peu subtil. Sade lui, et c’est sa liberté, et peut-être l’essence même de son écriture, n’aurait pas une seconde hésité. Il y aurait mis du style, il y aurait eu de l’effet, cela aurait été excessif et donc parfaitement à sa place. N’a-t-il pas convoqué le Pape et Catherine de Russie dans son histoire de Juliette ? Sartre y aurait fait son apologie du crime, il aurait sortit sa bite, nous l’aurions lu l’oeil torve et la babine écumante, se jeter sur la pauvre Justine, étudiante de première année, soulagé de résister : “mais une voix plus forte qu’elle combattait ses sophismes dans mon coeur.”
Alors certes Sade, depuis sa prison de la Bastille, ne connaissait pas l’ambiance qui peut règner sur un campus insurgé. Il se contenta donc de croquer, avec la célérité du caricaturiste, les dessous fangeux de l’institution scolaire – flagellation de jeunes filles et jeunes garçons pour des motifs chimériques -, l’hôpital – exécution sommaire et tortures diverses -, le couvent – viol à la chaîne de religieuses malgré elles, cloitrées dans des caves. Ca défonce, ça charcle à tour de bras, il n’y a pas un seul de nos étendards de la vertu qui ne soient dénoncés comme hypocrisie. Discours révolutionnaire ou discours autocratique ne sont que des masques pour faire entrer l’autre dans son économie libidinale, et à son seul profit. Les beaux parleurs ont la côte, ils embobinent et violent, souillant à la fois l’esprit et le corps. C’est à un tour de France des sévices que se soumet Justine : une routarde du viol. Rue Quincampoix, Luzarches, Bondy, Sens, Auxerre, Lyon, Grenoble, puis Lyon à nouveau : ubiquité social mais aussi spatial du vice. Tout ce qui semble lui porter secours n’est en réalité qu’un piège supplémentaire du malin. La voici devant un clocher, au sein d’une forêt, asile de prières dans son aimable solitude. : “Eloignées de cette société pernicieuse, où le crime veillant sans cesse autour de l’innocence, la dégrade et l’anéantit… ah ! toutes les vertus doivent habiter là, j’en suis sûre, et quand les crimes de l’homme les exilent de dessus la terre, c’est là, c’est dans cette retraite solitaire, qu’elles vont s’ensevelir au sein des êtres fortunés qui les chérissent et les cultivent chaque jour.” Elle déchantera vite, et c’est ce genre de mésaventure qui fait tout le ressort comique de Justine.
Il apparait à ces observations que Sade est quelque peu pessimiste quand au genre humain, au monde en général, à la nature, et à toute divinité. Il faut être bien sensible, bien tendre pour ressentir à ce point le mal mondain, et pour ensuite l’absolutiser ainsi. Tout est noir, tout est sombre, tout est cruel. Et la lumière – le peu qu’il y en a, à savoir Justine, et peut-être quelques unes de ses rencontres – ne sont là que pour mettre en valeur l’ombre, comme lorsqu’allumant puis éteignant brusquement une lumière, nos yeux ne savent plus s’habituer au noir, et ne le retrouve qu’absolu et dense. Les bonheurs n’apparaissent que pour se signaler à l’incrédule : oui, l’amour existe, mais aussitôt il s’enfuit.
Maintenant nous en venons à nous interroger sur les motivations de ce mauvais démiurge littéraire, à repousser toujours plus les limites de ce que peut endurer Justine. Tous les sévices – elle est plutôt endurante -, tout sauf la foudre, qui vient la frapper absurdément alors qu’elle a atteint enfin bonheur et protection. Il faut que scène après scène, un moteur secret enflamme la plume de notre auteur. Alors il y a la satire, il y a aussi la veine comique, il y a l’architecte, mais il y aussi sourdement cette tension sexuelle, ce primat donner au plaisir sexuel, à la libido et qui anime en dernier lieu toute l’intrigue. C’est Justine objet de jouissance : le monde s’acharne sur Justine car il veut jouir de Justine, objet de tous les désirs. La libido comme moteur de la narration et de l’écriture, c’est évidemment très freudien. Et ajoutons à cela une libido infectée par la pulsion de mort et de destruction, et il nous apparait que Sade est un très sérieux précurseur du dernier Freud, le pessimiste du “malaise dans la civilisation.” C’est évidemment ce qui marque le plus à la lecture : non pas la pornographie de l’ensemble – car les très nombreuses dissertations qui l’émaillent rendent quand même la masturbation difficile, mais cette sensualité malsaine, où la domination exige la soumission, le plaisir la destruction, où le maître jouit de l’objet, ce à quoi Justine se plie avec une vertu étonnante. C’est la description d’un désir devenu fou, et qui exige pour sa réalisation le renversement de toutes barrières morales et physiques. Dans le roman bourgeois, ces barrières seront respectivement la fidélité et le rival, chez Sade c’est un peu plus emphatique. Mais ne s’agit-il pas seulement d’une question de dégré ? Le désir est toujours coupable, il renverse l’ordre et le perturbe. Il est même à la base de toute organisation sociale nous dit Sade – celle de l’école, du couvent etc… Et lorsqu’il se fait ordre, le désir devient un ogre impossible à contenter – c’est l’histoire de Juliette. Sade n’est pas loin d’avoir écrit la vérité sur le désir. Proposons-en une représentation mathématique, la fonction inverse, dérivé de la fonction Hélène de x.
