dimanche 28 janvier 2018

La tour TDF de Romainville ::: Nord (4)



Voir enfin la tour de Romainville, perceptions attachées à cette ville, notamment par le film de Haneké, Caché. La cité des Sentes, la Cité Gagarine, le narcissisme des petites différences. Une jolie vue sur Bobigny depuis le cimetière. La descente vers Pantin.



Depuis le belvédère du parc Georges-Valbon j’avais contemplé la tour TDF de Romainville, rognure d’ongle plantée à l’horizon. Et depuis la colline de Saint-Cloud je la voyais encore, comme depuis sommet de la tour Eiffel ou de la butte Montmartre. Toujours parmi ses tours pour qui sait la voir, bientôt je cherchai à chaque promontoire celle qui restait invisible depuis la ville. Au sommet de sa colline, celle qui monte depuis Belleville, Ménilmontant ou encore Charonne, à travers le 19ième, puis les Lilas, puis Romainville, exotique cité mentionné par Haneke dans son film "Caché". L'histoire de deux enfants élevés en Algérie et se retrouvant à Paris, l'un blanc, l'autre arabe, l'un vivant dans une maison du 13ième arrondissement, l'autre dans la cité Youri Gagarine. Dans une scène restée iconique, le voici qui s'égorge dans son appartement, sous les yeux de son faux-frère. Voilà pour la fantasmagorie Romainville : trois dépêches du Parisien, une scène morbide d'un film austère et plutôt déplaisant. Et donc cette tour TSF de 146 mètres.






Course de côte vers Gambetta, longeant la Banane, traçant vers la porte des Lilas, passant la rue Haxo, l'une de ces rues qui font dire "la terre est ronde", ces morceaux d'horizon cernés par deux façades, il y en a quelques-unes à Paris, une autre dans le 9ième je crois, voilà encore un beau projet de relevé exhaustif à faire. Le jardin Serge Gainsbourg, derrière soi de belles perspectives sur la ville, la porte des Lilas, une petite rue décalant vers le nord, et enfin au détour d'une maison, la tour qui surgit.




Cité Gagarine derrière, avec ses beaux noms de rues autour de la thématique spatiale, 
la rue de l'espace, rue de la Galaxie. Ambiance subitement SF, une tour à l’appartement carbonisé, sur cette colline pointant son antenne extra-terrestre vers le ciel. 

Par delà l'Avenue Lénine, sur la commune des Lilas, la cité de Sentes défie sans cesse celle de Romainville. Les coups de couteaux se prennent et se donnent, monnaie d'échange de ce narcissisme des petites différences qui veut que son nom, son blason ne cède en rien à celui de son voisin. Pourtant de ces deux cités grises seule diffère la forme de leurs fenêtres. 

Se prolongeant dans le bourg historique l'avenue Lénine devient Paul-Vaillant-Couturier, et alors nous pourrions être partout dans le 20ième, le 19ième, avec ses restaurants, le monoprix, la petite mairie. Devant l'église un cimetière dévalant la colline vers Bobigny, offrant une belle vue sur sa dalle.




Au retour je descendis vers Pantin. Vers le canal Romainville s'étale en petites zones pavillonnaires, puis zone tout court, mais d'abord ce parc. Sur la rue de Paris, vers la station Bobigny au-dessus du Lidl un hôtel du Cheval noir, c'est "Pantin - c'est le Paris obscur, - quelques-uns diraient le Paris canaille; mais ce dernier s'appelle, en argot, Pantruche." croit savoir Gérard de Nerval. Il y a encore là-bas quelques immeubles à raser mais pas tant, et au fil de l'eau bientôt je me croyais à Copenhague ou Londres ou n'importe quelle ville du nord qui aurait la mer, du moins un port. Le fric commençait à suinter hors de Paris, il semblait remonter le long du canal. Les moulins de Pantin tout rénovés, les belles brasseries à fleur d’eau. Si j'étais touriste je dirai, oui mangeons ici pourquoi pas. Il y a de l'air, des salariés, des jeunes qui fument des joints... Une trace à travers le parc, métro porte de Pantin, il faut encore aller travailler maintenant.




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