mardi 13 février 2018

Paris - Argenteuil par les rives ::: Nord (7)

Au-delà même d’Epinay le long des rives de Seine. L’Île-Saint-Denis, le viaduc de l’A15 au-dessus du port de Gennevilliers, qui allait en partie s’effondrer quelques mois plus tard.

Laissant les joggers partir droit vers Pantin, j'empruntai le pont ferroviaire de la petite ceinture, petit pont tout noir, tout en fer, puis la rive gauche du canal Saint-Denis, sous l'avenue Corentin-Cariou, sous le Boulevard MacDonald, sous le Boulevard Périphérique, de plus en plus de tentes, de gens, d'assemblées : puis le chevalier sombre. Un graph de Batman. 



L'allée Guy Debord, passage rive droite, dépassant le pont du Landy, reprendre la passerelle rive gauche, rive occidentale d'Aubervilliers tel qu'il est inscrit "Immédiatement au nord du pont du Landy, ils passent le canal à une écluse qu'ils connaissent et arrivent à 18h30 dans un bar espagnol couramment nommé par les ouvriers qui le fréquentent "la taverne des révoltés". Il reste ici quelques bribes du passé, la rue Emile-Augier, pas totalement détruite encore, la rue Gaetan-Lamy, du moins pour leurs portions d'Aubervilliers, des petites maisons d'un étage, voire de plain-pied, dans des arrières cours, d'étroits terrains vagues, et cet hôtel muré, passage de la justice, avec son enseigne bar latino, se pourrait-il qu'il s'agisse de l'ancienne taverne des révoltés... Le pied à Saint-Denis ce sont les quartiers nouveaux, les cubes de verres les grandes avenues. Ici le passage sous l'A86 est décoré de lampions orangés. Les bars des soirs de matchs, "La troisième mi-temps", "Le rendez-vous". Un chapelet de rue aux noms sportifs, la rue du mondial 98, la rue du tournoi des 6 nations. Le stade est laid de si près. Je repassai vers l'autre rive encore, remontant vers la gare de Saint-Denis, belle dans le soleil d'aujourd'hui, suivant au plus près le fil de l'eau, selon une petite berge sous les passerelles, en contrebas des barrières où s'appuient les désoeuvrés. C'est ici que je me laissais entraîner passivement vers le nord plus loin encore, délaissant ma première intuition de passer la gare pour rejoindre l'île Saint-Denis ici, mais cette berge m'entraînait loin vers le pont effrayant et ses voies ferroviaires. Il y a derrière celui-ci le bayou, cette portion serrée par le canal et la darse, ses usines abandonnées pieds dans l'eau. Je voulus les revoir à nouveau. Nulle ne passe là. Du moins n'y ai-je jamais croisé personne. La Strava Global Heatmap est vierge de pas sur cette rive-là.

En contre-bas un homme en haillon s'approchait de l'eau avec une épuisette. Je n'étais pas tranquille ici : rejoignant la confluence je remontai un sévère escalier de béton pour rejoindre la nationale, puis la suivais vers le sud et le pont vers l'île Saint-Denis. Pas vraiment de trottoir ici, mais un sentier un peu hostile. Pourtant plus loin je croisais un banc de béton tourné vers la route, banc absolument inaccessible aux piétons raisonnables. La voie sur berge fermée me permit de rejoindre le pont - ne l'eut-elle pas été, j'eusse dû rebroussé chemin ici -. La Seine lourde et puissante ici, le soleil dans la tour Pleyel ajouré, la porte de l'île-Saint-Denis.



Si rejoindre Villeneuve-la-Garenne restait mon idée première, je voulus néanmoins visiter l'île notamment son nord, le parc départemental. Je m'engageai donc sur ce détour, remontant le quai face à Epinay, dont je pensai le chemin de halage fermé. Je pouvais y apercevoir au contraire des groupes de coureurs. L'île s'amenuise à mesure qu'on la remonte, la cité Maurice Thorez, le stade, les courts de tennis, un collège vue fleuve, tout cela empilé, bien tranquille, et coiffé le parc dont la largeur est celle de l'île. De sa colline je voyais Super M, et Orgemont au loin, sur l'autre rive.



Et j'étais bien trop loin maintenant pour rebrousser chemin : la Seine avait décru enfin, et j'allai donc pouvoir en remonter le cours jusqu'Argenteuil, entreprendre ce passage de l'A15 dont j'avais déjà étudié les possibilités... La nationale 310 barre la pointe de l'île, au-delà un terrain industriel, inaccessible. Traversant le pont je rejoignais la rive après un détour dans le centre ville, la rue de l'Eglise, la rue du Mont rendu éblouissante par le soleil, sa pente forte. En bas un groupe de trois coureurs auxquels j'emboîtai le pas, se pourrait-il que j'ai un peu de compagnie ? Quelques mètres plus loin ils s'arrêtaient essoufflés. Je poursuivais solitaire le long du chemin de halage, en contrebas d'une pente aménagée de maisons, de terrassements, d'escaliers fermés par de vieilles grilles bouclées par des antivols de moto, une ambiance de port breton délaissé. De l'autre côté, le port de Gennevilliers, ses darses. En face déjà l'impressionnant viaduc de l'autoroute A15 se découpant dans le jour, sa rumeur lourde. Et moi longeant des hangars, une école de bateaux, quelques voitures désossées, au loin une grille, interruption de bitume et la forêt. Et si ça ne passait pas ? Je n'avais vu aucune échappatoire. S’agirait-il d'une impasse ? M'approchant plus avant je remarquai un passage à droite de la grille, il s’agissait d’un simple portail plantée dans la route défoncée, sans clôture autour. Par delà des berges sauvages.






Nulle doute que cette allée ne soit très fréquentée par les familles l'été mais... Une silhouette, un homme déjà engagé. Il est plus inquiet que moi de nous croiser là. Il porte à son cou un énorme Cannon. La crue semble avoir déposé un champ de détritus aux alentours... Deux tables de pique-nique aussi. Les piles du viaduc, immenses. Une rotonde longe la plus avancée, permettant de la contourner et d'accéder à une terrasse de béton suspendue sur le fleuve. Je cadre tout ça, je contemple le pont, le port, le fleuve. Une route bien raide permet de revenir à la surface, vers la ville. Je l'empruntai, passant ici sous la ligne de grande ceinture, que j'avais jusque-là longé en contrebas. La rue Claude Monet, résidentielle, ses vues sur la Défense, passage des voies puis un quartier industriel : les rails découpant les banlieues en îles et fonctions. Je parvenais finalement à la gare d'Argenteuil où souvent enfant j'allai accompagner ma mère chercher mon père, revenant de Paris. Sur ses quais refroidis par l’hiver je goutais pour la première fois un Powerade Ice Storm, dont la saveur glacé me ravi. Désormais j’allai partout chercher en bout de course un super marché climatisé pour tenter d’en retrouver. Ma quête ne serait pas toujours couronné de succès. 






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