Cadran nord-nord-ouest, un cran avant la porte de la Chapelle, la porte des Poissonniers sur Saint-Ouen. La Chapelle, la traversée des voies, la rue Stephenson les longeant jusqu'à Ordener, puis ce bar, "Le Va et vient du nord", étrange bar, face à l'une des sorties de la station Marcadet Poissonniers, l'autre se trouvant par-delà le bloc, sur le boulevard Barbès, autrement dit dans un autre monde, je ne m'y attardai pas, un jardin au 122 avec ses belles vues sur les voies, puis des barres et des tours le long des rails, le boulevard Ney - en travaux - à droite les deux tours de la Chapelle - et des travaux encore -, puis une allée quelque peu désertée, la méconnue porte des Poissonniers, rangée de tentes sous le périphérique, il y a des roms qui cherchent des choses dans ce coin là.
Puis Saint-Ouen, trois quatre rues résidentielles entre le cimetière, les rails et le périphérique, la maison de Joey Starr - celle de l'époque du singe - rue du Maréchal-Leclerc, mais je ne la reconnus pas, le Parisien la décrivant comme une maison d'un étage, une porte en bois. C'était il y a 20 ans, cette émission 60 jours et 60 nuits suivant Lalane et Starr, et la télé c'était déjà n'importe quoi. Aujourd'hui des petits immeubles, des arrières cours avec des box louches, des gens qui passent, repassent, garent ou démarrent leur camionnette. J'eusse aimé découvrir ce petit chemin des poissonniers, qui prolonge la rue des Poissonniers, Poissonnière, Faubourg Poissonnière, du Havre jusqu'à Paris, en longeant les murs du cimetière côté voie et remonter comme ça jusqu'à la rue du Landy, jusqu'à Pleyel, mais c'est fermé, barrières partout, donc plan B, traverser la ville vers la Seine, il n'y a rien à faire ici, à part chercher du shit. La rue du Docteur-Bauer part en diagonale jusqu'à la mairie de Saint-Ouen, longeant la cité Cordon, lieu de vente réputée, puis continue jusqu'aux quartiers des docks en cours de réaménagement, mais ne manquez pas la patinoire surmontant son Franprix, pour une ambiance rétro-futuriste du meilleur goût. Malheureusement incadrable ce jour en raison des travaux du grand Paris, de passages piétons chaotiques et de la lumière affreuse. Ici on passe une seconde départementale qui monte vers le nord, c'est l'avenue Jean-Jaurès autrefois boulevard de la Révolte, Saint-Ouen est d'abord une ville que l'on traverse, il n'y a rien ici qui ne retienne les pas - ah si peut-être ce cimetière là, le cimetière communale, l'autre étant un cimetière parisien extra-muros, la D2 du tombeau. L’anecdote raconte qu’un bombardement y eut raison de la tombe d'Alphonse Allais.
Derrière la station Total se dresse une barre à l'ancienne, le 41, la cité Soubise en face de l'hideux grand parc de Saint-Ouen, quintessence de la stupidité française : ce goût pour l'aménagement, la spécification des lieux, laa passion pour la laideur, ce qui remonte déjà à Versailles, à Louis XIV, au jardin français, à Le Corbusier. Un bel et grand espace en bord de Seine, ceint d'une colonnades d'architectures nouvelles saucissonné en une multitudes de petits espaces spécialisés, séparés pas des murs, des portiques en fer, des tranchées et reliés par des rampes de béton, et là où nous aurions pu être en droit d'attendre à un beau parc naturel, délié, ouvert et vivant, nous nous retrouvons face à un skate Park mal graphée dans la continuité de ses gradins de béton, un espace jardins ouvriers, micro-parcelles mal fagotées, des jeux pour enfant, une grande allée, un espace naturel, n'importe quoi pourvu que l'administration puisse y apposer son tampon, et sache à quoi s'en tenir quant à la destination de l'usage de l'espace. Ah tout ce qu’on peut faire dans un petit espace avec le talent de l’administration ! Voilà coller une belle énumération sur le prospectus municipal. Non, nous ne pouvions nous contenter d’un peu de nature sauvage et indifférenciée..
A l'entrée, disons à un endroit, car on n'entre pas vraiment dans ces non-lieux nous les traversons, un panneau indique le départ - circuit 1 km, pour les débutants, "alterner course lente et marche d'un bon pas". L'administration qui vient te prendre par la main. Et puis encore une serre pédagogique, des ruches, un amphithéâtre, des prairies interdites aux humains, le tout rendu uniquement accessible sur réservation, liste d'attente, justificatif de domiciliation, et alors tu auras le droit à ton lopin de terre communale, selon le bon vouloir de l'administration. Et la passion administrative ne pouvant avoir de limite, tant qu'il sera possible de définir dans chaque ensemble des sous ensembles, et dans ceux là des parties, ce grignotage déjà vu ici ou ailleurs, et ce jusqu'à la disparition du dernier arbre.