Pétrarque Julien Henry Miller Noirceuil
En abscisse, le gradient de perversité et en ordonnée la joie que nous pouvons en escompter. Au point 0 de l’abscisse le regard, voir même l’amour de loin, une jouissance purement spirituelle, celle de l’amour courtois, désir suspendu, jouissance ajournée. Puis la bascule, au point d’inflexion de la courbe, la chute du spirituel dans le charnel, c’est la main de Julien tenant celle de Madame de Rênal. Dés lors les gains diminuent malgré l’augmentation des mesures employées. Cette expérience là correspond à ce qui est appelé émoussement d’une passion. Dans le roman bourgeois, nous verrions la femme, l’homme, prendre un amant, une maîtresse. Une passion vite épuisée dans un hôtel, et le retour au domicile conjugal. Mais rien ne retient Sade – puisqu’il est enfermé -. Alors il engage des procédés extrêmes. Il faut alors toujours plus de perversion mais pour obtenir toujours moins de jouissance. La perversion elle-même croît difficilement – cf ln(x) -. Elle devient un délire abstrait, arithmétique. Si elle prend encore grand gain à conquérir les charmes, puis chaque parcelle de peau, puis les orifices un à un, il faut ensuite utiliser de combinaisons – tableaux pluriels, contorsions charnelles, passions de deuxième classe – jusqu’à atteindre la complète consommation érotique du corps, restant sa consommation par la douleur. La baise devient alors une performance abstraite, un grand délire d’extinction complète de toute chair dans la souffrance, dont les orgies métaphoriques de Juliette sont le rendu littéraire le plus développé. On y multiplie les belligérants, on s’y attaque aux viscères, on y convoque l’expertise anatomique, et même le culinaire avec ses boudins de sang de pucelle et ses pâtés de couilles. La perversion elle-même ne sait plus comment s’intensifier – d’où l’ennui, la répétitivité. Ils ne parviennent plus à jouir, l’impuissance les poursuit, et c’est la colère lubrique des tenants du château de Silling. Le roman bourgeois se contenterait de décrire un couple qui ne baise plus, dont il faudrait “ranimer la flamme”. Sade montre son libertin exiger un nouveau crime, une nouvelle victime. Dans le roman bourgeois on se contente de prendre une maîtresse, un amant. Afin de pouvoir décrire à nouveau le trouble d’un regard, d’une main qui s’approche. L’aventure s’achevant dans un hôtel. Et alors nos bourgeois en seraient au même point. Il faut alors recommencer ailleurs, ou sublimer, ou parvenir à une sagesse particulière, démerdez vous : Sade a décrit la réalité du désir dans les déserts de l’amour. La justification de ces extrémités ne peuvent être que le comblement d’un manque aussi extrême (l’amour jouit de la seule présence.)
