Il eut un soupir de satisfaction et suivit l’immense allée qui filait dans les ténèbres. Bien qu’il connût la route, il s’avançait avec précaution, dans cette avenue que bordaient d’énormes arbres dont les cimes se perdaient dans l’ombre.
La cathédrale, Huysmans
Je dis que Combray se trouvait en Eure-et-Loire. S'y trouve Illiers, ville natale du père, rebaptisé Illiers-Combray, pour capter un morceau de ce monde-là. Dans le roman, il est habité par la famille de la mère, c'est à dire le côté juif, ce qui n'est à y rien comprendre. "Quand c'était avec ma grand-mère que nous allions à Combray, elle nous faisait toujours arrêter à Chartres", ce qui correspond à une certaine logique topographique. Lorsque nous empruntons l'autoroute A 11 vers Saint Malo, nous traversons Illiers, mais sans jamais ne s'y arrêter. Je me souviens aussi de Chartres, dont en vain et à chaque passage je tente de voir les flèches, mais les talus arborées qui ceignent l'autoroute nous les cachent. Ne sont-elles pas censés surgir tels des épis durs par-dessus les plaines de la Beauce ? Je me souviens y être allée en train, pour précisément les voir. Peguy entreprit un telle pèlerinage, afin d'obtenir pour ses enfants une grâce de la vierge - ils étaient mourants -. Soit il était idiot, soit il avait envie de marcher. Cela lui prit trois jours, il n'emprunta pas la gare Montparnasse. Je ne sais plus si il fut entendu, mais cela est marqué sur l'un des piliers de la cathédrale : je l'ai pris en photo.
Lorsque nous sortons de la gare de Chartres nous sommes accueillis par un parking, et cela ne constitue pas une surprise. Toutes les villes de France commencent ainsi. Du cela donne-t-il une homogénéité. Les alentours des gares sont pauvres, c'est là que sont les fast foods et les zonards.
Chartres est une ville basse, et de loin nous distinguons déjà les flèches de la cathédrale, elles n'impressionnent pas, c'est un paysage vu cent fois, il y a des maisons, et puis des clochers : c'est un paysage français. Les avenues sont aménagées, ça sent l'effort d'urbanisme, tout pour le rond-point, puis nous pénétrons la vieille ville, et les ruelles deviennent plus étroites, éloignant le ciel. Les commerces se raréfient, étrangement les passants aussi. Nous tournons sans repère, à l'orientation, grisée par les courbes des rues, nous tanguant comme pris d'ébriété, ne parvenant jamais au cap que nous nous étions fixés. Lorsque subitement, au détour d'une rue, leurs masses nous écrasent, et pas seulement la masse des tours mais aussi la façade aussi, elle fait mur et nous sommes face à elle sans recul, le cou levé et pris de vertige.
Moi je ne voyais au contraire jamais sans tristesse les cloches de Chartres, car souvent c'est à Chartres que nous accompagnions Maman quand elle quittait Combray avant nous.
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