Les départs gare de Lyon, vers l’Essonne et au-delà, la Seine-et-Marne. Melun et au-delà encore, vers Montereau. La maison de Mallarmé sur la Seine, vers Vulaines. Le retour par le train de Fontainebleau. Une halte à Melun, une courte visite de la ville.
Sous les grandes halles métalliques de la gare de Lyon l'éblouissante lumière du sud,
cette qui toujours avaient accompagnés mes départs à l’heure de l’été, vers Avignon, vers Sainte-Maxime, s’annonçant et que je retrouverai là-bas.
Dans le grand train déserté roulant vers Melun, les faubourgs de la ville, les rails de Créteil-Pompadour, je me penchai pour apercevoir la confluence de l'Yerres et la Seine, toujours aussi obscur, voyant partir les voies vers Corbeil-Essonne, et nous-même quittant le val de Seine roulant à travers l'Essonne de monts en monts, à travers bois et forêts de maisons à perte d'horizon, le viaduc de Brunoy, ces gares entre-aperçues, Boussy-saint-Antoine, Quincy-sous-Sénart, puis le vert seulement à perte de vue, quand soudain la Seine réapparaissant, lovant Melun dans une de ses boucles, je descends.
Je descends, sortant faire quelques pas à Melun puis revins, empruntant cette fois le train vers Montereau ; au sud un hangar de ruines calcinées, quelques ronds de bétons, certains chapeautés tels des temples grecs, le train entièrement vide cette fois, et puis passant la Seine pour la suivre désormais, égrenant quelques noms de gares sans réputation, je les notais toutes, Livry-sur-Seine, Chartrettes, Fontaine-le-Port, Hericy, voyant les péniches, le fleuve bordant la forêt, à Vulaines je descendais, allongé sur les sièges un jeune homme dormait là, rien ne m’émeut plus je crois que ces lignes abandonnées.
Gare de campagne, gare de Seine-et-Marne, Melun banlieue de Paris mais Vulaines banlieue de Melun, par le transilien aussitôt déserté, abandonnant ses quais au silence des oiseaux, je l'aimais.
Un discret souterrain, étroit boyau carrelé - ou pavé ? - qu'étais-je venu faire là déjà ? Ah oui oui la maison Mallarmé. Maisons ouvrières ou de campagnes, quelques hommes intéressés à leurs travaux, puis la voie de la Liberté celle qui me ramènerait vers la Seine, et le pont que le général Patton emprunta, commandant la troisième armée américaine en cet endroit - mais en quel sens ? -. Plus loin je photographiai une vieille BMW 5.25, phares ronds, jantes alliages, fenêtres cerclées, celle de mon cousin - tout cela la mémoire de mon S8 s'en souvient, bien que la photo ne soit raté. Et plus loin encore je guidai un routier perdu dans ces voies là. Et plus loin encore, la Seine, enfin ça va, tout cela ne fait pas beaucoup de pas. Aujourd'hui j'avais décidé de marcher, je boitai, il faisait chaud, je ne pouvais pas rester à Paris, ni même à l'appartement à cause des travaux.
L'abondante lumière, un muret, le bleu le jaune le vert sont des couleurs douces à mes yeux
La gorge des oiseaux, lents passages des péniches, cette vieille maison aux grilles envahies de lierre, un simple portail en fer, sa bibliothèque française et à l'étage celle anglaise : toute pleines de volumes d'Edgar Allan Poe. La chambre pâle de mesdames, donnant sur le jardin, la salle à manger parquetée, la cheminée, la célèbre pendule de Saxe... Puis passant de l'autre côté, donnant sur la Seine, le boudoir japonais, sa chambre grise. Au mur un portrait d'Anatole... Dans le jardin sublime seulement par moi fréquenté. J’y lisais quelques poèmes de Mallarmé, au hasard de soulignures antérieures, je lisais
Dans l'onde toi devenue
Ta jubilation nue
et je songeai, puis apparaissant ceinte d'ombres une phrase auquel je n'avais pas assez remarqué,
Ces héros excédés de malaises badins
Vont ridiculement se pendre au réverbère,
Vont ridiculement se pendre au réverbère,
où il ne pouvait s'agir que de Nerval, de la rue de la Vieille-Lanterne, "Ne m'attends pas ce soir, car la nuit sera blanche et noire." Le poème s'intitule le guignon. Plus loin je visitais les latrines, elles étaient dans le jardin. Disséminés des panneaux exposant fragments de lettres de Mallarmé, en regard du marronnier, en bas du lierre, son souci du jardin, "Les passants ont ravagé les lilas, qui abondaient", son paradis, le mien aussi. Ses horaires m'en chassaient.
