L’une de ces villes-rêves, perdues parmi les boucles de Seine. Au-delà de Choisy, Villeneuve, Corbeil même, Melun. Troisième M des 3 M de Seine-et-Marne, troisième ville confluence que je visitai après Alfortville, Conflans. J’avais longtemps rêvé de cette ville, devant sans cesse différer mon départ, tantôt pour la grêve, tantôt pour la pluie ou quelque vieille blessure.
Là où j’apprendrai que c’est n’est pas la Seine mais l’Yonne qui coule à Paris. Je la reconnaissais à sa même eau bleu profonde que j’avais photographié au niveau du pont de Vigneux, abordant maintenant il y a longtemps la forêt de Sénart.
Une gare aux quais de sables, large et comme nue dans la ville, accueille le vieux TER aux vitres sombres et si peu photogéniques. Il y a là ensuite un tunnel étroit, presque minier qui conduit à l’une de ces parkings de bus comme on en trouvait devant ces gares de grandes banlieues. Les voyageurs dispersés sitôt descendus à quai…
Je ne ressentais ic ni la cohue de Meaux ni le trafic automobile autour de celle de Melun : la ville de province, alignant ses vieilles maisons le long d’une avenue arborée. Je filai droit vers la Seine, butant bientôt sur un enclos industriel, passai rue des enfants, rue des demoiselles, rue des Dames. Un transformateur décoré en cabanon un monsieur peint à sa fausse fenêtre, en face la maison des jeunes : pour attirer les enfants dedans ?
Suivant le long du fleuve un mince chemin herbeux se glissant derrière un stade, puis un hangar restaurant - le Zodiac. M’approchant de la confluence de très vieilles maisons d’une ville très ancienne, maisons venus mourir en bord de Seine.
Montereau est une ville confluence entre la Seine et l’Yonne : il y a le corps de ville, la ville basse ou ancienne, sa pointe entre fleuve et rivière - ils ne sont pas ceux qu’on croit -, occupée par une zone industrielle et sa statue de Napoléon. Le même pont passant de la ville basse à la pointe de confluence se poursuit ensuite sur le troisième corps de la ville, dite la ville haute, ville nouvelle, Surville sur sa colline, la cité. Voilà quelque chose d’éminemment ségréguée me dis-je : non seulement ce fleuve séparant la ville, mais aussi l’altitude. Et ce pont qui se refuse de relier l’un directement à l’autre, faisant détour par la zone grise. Ségrégation plus symbolique que réel : à peine un simple détour, une délicate courbe. Que j’empruntai par les ponts anciens : il y a là possibilité de descendre à la pointe de cette confluence. Un arbre et un banc. De là je voyais les rives désertés du fleuve. Par delà la colline, derrière un massif boisé l’une des tours de Surville. Côté ville ancienne ces berges laides.
Il y a à Montereau une petite curiosité pour Napoléon, pour la bataille de Montereau dont je peine à saisir l’importance. Il se tient là en bronze avec une tête comme gonflé aux hormones, comme taillé en 3D isométrique : un personnage de jeu vidéo. Meaux avait bien aigle, et Melun, quoi, sa maison d’arrêt ? Autour de moi les trois corps de la ville, chacune supportant son monument, les tours de Surville, le silo à grain du port céréalier, la Collégiale Notre-Dame-et-Saint-Loup de la ville ancienne. Sur ce pont fut assassiné Jean Sans Peur.
Je commençai l’ascension de Surville, que je découvris plus raide qu’anticipé. Derrière le pont quelques bâtisses en bas de colline le long d’une route trop passante., puis un escalier de pierres derrière une pizzeria s’élevant rude dans une falaise. Là un chemin forestier en balcon au-dessus de la Seine-et-Marne, un Christ sur sa croix parmi les arbres. Je décidai pour allonger le kilométrage de boucler vers l’A5, vers là où j’avais pour la première fois découvert l’incongruité de Montereau, de ses tours s’élevant parmi les champs céréaliers.
Le chemin se poursuivait en longeant un enclos, avant d’aboucher vers une banlieue en bas de colline, avec ses rues, ses ronds-points, ses équipements sportifs, son stand de tir… Remontant une autre colline un petit ensemble pavillonnaire imitant le vieux village français mais avec des matériaux de ville nouvelle. Trainés de suie et de crasse sur les façades grises crépis de maisonnettes aux fenêtres étroites, disposés en terrasses le long d’une pente. Des cours, des arches, une laideur d’inachevé. Là haut une impasse obstruée de volumineux blocs de pierres anti-roms. Je m’engageai sur un premier passage, puis un second, détritus, foyer noircis. Au-loin, par-delà une vallée encore, les tours de Surville émergeant d’une forêt. J’empruntai un mince sentier herbeux à peine dessinée - juste quelques herbes couchées - croisant un chemin se révélant perdant, retournant sur mes pas, en suivait un autre longeant un champ. Des blés des coquelicots, des pylônes de lignes à haute tension. Je longeai les grilles d’un collège, les enfants me saluant - l’un me demandant si j’étais chanteur. J’étais parvenu ici à la lisière septentrionale de Surville : des barres puis des champs, séparés par une avenue mal entretenue. Une rue élégamment doté de lampadaires s’enfonce à travers eux, menant plus loin à un petit hameau. C’est une ville m’a-t-il semblé, Rue des Boulains est-il annoncé sur le panneau blanc cerné de rouge.
J’entrai dans Surville, cessant de courir. Immeubles de différents âges comme souvent dans les grands ensembles maintenant. La rénovation avait débuté mais non achevé. Une barre digne du Kosovo dominant un vaste parking semblait être le centre de ce semblant de ville. A celle-ci en répond une autre, situé par-delà la place, cette fois-ci entièrement muré, vitres brisées. Depuis combien de temps. A l’est une autre encore, mais dont il ne reste cette fois-ci que l’emplacement vide, envahie d’herbes. Je croisai une autre tour, un château d’eau démentiel, animal géant comme monté sur des échasses. Une église laide place Jean XXIII, un préfabriqué auprès duquel fut monté un mat surmonté d’une croix. Plus bas une salle François-Miterrand, la mosquée. Je retournai à la ville basse par le même chemin de montagne. Repassai la confluence, cette fois-ci illuminé de sublimes reflets dans les eaux.
Je passai par la vieille ville, ses enseignes pauvres comme ailleurs. Des coiffeurs, des boulangeries. Sur une petite place quelques enseignes dont les façades étaient toutes de plexi, recouvrant les vieilles pierres : ville de plastique… Dans les allées glacées d’un Franprix je cherchai un Ice Storm en vain. A l’air libre à nouveau je fus à nouveau accablé par la chaleur, saisi subitement d’une impression de vacances : la lourdeur de l’air, le Franprix pourri. Bientôt je retrouvai la gare et rentrai.







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