Le démantèlement de la Seine-et-Oise, et la création de la Seine-Saint-Denis par De Gaulle. Au-delà de Pantin le long du canal de l’Ourcq, abords de Bobigny, le pont de la folie. D’un concours de poème lancé par l’OPH de Bob, le surgissement de la tour de Romainville.
En 64 De Gaulle décidait de laisser une portion du territoire du département de la Seine, englobant alors Paris et une partie de la proche banlieue, aux communistes, et ceci afin d'éviter qu'ils n’en remportent à nouveau la présidence : ce sera la Seine-Saint-Denis. Bobigny fut choisi comme préfecture, son centre rasé et une dalle élevée. Depuis le rond point de la place de l'escadrille de Normandie-Niemen, lors de ma traversée de Drancy, j'en avais contemplé les avenues. Elles avaient pour nom Paul-Vaillant-Couturier - fondateur du parti communiste français -, Jean Jaurès, Henri Barbusse - écrivain prolétarien, né à Asnières, mort à Moscou -, Louis Aragon - poète communiste -, Roger Salengro - ministre de Léon Blum. Allant plus en avant dans la ville j’aurai pu en découvrir l’avenue Karl Marx, le Boulevard Lénine, la place Saint-Just, cette ambiance de parc à thème soviétique. Tout y était : les barres, la pauvreté, les damnés de la terre.
Tant que le mur tenait bon à l'est, les capitalistes craignaient les ouvriers aimait à expliquer mon grand père : désormais ils se croyaient tout permis… En somme les koulaks, les déportés aux goulags, les bulgares, les polonais, les roumains, tous ceux là avaient été les otages détenus par les soviétiques pour permettre au PCF de défendre les ouvriers français. À mesure que le parti perdait de l'influence électorale, il faisait masse par son béton. On ne désespère pas encore aujourd'hui de faire naître de ces tours une engeance révolutionnaire. Peut-être qu'à partir d'une certaine densité de gris l'homme se révolte-t-il ? Bobigny, charmante cité des bords de l'Ourcq. Depuis Paris je planifiais mon parcours : le long du canal de l’Ourcq il existait de nombreux échappatoires, stations de métros le long de la ligne 5. Mais pour faire les 10km il fallait en atteindre le terminus, la station Pablo Picasso. Et pour cela au sortir du canal traverser de nombreuses cités ; Karl Marx, Chemin Vert, Allende, Paul Eluard... Toutes montées sur la dalle centrale, elle-même montée sur pilotis. Bobigny est un marécage. C'est là qu’allaient habituellement les équipes de M6 pour tourner leurs reportages sur les violences urbaines. L'accessibilité en métro doit jouer je pense, ainsi que la majesté évidente des lieux, très photogénique. Me renseignant sur la ville, c'est à dire en épluchant les vieux articles du parisien, j'apprenais simplement que la dalle fuyait, que des impacts d’armes de guerre avaient été retrouvés dans des appartements de la cité Karl Max, et qu'une équipe de braqueurs avaient été arrêtés au Chemin Vert. Par ailleurs le journal se faisait relais d'une initiative de l'OPH de Bobigny, un concours de poème devant contenir les mots « bien vivre ensemble », « OPH », « Bobigny », « fleur », « ma cité » et « ma maison ». Je ne suis jamais parvenu à en découvrir le lauréat.
J'émergeai de ma rêverie passé le pont de la mairie. Je retrouvai sur ma droite le centre national de la danse qui m'avait tant choqué la dernière fois. Je le trouvai même élégant aujourd'hui, avec ses grandes figures aztèques tristes, les visages voilés d'un filet de protection. C'est là que j'avais viré vers Bagnolet il y a de ça quelques semaines. Cette fois-ci je continuai tout droit, à travers ce Pantin nouveau, ses belles résidences modernes en terrasses et balcons déstructurés. Dans le contre jour je distinguais la tour de télédiffusion perchée sur le fort de Romainville. Plus loin le canal s'élargissait et je courais vent de dos, le fil de l'eau traversé d'une forte houle, la surface même des flaques s'irisant sous la force du vent. Sur la rive d'en face, une joggeuse seule courait dans ce paysage de murs industriels graphés. Nous passions ensemble sous les voies ferroviaires de Bobigny à Noisy-le-Sec, puis le pont de la Folie. Là je la vis faire demi-tour vers Paris.
Je poursuivis ma route.
A ma gauche, s’éleva la gare de triage de la ligne 5, puis au-delà les tours de la dalle de Bobigny. Un parc, celui de la bergère. Je suivis un petit chemin de terre, un passage sous les voies, puis la dalle et à droite l'étrange préfecture. Il n'y avait pas grand chose à faire de plus par là. Le centre commercial abandonné, la mairie en forme de ruche, quelques avenues, des immenses parkings vides sous les cités, puis le retour par la rue de la Folie, à nouveau le canal mais par l'autre rive, avec un impitoyable vent de face, et la station Bobigny Pantin Raymond Queneau. Ça en fait du monde. En contre-jour encore, la tour de Romainville.









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