Depuis la confluence de la Seine et de l’Yerres. Parages de Villeneuve-Saint-Georges, Crosne, Montgeron.
Sur l'étroit quai de la gare routière se pressait la foule patiente, tout contre la nouvelle gare ferroviaire, bordée dans son dos par la Seine, en avant par la nationale 6. Aminci ici à un gué étroit qu'il était possible de traverser pour rejoindre cette place en voie de réaménagement, donnant sur la rue de Paris dans la vallée, et quelques autres vers la colline, vers l'hôpital.
La rue de Paris patiente elle aussi, rêvant sa rénovation sur de larges publicités de régies immobilières, entre deux kebabs et une épicerie pakistanaise. vieilles maisons de villages, immeubles murés. Tout cela n'est guère plus délabré que dans mon souvenir : j'y découvris un pan de mur entièrement neuf, le même immeuble que j'avais pu rencontré à Eaubonne, Issy ou Pantin... Au-delà je ne m'étais jamais aventuré. Très discrètement, sous l'autopont de la nationale 6 et celui ferroviaire de la ligne de Melun, se jette dans la Seine l’Yerres.
J'empruntai le chemin des pêcheurs vers Blandin-Belleplace. Le long de la rive des terrains pré-emptés, des villas abandonnées, sur une friche la ruine d'un escalier, perron majestueux d'une bâtisse disparue. Les jardins des quelques pavillons encore debout envahis de caravanes. Le quartier, tenu en cisailles entre la Seine et l'Yerres ne résistait plus aux crues régulières. Depuis longtemps ne s'y installait plus que les travailleurs pauvres, des bandits, des gitans - je lisais cela dans le Parisien. Il s'agissait pour la mairie de rendre libre à nouveau les terres autour du cours d'eau, pour les ramener à leurs rôles de plaines inondables. Les intempéries étaient devenues annuelles : l'urbanisation avait atteint sa masse critique, dépassant les capacités de la frêle rivière. Elle était désormais incapable de faire couler seule l'eau des pluies.
Ne suivant pas le chemin des pêcheurs pour remonter le cours, il semble possible de rejoindre la confluence en se faufilant sous les voies ferroviaires. Là sont signalés d'étranges lieux, d'abord un camp de rom souvent évacué, souvent incendié, mais toujours reconstitué le long de la sente de Vigneux, et puis au-delà, si tant est qu'ils vous laissent le traverser, le long de la Seine, l'île Brune, une forêt, la Saussaie des Gobelins, tout un triangle d'espaces sauvages préservés de l'urbanisation, séparés par les rails. La google car ne s'y aventurait pas, je vérifiai la Strava Global Heat Map : une plage obscure dans la ville.
De là je ne sus plus si je fus à Villeneuve, Crosne ou Montgeron, tentant de suivre les méandres de la rivière : j'échouai parfois, découvrant alors une mairie, un centre commercial. Je croisai des chevaux, quelques piscines aux longues pelouses recouvertes de baigneurs et de pâquerettes, inondées de soleil. Je reconnus la propriété Caillebotte, éclatante de blancheur dans son beau parc français, et vers Brunoy quelques sentiers auparavant parcourus. Là le viaduc des voies du RER D marquait la frontière d'une certaine société, celle des chemins bien entretenus, des aménagements culturels, de l'âme de la bourgeoisie. Au-delà les chemins de campagnes délaissés, les bords de rivières aussi sauvages que les barbecues montés sur des grilles posées sur le parapet de ces vieux ponts, les merguez retournées à la truelle. Au loin, une colonne de fumée se dégageant d'un bois dissimulant les grands ensembles d'Epinal-sous-Sénart. Non loin je découvrais un beau saule, comme une paume retournée au-dessus de la rivière, feuilles mêlées de lumières, reflets de bleus de verts, la lenteur de ce cours d'eau, la mollesse du vent dans ces branches. Sur l'autre rive, séparées, les demeures bourgeoises, il n'y a pas de pont ici, il ne s'agirait pas de se tromper. Le grand ensemble avance comme une péninsule dans les environs pavillonnaires, les effleurant sans y toucher. Tout ce vert…
Avec un autre temps peut-être j'aurai envisagé de parcourir ces rues Truffaut, Sartre, Victor Hugo, mais il faisait trop chaud pour arpenter des allées sous le béton. Je restais près des fraiches rives. Mais je manquai d'eau : vers Boussy-Saint-Antoine je coupai dans la boucle, pensant y croiser au moins une boulangerie, et quelques curiosités architecturales préalablement repérées. Des rues de pavillons en dents de scies. Un centre commercial de la ferme où j'avalais d'un trait une bouteille d'Ice Storm. Dévalant de l'autre côté, passant l'église et la mairie, vestiges villageois je rejoignais l'Yerre à nouveau pour une dernière boucle avant la gare.
Las je butai sur une propriété privée comme des petits cubes déposés. Je bravai une interdiction d'entrer - sous peine de poursuites, attrape moi si tu peux - mais me retrouvai confronté à un muret. Au-delà un champ immense : ici les rives ne sont pas aménagés, me ramenant à ma condition de piéton... Je regagnai la ville. Une rue, puis une avenue, puis un rond-point, le MacDonald, Cora et la gare.
Gare de Lyon je trouvai le mémorial du l'accident ferroviaire du 26 juin 1988, voie 2, où après une succession d'erreurs et de mauvais choix, une rame Z 5300 vint s'encastrer dans une autre, mû par une vitesse excessive et aux freins désactivés, sur cette portion en pente de la gare souterraine, alors en terminus. L'interconnexion n'était alors par encore faite. Oui, cette longue pente alors que le RER s'enfonce sous terre, je ne l'avais encore jamais remarqué.













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