vendredi 6 octobre 2017

De Charonne à Créteil



Les éphèbes de pierres du commissariat du 12ième, la rue Roland-Barthes. Aspects tantôt industriels, tantôt bucoliques du Val-de-Marne. L’idée d’une mort mystérieuse, l’approche des îles de Créteil.



Parvenu avenue Daumesnil je remarquai que runkeeper n'avait pas enclenché. Déçu je levais les yeux au ciel, vers les éphèbes de pierre du commissariat du douzième arrondissement de Paris. Géants de deux étages, les yeux clos, visages renversés, ils portent une main à la large blessure triangulaire qui leur troue l'abdomen. Leurs cuisses droites se prolongent à l'aplomb, le génie de l'architecte étant venus là masquer leurs sexes par l'avancée de balcons jardinières. Quand au rendu architectural, il est aussi absurde que ces quelques lignes.

Le ciel était très bleu, et le soleil suffisamment bas, lumière blanche sublime, je voulais donc en voir les reflets sur la Seine ou la Marne comme à chaque fois. Ainsi laissais donc derrière moi les escaliers menant vers la coulée verte, et décidai de m'engager tout droit, vers la Seine, dans ce curieux angle mort de la ville et de la vie que constitue les contreforts des rails de la gare de Lyon. Face à moi un tunnel, il y a là aussi des parkings, des néons bleus, quelques passants, la rue Roland-Barthes - qui en aura hérité d'une bien minable. C'est qu'il n'y en a pas tant des rues à baptiser, celle-ci était née de la destruction du cours Chalon, haut lieu de la drogue dans les années 80. Le coin semble avoir été bien terrassé : il ne reste plus rien ni personne ici, c'est la laideur qui a chassé les dealers. Je sortais de là non loin de Bercy, de l'autre côté de la Seine quelques immeubles en or que j'irai voir un jour, et puis les quais de Bercy, le pont National. Je m'arrêtai au passage de l'échangeur de Bercy, cherchant des yeux le bastion : il était toujours là, comme pris dans un sac de cordes, cette fois surmonté d'un préfabriqué blanc, futur centre d’accueils pour migrants. M’échappant de la porte par le petit raidillon encrassé s’éleva face à moi le val de Marne, ce chaos de passerelles et lignes ferroviaires, l’A4 sautant d’île en île, croisant l’A86 par la grâce d’un monumental échangeur suspendu au-dessus de la Marne, et moi courant au fil de l’eau, le long des berges de Maisons-Alfort, à l’ombre des ponts routiers, je pensais au crime parfait… Un sniper placé dans une tour là pourrait m'abattre, il resterait impuni. A moins que la balle ne se fiche dans le sol, et que la balistique en reconstitue la trajectoire. Mais si elle traçait dans l'eau ? Je serai emporté dans le mystère. Ces pensées morbides ne me lâchaient pas : sans elles ces trajectoires auraient moins de saveurs. Il fallait pouvoir envisager la possibilité de mourir. Elle pouvait se chercher par ces chemins inempruntés, à travers des quartiers à la mauvaise réputation. La mauvaise rencontre… J’atteignais les Planètes, le grand ensemble de Maisons-Alfort.


De là il m’était possible soit de m’échapper vers Saint-Maur et d’en récupérer la sinistre station RER Ad, soit de poursuivre ma route vers le vieux Créteil, ses îles fluviales, le long de ce mince bras de rivière noyé dans le vert baignant les jardins de quelques maisons de paradis. Paradis en sursis, ici on attend les prochaines crues. En attendant… Là haut, derrière quelques côtes un peu fortes, celle de rue de la-Pomme par exemple, c’est Mont-Mesly, le Créteil HLM, sa médiathèque Nelson Mandela. Il me restait à visiter Créteil Soleil.

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