Je passai la Seine. A fleur de l'autre rive un rocher, quel était le plan ? Rejoindre Fontainebleau, revenir en gare de Vulaines-Samoreau ? Et la forêt si proche barrée par la départementale... Longeant un port, passant le rendez-vous des pêcheurs, une voie privée montant à travers quelques habitations, derrière un morceau de forêt, non le grand, s'étendant au nord, à l'ouest, au sud, mais un résidu à la découpe, triangle écrasée contre la Seine et la ville d'Avon, trop fin pour assourdir les bruits de la civilisation, trop étroit pour s'y perdre. A peine en pénétrai-je la solitude que je devinai deux silhouettes au loin, dissimulant trop peu de temps un coin d'immeuble avançant derrière l'arbre.
La butte Monceau.
Une R21 Alizée.
Des petites résidences en forme de dés jetés dans la pente
Suspendu à un haut paravent de béton la croix noire de notre Seigneur
Stationnement interdit aux forains et caravanes, c'est ce que je lis sur le panneau rouge.
Les immeubles sont bas, et la galerie commerciale aussi, protégée par ses auvents une partie a brûlé, des jeunes collégiens s'y rencontrent chahutent et discutent,
il y a le bitume du parking, puis une prairie
Elle mène à la vallée
Pour rejoindre la gare j'essaie de traverser une cité aux "parkings interdits aux résidants"
j'y croise une dame intégralement voilée, me disant bonjour poliment,
et moi butant contre un mur obliger de m'en retourner, la croisant à nouveau, cette fois-ci discutant avec une vieille dame aux cheveux bleus
marchant lentement dans les ruelles de la ville
accablé par le soleil
la gare enfin,
son souterrain intégralement décoré façon grand siècle, des carreaux d'or, illustrés
tout cela pour le beau château de Fontainebleau. Mais je décidai plutôt de visiter Melun.
Mon précédent passage trop court, m'avait laissé une impression d'inachevé
sept minutes
c'était trop peu
pour Melun il faudrait pouvoir en compter 10
Pour faire les choses bien je prévoyais une heure entre deux trains
Du ciel Melun semble une réplique miniature de Paris
Une boucle de Seine, une île entre deux rives à la différence que Notre-Dame au lieu d'y être ceinte d'un jardin l'est d'un centre de détention, galère de pierre aux hublots aveugles occupant toute la pointe orientale de cette île cité... Sa banlieue nord, ses forêts,
Une rivière singeant le parcours de nos canaux parisiens.
Je m'y promenai, étonné par ses perspectives toutes raccourcis, depuis la gare, que je m'imaginai à Montparnasse, un quart d'heure me suffit pour traverser Melun rive gauche, passant une première fois le fleuve, puis une seconde, formant une boucle dans ses vieilles rues, revenant sur mes pas passant un pont large et haut comme une autoroute, démesuré par rapport à la ville, comme un Paris miniature merdique dont seules les voies auraient été laissées à leur grandeur naturelle. Un Kasi Altesse, le Pop Club, une maison du Burger vendant des shampooings africains, un kebab, et puis un autre, le kebab de la mairie celui d'Istanbul encore, celui de la gare, je n'en osai aucun.
