Le tour de cadran achevé je retournai vers le Val-de-Marne de mes premières foulées. Evocation de Mc Solaar, de Chateaubriand. Créteil Soleil, la pointe du Lac à nouveau. L’annonce de nouveaux horizons, perspectives sur la grande couronne.
« mais aussitôt que j'avais atteint la Cour verte et les bois, que je me sentais en liberté, je me mettais à sauter, à courir, à m'éjouir dans les vents, jusqu'à ce que je tombasse épuisé de forces, haletant, et comme enivré. »
Mémoires d'outre-tombe, Chateaubriand
Alors j'ai bougé, j'ai dû m'en aller, partir, bifurquer
J'ai dû m'évader, j'ai dû m'enfuir, j'ai dû partir,
J'ai dû m'éclipser, j'ai dû me camoufler
J'ai dû disparaître, pour réapparaître
J'ai dû m'évader, j'ai dû m'enfuir, j'ai dû partir,
J'ai dû m'éclipser, j'ai dû me camoufler
J'ai dû disparaître, pour réapparaître
Bouge de là, MC Solaar
Tout a commencé là-bas dans la ville qu'on appelle Maisons-Alfort... Quoi là-bas ? Pas grand chose. Je reprenais la route de mes pas anciens, la fuite par la porte de Bercy, empêché par cette grève perlée. Depuis les quais de Charenton je distinguais les panneaux autoroutiers de l'A4 toute proche, ce nom de Maisons-Alfort y opérant toujours cette réminiscence de bouge de là, des années 90, etc... Voilà comment les noms se chargent, et que l'esprit bifurque et voyage, opère ses détours à travers les territoires réels ou littéraires, ceux de la mémoire ou de la région parisienne. J'avançai rêvassant tandis qu'à l'horizon un homme noir habillé tout de noir courait lui aussi, vers moi, le long de ces quais ensoleillés et pieds nus, le regard vague. Nous nous croisions : m'a-t-il vu seulement. Après des semaines voguant parmi des lieux inconnus, voici cette bien familière passerelle de câbles d'Ivry-Charenton, le Saint-Raphaël, Ivry-Confluence, le Chinagora...
Depuis longtemps j'avais quitté les chemins courus des jeunes joggeuses en legging seins bondissants et fesses moulés le regard fixé là où nulle autre ne pourrait le croiser, le chemin aussi des familles avec enfants, celui même des promeneurs. Ici les motivations ne pouvaient être que plus étranges. Un homme allongé sous le soleil. Parfois je croisai des cyclistes. Non seules des âmes solitaires et romantiques pouvaient être amenés à fréquenter de tels lieux.
La Marne se signala par sa teinte marronasse, et Maisons-Alfort par la flèche béton de son église Saint-Agnès. De cette ville je n'avais suivi jusque là que les contours : la ligne D à l'ouest, voyant passer ses gares mal desservies, Alfortville, Vert de Maisons. Depuis ses bord de Marne à l'est, longeant les ruines de château Gaillard, désormais immense résidence, puis les pavillons de Charentoneau, le passage de l'A86, les Planètes. J'allai à Créteil.
Depuis le carrefour dégueulasse faisant face au pont de Charenton, je suivis l'avenue du Général-de-Gaulle plutôt que celle du Général-Leclerc, quoique les deux soient fort similaire. L'une passe à droite du fort de Charenton, l'autre à gauche. J'approchai ensuite d'un bourg, puis d'une mairie, d'une église, d'un grand café de la mairie. Je découvrais là tout un monde, il existait donc bien le centre d'une ville nommée Maisons-Alfort. Voici des gens déambulant dans les rues, les découvrant ici, menant une vie parfaitement autonome et complètement indépendante de ma conscience, ce dont je fus aussi surpris que si j'eusse découvert un lidl dans le désert. Un petit enclave bourgeoise sur cette boucle de Marne. De l'autre côté des rails il y avait Alfortville, de l'autre côté de l'A86 Créteil. Je n'avais toujours pas renoncé à m'y rendre. Les passages n'étaient pas nombreux. Je me décidai pour la rue Victor Hugo.
Créteil me donna l'impression d'un grand jardin potager. Au sein de chaque parcelle, séparée par des allées, comme de gros légumes de bétons. Des tomates, des concombres, des choux : ceux de Créteil, si célèbres, qui ressemblent tant à des asperges. Là un champ de bleuets. La croix renversée peinte en façade l'hôpital Mondor. Je me perdais un peu parmi les passerelles. Pour franchir une zone de chantier, je traversai le centre commercial désolé de l'Echat, descendant un escalier de béton : se tenant dos à moi et face à l'autre porte cet homme ayant installé l'étal de ses marchandises. De larges avenues très arborées, la cathédrale de Créteil, avec sa lance et sa forme de casque de Pyramid Head à nouveau. Il me semblait traverser maintenant une forêt de séquoias géants. Au pied des choux, des cercles creusées comme des tranchées et distribuant les garages de la résidence. Un enfant à vélo y faisant des tours infiniment.
Une autre parcelle encore, atteinte en franchissant une autre de ces passerelles. Une large mare cette fois baignant les rives de Créteil Soleil. J'empruntai l'autre, celle organisée en petit jardin paysagé. Un fidèle rejoignant la mosquée, comme à toute heure de la journée. Une photo mi bleue mi grise.
Pointe-du-Lac, un paysage de rêve.










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