Saint-Fond, Noirceuil, le comte Minski sont les maîtres de ces déserts. Voilà des hommes qui ne cèdent pas sur leurs désirs, pour reprendre la formule dont Lacan, devenu injonction éthique de toutes les psychologies magazines. “Ne pas céder sur son désir” : la formule n’est évidemment pas universalisable, et Lacan ne l’ignorait pas. D’ailleurs il précisait, “ceci n’est point à la portée de tout le monde, et c’est la différence entre l’homme du commun et le héros, plus mystérieuse donc qu’on ne le croit.”. L’homme du commun, c’est la névrose, celui qui s’est trahit, celui-ci est coupable de la seule chose dont on puisse être coupable, c’est d’avoir cédé sur son désir : “Pour l’homme du commun, la trahison, qui se produit presque toujours, a pour effet de le rejeter de façon décisive au service des biens, mais à cette condition qu’il ne retrouvera jamais ce qui l’oriente vraiment dans ce service.” Et à partir de là, nous entrons dans le discours du héros sadien :
Enfin, le champ des biens, naturellement ça existe, il ne s’agit pas de les nier, mais renversant la perspective je vous propose ceci, quatrième proposition – Il n’y a pas d’autre bien que ce qui peut servir à payer le prix de l’accès au désir – en tant que ce désir, nous l’avons défini ailleurs comme la métonymie de notre être.
Je découpe ce passage d'”Ethique de la psychanalyse” et l’insère dans la bouche d’un quelconque héros sadien, ou alors j’en créé un nouveau, Jacques, psychanalyste, dont le plus grand plaisir serait de se branler sur l’origine du monde. Lacan l’immense lecteur, le pénétrant lecteur, ramené à à peu près rien. La manoeuvre serait brutale, elle ferait hurler, ce qu’adorerait Sade. Je me demande si lui-même ne composait ainsi. “Le désir, métonymie de notre être“, version plus spirituelle du discours de Coeur-de-fer : ” qu’il ne s’effraye donc, ni ne s’arrête, celui dont l’âme est portée au mal ; qu’il le commette sans crainte, dès qu’il en a senti l’impulsion : ce n’est qu’en y résistant qu’il outragerait la nature.” Bien sûr il ne s’agirait pas de Lacan lui-même, mais d’un Lacan slogan, ramené à sa formule la plus trivial, un Lacan de parodie. Les hommes, s’ils nous restent des mystères, à leurs insus deviennent signe.
Sade lui-même. Où parait-il dans Justine ? Une foule de personnages, nous jouons à ce petit jeu, où est Charlie, où se cache-t-il ? Nous le savons démiurge de ce monde : en est-il le Dieu caché, absent ? Laissant entière liberté à ses personnages. Le mauvais démiurge ? Oh juste un peu méchant. En est-il le moteur, au sens spinoziste, panthéisme philosophique, et donc à la fois victime et bourreau ? Ou alors Dieu chrétien, trinitaire, à la fois créateur, incarné, et esprit ? Incarné en Justine, sorte de Christ travesti envoyé au supplice. Ici elle décrit le supplice de son acolyte, le sien l’attends après, le coup de lance qu’elle recevra sera vulgaire.
elle était attachée à une croix, elle y était posée sur la poitrine, de façon qu’on voyait amplement toutes ses parties postérieures, mais cruellement molestées ; le sang paraissait sortir de plusieurs plaies et couler le long de ses cuisses ; elle avait les plus beaux cheveux du monde, sa belle tête était tournée vers nous et semblait implorer sa grâce : on distinguait toutes les contorsions de la douleur imprimées sur son beau visage, et jusqu’aux larmes qui l’inondaient.
La question est indécidable, elle est religieuse. Elle engage nos conceptions du monde. Mondes dont nous pouvons approchez les démiurges, car ils furent des êtres de chairs comme nous. Leurs biographes en sont les prophètes, leurs correspondances les paroles véridiques. Et pourtant cela ne suffit jamais. Justine persécutée est Sade, et Juliette aussi. Justine est Sade persécuté. Le je n’est pas anodin : c’est ce je qui subit ces outrages du monde – sévices, malheurs, discours. Dans la peau d’une femme, Sade avance.
Pendant que Julien allait jouir de Cardoville, et La Rose de Saint-Florent, les deux libertins penchés sur moi devaient alternativement placer dans ma bouche leurs dards émoussés ; lorsque j’en pompais un, il fallait de mes mains secouer et polluer l’autre, puis d’une liqueur spiritueuse que l’on m’avait donnée je devais humecter et le membre même et toutes les parties adjacentes ; mais je ne devais pas seulement m’en tenir à sucer, il fallait que ma langue tournât autour des têtes, et que mes dents les mordillassent en même temps que mes lèvres les pressent.