Et sud de Melun comme au sud de Paris la forêt de Fontainebleau, une autre fois j’y partai, en courant cette fois. Toujours par une chaleur accablante, celle qui désormais me faisait rechercher la solitude des forêts. Rejoignant les rives de Seine depuis une zone industrielle, passant devant les grands moulins de béton repérés la dernière fois. La Seine sombre et lourde sinuant entre les rives sauvages, et moi j’en remontai le chemin de halage croisant d’abord un jeune homme torse nu, le visage contracté, puis un vieux pépé sur sa mobylette bleue. Le long du fleuve des manoirs, d’immenses maisons, quelqu’unes modernes. J’en photographiai quelques unes quand un jeune homme vint à ma suite, s’enquérant de mes activités. « Peut-on savoir pourquoi vous photographiez la maison ? » Parce qu’elle est belle lui répondis-je. Il me pensait en repérage, je ne voulais pas lui faire peur, il m’expliqua pour les cambriolages, pour un braquage le mois dernier. Dans le journal je lus un entrefilet sur l’affaire, une mère et son fils braqués à la Rochette par deux personnes ayant un accent de l’est prononcé. Je passai devant la terrasse d’un manoir à tourelles, une famille chantant les bénédiction pour son repas. Puis le fleuve se courbait vers l’ouest, c’était Bois-le-Roi.
Une ville de villas d’agréments, coupée en deux par sa gare. Un kebab, une épicerie où j’achetai un Ice Storm à un arabe mutique. Il me rappela cet autre commerçant à Frépillon qui semblait avoir toutes sortes de ruses pour éviter les amabilités. A bonjour il préférait « à nous ». Une sorte d’honneur sûrement. Deux mamas africains déambulant au milieu des demeures bourgeoises. Je cherchai à accéder à la forêt. Sur ma droite un chemin des coureurs, tracé par l’inventeur de la promenade à Fontainebleau, Denecourt. Il me paraissait ombragé. Une route après j’y accédai.
La forêt de Fontainebleau présente un caractère tout à fait particulier parmi les forêts franciliennes. Son odeur de pins, ses chemins sablonneux… Elle évoquait les landes, le sud : à chaque instant je m’attendais à découvrir la mer. Si différente de celle de Montmorency, vallonée et sombre. De celle de l’Oise, silencieuse et romantique. De celle de Saint-Germain-en-Laye, taillée pour la promenade à cheval. C’est le sud, le nord, l’ouest remontant jusqu’à Paris, c’est le caractère de la France que d’en avoir aucun, où plutôt tous à la fois. Et Paris de se découvrir au lieu où tous viennent s’abîmer. Je pensai alors que Paris était le centre de ce monde, que le monde entier venait irradier sur Paris par ses gares. Celle de Lyon c’était l’Italie et l’Espagne, Montparnasse la Bretagne, et donc l’Angleterre. Saint-Lazare la Normandie, et donc l’Amérique liée à elle par les morts d’Ohama Beach. Et puis le nord c’était la Hollande…
Je fis ainsi 10 kilomètres droit sans ne jamais croiser personne, dans le sable et le soleil.
Sur mon chemin je croisai la tour Denecourt, donjon de pierre belvédère sur sa butte. De là haut je vis Melun, un point blanc très loin, perdu dans l’immensité de la forêt. Qui tournait à perte de vue tout autour de cette tour. Je vis les barres blanches d’Avon. Vers l’ouest d’étranges traits montant haut dans le ciel, d’une taille irréelle, semblant procédé d’une civilisation non-humaine : le centre radio-électrique de Sainte-Assise avec ses pylônes de 250 mètres de hauts. Le site Ovni-Infos recensait un certain nombre de théories surprenantes sur leur utilisation.
A la descente quelques vieilles dames, puis la gare.




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