"Pour se rendre à Ermenonville, on ne trouve plus aujourd’hui de route directe. Quelquefois j’y vais par Creil et Senlis, d’autres fois par Dammartin."
J'optai pour Dammartin, mais n'allai pas à Ermenonville. Longtemps j'avais cherché un passage dans le Valois, si mal desservi par les transports, vers ces "pauvres villes délaissées dont les chemins de fer ont détourné la circulation et la vie." dont parle Gérard dans ses "Promenades et souvenirs". Sur la fresque des lignes du nord, en gare de surface de la gare du même nom, un défect dans le territoire parcouru par ses lignes : c'est le Valois. La ligne de Creil à l'ouest, la ligne de Crepy-en-Valois à l'est, et ce trou au centre, au-dessus des aéroports du nord. Cette ligne de Crépy, dite ligne K dans la nouvelle nomenclature du Transilien, je ne l'avais jamais emprunté.
Elle file le long des voies du RER B, passant le Stade de France, le Bourget, Drancy, s'arrêtant à Aulnay puis retraçant de plus belle vers le Valois.
Le trajet naturel, celui de Gérard de Nerval dans Sylvie, suivrait la route de Flandre par Auvervilliers, La Courneuve, le Bourget...
"Quelle triste route, la nuit, que cette route de Flandre, qui ne devient belle qu’en atteignant la zone des forêts ! Toujours ces deux files d’arbres monotones qui grimacent des formes vagues ; au-delà, des carrés de verdure et de terres remuées, bornés à gauche par les collines bleuâtres de Montmorency, d’Écouen, de Luzarches. Voici Gonesse, le bourg vulgaire plein des souvenirs de la ligue et de la fronde..."
C'est à partir de Loisy que Gérard évoque ensuite Saint-Sulpice-du-Désert, Othis, Dammartin. Mais pour des raisons pratiques, parce que les trains desservant Dammartin sont rares, je préférai caler mon départ sur les horaires de la ligne K plutôt qu'avoir à en subir l'attente en gare. Le retour s'opérerait par la ligne D, mieux desservi, par la gare de Survilliers-Fosses.
Sur la carte il fallut trouver les passages permettant de franchir la nationale 2, puis les lignes du TGV grand-Est, l'autoroute A1, tout en évitant les départementales sans trottoirs. Ce sont des lieux sans piétons. Un Sylvie-tour à rebours.
A Dammartin personne ne descend. Aux confins de la Seine-et-Marne nord c'est un défilé de ronds-points, le Burger-King, le Mac-Donald. Un homme me demande où se trouve l'entrepôt, le plus gros entrepôt du coin. Un tunnel sous la nationale puis ce chemin vers Dammartin.
C'est une colline sur laquelle coule la ville. En haut il y a l'église, le Cindy B R, l'Arsenic et Vieille Dentelles. Je descendis vers Othis par un petit sentier touristique, le sentier Nerval, avant de rejoindre un lotissement neuf.
Entre Dammartin et Othis il y a un tout petit bout de plaine à traverser.
L'espace François Mitterand, la rue Gérard-de-Nerval, le Nerval - bar sans enseigne -, un lotissement "Les jardins de Sylvie", ses rues des Filles-du-Feu, de la Bohème-Galante, des Chimères, de la Main-Enchantée. Fantômes littéraires se coulant dans le béton local.
Vers le nord-ouest le chemin vers Beaumarchais, village par lequel je franchirai les lignes du TGV-Est.
"Le clocher du village pointait sur les coteaux bleuâtres qui vont de Montmélian à Dammartin."
D'abord je trouvai la Thève, puis empruntai la passerelle au-dessus des voies. Au-delà deux chemins vers le nord. L'un longeant la forêt de Saint-Laurent, l'autre passant un peu plus à l'est, longeant la Thève. Un accès TGV.
"La Thève bruissait de nouveau parmi les grés et les cailloux, s'amincissant au voisinage de sa source, où elle se repose dans les près, formant un petit lac au milieu des glaïeuls et des iris."
"Nous partîmes en suivant les bords de la Thève, à travers les prés semés de marguerites et de boutons-d’or, puis le long des bois de Saint-Laurent, franchissant parfois les ruisseaux et les halliers pour abréger la route. Les merles sifflaient dans les arbres, et les mésanges s’échappaient joyeusement des buissons frôlés par notre marche.