Il cherche pour lui-même l’anéantissement dans le plaisir. Un fait biographique : Sade fut condamné à mort pour homosexualité. La plupart de ses héros sont d’ailleurs complètement pédés, on dira même misogyne, en un sens. Disons qu’ils le sont en tant que Sade se hait lui-même, qu’il hait la chair en lui.
– Ah ! Thérèse, s’écria-t-il un jour dans l’enthousiasme, si tu connaissais les charmes de cette fantaisie, si tu pouvais comprendre ce qu’on éprouve à la douce illusion de n’être plus qu’une femme ! Incroyable égarement de l’esprit ! on abhorre ce sexe et l’on veut l’imiter ! Ah ! qu’il est doux d’y réussir, Thérèse, qu’il est délicieux d’être le catin de tous ceux qui veulent de vous, et, portant sur ce point, au dernier épisode, le délire et la prostitution, d’être successivement dans le même jour la maîtresse d’un crocheteur, d’un marquis, d’un valet, d’un moine, d’en être tour à tour chéri, caressé, jalousé, menacé, battu, tantôt dans leurs bras victorieux, et tantôt victime à leurs pieds, les attendrissant par des caresses, les ranimant par des excès… (…) les bouches collées l’une à l’autre, nous voudrions que notre existence entière pût s’incorporer à la sienne ; nous ne voudrions faire avec lui qu’un seul être ; si nous osons nous plaindre, c’est d’être négligés ; nous voudrions que, plus robuste qu’Hercule, il nous élargît, il nous pénétrât ; que cette semence précieuse, élancée, brûlante au fond de nos entrailles, fît, par sa chaleur et sa force, jaillir la nôtre dans ses mains… Ne t’imagine pas, Thérèse, que nous soyons faits comme les autres hommes ; c’est une construction toute différente, et cette membrane chatouilleuse qui tapisse chez vous le temple de Vénus, le ciel en nous créant en orna les autels où nos Céladons sacrifient : nous sommes aussi certainement femmes là que vous l’êtes au sanctuaire de la génération ; il n’est pas un de vos plaisirs qui ne nous soit connu, pas un dont nous ne sachions jouir ; mais nous avons, de plus, les nôtres, et c’est cette réunion délicieuse qui fait de nous les hommes de la terre les plus sensibles à la volupté, les mieux créés pour la sentir ; c’est cette réunion enchanteresse qui rend impossible la correction de nos goûts, qui ferait de nous des enthousiastes et des frénétiques, si l’on avait encore la stupidité de nous punir, qui nous fait adorer, jusqu’au cercueil enfin, le dieu charmant qui nous enchaîne !
Surement Sade est-il aussi ce Comte de Bressac, il est de tous les errements, de tous les désirs et flux de langage, traversé par toutes les chimères qu’il a composé en livre. La chair est décrite de l’intérieur, et en son coeur se tient la vertu, flagellé par la lubricité.
Mais nous sommes loin d’en avoir fini avec Justine. Il faudrait encore remarquer comment elle est point focal de tous les désirs. Les autres étant des (dés)astres surgissant puis disparaissant de son horizon. Revenant parfois, selon leurs orbites. Qu’il est jouit de Justine toujours de façon partielle, morceau par morceau.
Prêtez-moi la partie de votre corps qui peut me satisfaire un instant, et jouissez, si cela vous plaît, de celle du mien qui vous être agréable.
Comme s’il comptait quitter sa geôle morceau par morceau :
The only way to exist, it’s going piece by piece
(Slayer)
Comment il pense s’anéantir dans la sensation. Comment il renaît à chaque fois, en Justine, immaculée, toujours innocente, toujours prête à être à nouveau immoler. Sade en robe de jeune fille, phénix sur l’enclume, tabassé par les hommes. L’aspect grotesque de Sade en jeune fille. Ce qu’il y a de comique là-dedans.
Les éléments biographiques de Sade que nous retrouvons dans Justine. Les rumeurs, Justine poursuivit par la justice, l’avocat qui plaide pour lui. Et extensivement – peut-être -, des souvenirs d’école, de catéchisme.
Comment il veut l’anéantissement final – la foudre -, la jouissance absolue qui le désintégrerait. Elle entre par le coeur, le sein de Justine. Comment il compte absolument disparaître. Ce qu’il exigeait comme dernière volonté : être enterré dans une tombe anonyme, sous un buisson. Comment il pensait se libérer de la prison de chair : par un procédé de vaporisation.


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