Je laissai derrière moi ces tristes visées, Saint-Ouen et ses problèmes de drogue amplement documentés, nuit après nuit sur les chaînes de la TNT, des centaines de reportages, Saint-Ouen et ses points de deal si accessibles tant aux usagers qu'aux journalistes, il y a un pont face à moi, la Seine en contrebas, trois hautes tours en pointe de l'île, une double péniche suivant le cours, j'aurai deux kilomètres sept de quai à remonter, le long de la zone industrielle, en face la tour Pleyel, des bâtiments, des terrains vagues, un sentier monotrace vers le fleuve en bas. Ce sont deux kilomètres sept sans vraiment d'échappatoire, hormis à sauter dans le fleuve, ou escalader les palissades des chantiers ? Il n'y a personne qui ne passe là, si ce n'est une silhouette au loin, qui marche pour aller où je ne sais pas - je m'approchai doucement, comme à mon habitude, pour me recharger en stamina, anticipant la rencontre on ne sait pas, mais c'est une femme qui avançait là : pourquoi ? Les piles du pont sur la Seine de l'A86, dit de Villeneuve-la-Garenne, deux viaducs de quatre voies, lieu sublime, abandonné, et enfin je retrouvais le centre de l'île, la mairie, son kebab, que j'avais atteint hier par le pont de Saint-Denis.
Il y a un mois encore j'ignorai tout de l'existence de celle ville-virgule ensablée dans la boucle de Seine, à la topographie bien étonnante, séparée de tout par le fleuve, coupée en deux par l'autoroute, épaisse de deux pâtés de maisons, son beau parc aussi, ses ponts vers la Garenne, Epinay, Saint-Denis, Saint-Ouen... J'en photographiais la rue Lénine.
Le pont vers la Villeneuve-la-Garenne, cette ville là, j'en avais appris l'existence la semaine dernière, vue du ciel des ronds, des demi-cercles, des chiffres - je lis un 21 ici, - des lettres - un C là - des lignes et des tirets sur la pointe est-extrême de cette boucle de Seine, au sol une avenue fertilisée par son tramway, dispensant prairies et verdures à son passage - et c'est pourquoi le tramway plaît tant aux maires des villes grises de Seine-Saint-Denis -, passant entre sa rangée de tours, une belle ligne droite jusqu'à Gennevilliers, un ensemble blanc "la Caravelle" comme il se doit derrière le cimetière. C'est assez beau, assez gai, cette belle coulée verte qui pour être respectée ne demande pas moins qu'une machine roulante pour en chasser les vandales, les gitans, les barbeuks, les voitures. Sans quoi tentes, merguez et football, ruinant la belle pelouse du maire. Le tram voiture-balai pour créer de l'espace dans la ville asphyxiée.
Avenue du Maréchal Leclerc cap au nord pour ne pas manquer le parc des Chantereines, poumon vert des Hauts-de-Seine, département "Nature" parade sans mentir un gigantesque panneau par là-dedans. A l'image de tout parc ou bois français, espaces sous-loués, concédés, en concession ou location pour diverses associations, groupements ou amicales, nature toute morcelée, des palissades, des structures qui lui poussent dedans de partout, un lac grillagé et animé d'une vingtaine de panneaux de bois décrivant à hauteur d'homme la multitude d'animaux rares vivant dans ces roseaux qu'on ne voit pas. Un belvédère stupide annonce les directions de Lyon et de Mulhouse, tandis qu'en bas le vent glacial me glace les os comme il se doit. Par en-dessous l'A86. Sortie vers Gennevilliers, sa gare RER C mais je ne comptai pas en rester là, direction village, oui un village à Gennevilliers, fossilisé au milieu des tours, sa petite église, son kebab, l'illusion dure un bonne centaine de mètres à la suite de quoi je longeai la cité du Luth, pas trop de fantaisie par ici, la longue barre, vaguement sinusoïdale. Je croisai un coureur, il me salua du signe de la victoire, et puis enfin le rond point des Courtilles, autre point sublime du voyage, Asnières et Gennevilliers face à face, chacun son blason, chacun sa tour, chacun ses cités, Luth d'un côté, Courtilles de l'autre, les jeunes gens s'y ouvrent à coups de couteaux pour des motifs qui échappent à la compréhension des journalistes. C'est la psychogéographie du lieu qui appelle cela, sa pente, ce rond-point appelle l'armageddon, temple sacrificiel de béton. Je me tournai vers le nord, vers Gennevilliers, que longtemps je contemplai depuis l'A15 en direction de Paris, la ville apparaissant dissimuler derrière la gigantesque muraille de la barre Jean-Jacques Rousseau, quatre cent mètres de long. Et bien un génie a décidé d'y percer une avenue, pour rendre le rendu moins massif en coupant le morceau en deux. Là devant une barre est tombée - le Gérard -, laissant terrain vague… Je me rappelle bien de ce jour-là, il y faisait très froid.






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