Parfois nous rencontrions sous nos pas les pervenches si chères à Rousseau, ouvrant leurs corolles bleues parmi ces longs rameaux de feuilles accouplées, lianes modestes qui arrêtaient les pieds furtifs de ma compagne. Indifférente aux souvenirs du philosophe genevois, elle cherchait çà et là les fraises parfumées, et moi, je lui parlais de La Nouvelle Héloïse dont je récitais par cœur quelques passages. « Est-ce que c’est joli ? dit-elle. — C’est sublime. — Est-ce mieux qu’Auguste Lafontaine ? — C’est plus tendre. — Oh ! bien, dit-elle, il faut que je lise cela. Je dirai à mon frère de me l’apporter la première fois qu’il ira à Senlis. » Et je continuais à réciter des fragments de L’Héloïse pendant que Sylvie cueillait des fraises."
En allant vers Loisy.
Une simple rue résidentielle. Là je pris le chemin vers le nord, la forêt d'Ermenonville, laissant à ma gauche le bois de Nerval. Je cherchai le couvent de Saint-Sulpice-du-Désert.
"En quittant le chemin pour traverser un petit bois qui sépare Loisy de Saint-S…, je ne tardai pas à m’engager dans une sente profonde qui longe la forêt d’Ermenonville ; je m’attendais ensuite à rencontrer les murs d’un couvent qu’il fallait suivre pendant un quart de lieue."
"Elle partit d’un grand éclat de rire en disant : « Quelle idée ! » Puis, comme se le reprochant, elle reprit en soupirant : « Pauvre Adrienne ! elle est morte au couvent de Saint-S…, vers 1832. »"
Le chemin vers les roches druidiques est barrée par ce portail vert, et entouré de barbelés.
Je revins en arrière. "— En me réveillant, je reconnus peu à peu les points voisins du lieu où je m’étais égaré dans la nuit. A ma gauche, je vis se dessiner la longue ligne des murs du couvent de Saint-S…, "
Retrouvai Loisy.
"Voici le village au bout de la sente qui côtoie la forêt : vingt chaumières dont la vigne et les roses grimpantes festonnent les murs. Des fileuses matinales, coiffées de mouchoirs rouges, travaillent réunies devant une ferme. Sylvie n’est point avec elles."
Et partis vers le Bois de Nerval.
Ici se trouve le clos de Nerval, en vert sur la photo.
L'affaire en somme était pliée, et il s'agissait maintenant de rentrer. Par Mortefontaine d'abord.
Puis par Plailly, Saint-Witz. Un chemin sur la droite permet de franchir l'A1 par la campagne. En passant une vue sur Senlis, très lointaine.
Je posai le pied à Survilliers, rue d'Enfresne. C'est non loin de là, derrière la piscine, qu'un groupe de bandits dépouillaient des homosexuels racolés sur coco.fr, armés de battes de base-ball et même d'un sabre. Derrière la piscine.
Je ne sais pas trop quoi penser de ces pauvres villes de cette plaine de France Val d'Oisienne, qui s'égrènent sur cette pauvre ligne D nord ; Survilliers-Fosses, Louvres, Goussainville, Gonesse... Elles attendent d'être rattrapées par la ville. C'est sur cette ligne aussi que fut assassinée Anne-Lorraine Schmitt de 34 coups de couteaux par un violeur récidiviste, le 25 novembre 2007, entre Louvres et Survilliers selon l'enquête. Son cadavre lui fut retrouvée à Creil, terminus.
Cette affaire avait beaucoup fait parler d'elle : une jeune femme seule, blonde, chrétienne, scout d'Europe, assassinée. Son père général eut un temps les honneurs du mur des cons du syndicat de la magistrature.
Le Lidl, la gare, le retour.
Fosses : tout semble dit par son nom.
A Dammartin personne ne descend. Aux confins de la Seine-et-Marne nord c'est un défilé de ronds-points, le Burger-King, le Mac-Donald. Un homme me demande où se trouve l'entrepôt, le plus gros entrepôt du coin. Un tunnel sous la nationale puis ce chemin vers Dammartin.
C'est une colline sur laquelle coule la ville. En haut il y a l'église, le Cindy B R, l'Arsenic et Vieille Dentelles. Je descendis vers Othis par un petit sentier touristique, le sentier Nerval, avant de rejoindre un lotissement neuf.
Entre Dammartin et Othis il y a un tout petit bout de plaine à traverser.
L'espace François Mitterand, la rue Gérard-de-Nerval, le Nerval - bar sans enseigne -, un lotissement "Les jardins de Sylvie", ses rues des Filles-du-Feu, de la Bohème-Galante, des Chimères, de la Main-Enchantée. Fantômes littéraires se coulant dans le béton local.
Vers le nord-ouest le chemin vers Beaumarchais, village par lequel je franchirai les lignes du TGV-Est.
"Le clocher du village pointait sur les coteaux bleuâtres qui vont de Montmélian à Dammartin."
D'abord je trouvai la Thève, puis empruntai la passerelle au-dessus des voies. Au-delà deux chemins vers le nord. L'un longeant la forêt de Saint-Laurent, l'autre passant un peu plus à l'est, longeant la Thève. Un accès TGV.
"La Thève bruissait de nouveau parmi les grés et les cailloux, s'amincissant au voisinage de sa source, où elle se repose dans les près, formant un petit lac au milieu des glaïeuls et des iris."
"Nous partîmes en suivant les bords de la Thève, à travers les prés semés de marguerites et de boutons-d’or, puis le long des bois de Saint-Laurent, franchissant parfois les ruisseaux et les halliers pour abréger la route. Les merles sifflaient dans les arbres, et les mésanges s’échappaient joyeusement des buissons frôlés par notre marche.
Parfois nous rencontrions sous nos pas les pervenches si chères à Rousseau, ouvrant leurs corolles bleues parmi ces longs rameaux de feuilles accouplées, lianes modestes qui arrêtaient les pieds furtifs de ma compagne. Indifférente aux souvenirs du philosophe genevois, elle cherchait çà et là les fraises parfumées, et moi, je lui parlais de La Nouvelle Héloïse dont je récitais par cœur quelques passages. « Est-ce que c’est joli ? dit-elle. — C’est sublime. — Est-ce mieux qu’Auguste Lafontaine ? — C’est plus tendre. — Oh ! bien, dit-elle, il faut que je lise cela. Je dirai à mon frère de me l’apporter la première fois qu’il ira à Senlis. » Et je continuais à réciter des fragments de L’Héloïse pendant que Sylvie cueillait des fraises."
En allant vers Loisy.
Une simple rue résidentielle. Là je pris le chemin vers le nord, la forêt d'Ermenonville, laissant à ma gauche le bois de Nerval. Je cherchai le couvent de Saint-Sulpice-du-Désert.
"En quittant le chemin pour traverser un petit bois qui sépare Loisy de Saint-S…, je ne tardai pas à m’engager dans une sente profonde qui longe la forêt d’Ermenonville ; je m’attendais ensuite à rencontrer les murs d’un couvent qu’il fallait suivre pendant un quart de lieue."
"Elle partit d’un grand éclat de rire en disant : « Quelle idée ! » Puis, comme se le reprochant, elle reprit en soupirant : « Pauvre Adrienne ! elle est morte au couvent de Saint-S…, vers 1832. »"
Le chemin vers les roches druidiques est barrée par ce portail vert, et entouré de barbelés.
Je revins en arrière. "— En me réveillant, je reconnus peu à peu les points voisins du lieu où je m’étais égaré dans la nuit. A ma gauche, je vis se dessiner la longue ligne des murs du couvent de Saint-S…, "
Retrouvai Loisy.
"Voici le village au bout de la sente qui côtoie la forêt : vingt chaumières dont la vigne et les roses grimpantes festonnent les murs. Des fileuses matinales, coiffées de mouchoirs rouges, travaillent réunies devant une ferme. Sylvie n’est point avec elles."
Et partis vers le Bois de Nerval.
Ici se trouve le clos de Nerval, en vert sur la photo.
L'affaire en somme était pliée, et il s'agissait maintenant de rentrer. Par Mortefontaine d'abord.
Puis par Plailly, Saint-Witz. Un chemin sur la droite permet de franchir l'A1 par la campagne. En passant une vue sur Senlis, très lointaine.
Je posai le pied à Survilliers, rue d'Enfresne. C'est non loin de là, derrière la piscine, qu'un groupe de bandits dépouillaient des homosexuels racolés sur coco.fr, armés de battes de base-ball et même d'un sabre. Derrière la piscine.
Je ne sais pas trop quoi penser de ces pauvres villes de cette plaine de France Val d'Oisienne, qui s'égrènent sur cette pauvre ligne D nord ; Survilliers-Fosses, Louvres, Goussainville, Gonesse... Elles attendent d'être rattrapées par la ville. C'est sur cette ligne aussi que fut assassinée Anne-Lorraine Schmitt de 34 coups de couteaux par un violeur récidiviste, le 25 novembre 2007, entre Louvres et Survilliers selon l'enquête. Son cadavre lui fut retrouvée à Creil, terminus.
Cette affaire avait beaucoup fait parler d'elle : une jeune femme seule, blonde, chrétienne, scout d'Europe, assassinée. Son père général eut un temps les honneurs du mur des cons du syndicat de la magistrature.
Le Lidl, la gare, le retour.
Fosses : tout semble dit par son nom.


























































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