samedi 29 octobre 2016

Lust for Life ::: Vincente Minnelli




Kirk Douglas est Vincent Van Gogh, Anthony Quinn est Paul Gauguin, dans un film de Vincente Minnelli.

L’aspect le plus saisissant du film est probablement sa laideur, notamment lorsque Minnelli filme les tableaux de Van Gogh, ne parvenant à n’en rendre qu’un éclat étouffé. Les lignes sont là, nous reconnaissons les tournesols, le ciel étoilé, l’autoportrait à l’oreille coupée, mais les couleurs sont absentes, seulement indiquées, à la manière d’un livre de coloriage : là il y a le rouge, sauf que le rouge n’y est pas. Une sorte de rouge, une sorte de jaune : un éclat parmi cent, des couleurs saisies et figées. Le cinéma est incapable de montrer la peinture. Nous en restons toujours au seuil. Le film est d'une laideur sans nom, et c'est là une grande humilité de la part de Minnelli.

Pour le reste le film est excellent, instructif et très bien documenté. Les querelles sont dramatisées jusqu’à l’hystérie – il ne s’agit pourtant que de peinture -, et nous saisissons là l’ensemble de la vie de Van Gogh, depuis sa vocation religieuse contrariée jusqu’à sa carrière artistique contrariée, en passant par ses amours déçus et ses amitiés impossibles. L’homme n’a jamais réussi à ne rien faire d’autres que des peintures – sans pour autant parvenir à les vendre. Son inadaptation est totale, même sa folie est un échec. Minnelli prend le parti de montrer sa mort comme un suicide, une mort cependant apaisée. Plus récemment des biographes de Van Gogh ont prétendu qu’il avait été assassiné, du moins blessé à mort. S’appuyant pour cela sur les confidences tardives d’un banquier, qui avec son frère s’amusait à persécuter Van Gogh. Je n’ai jamais cru à cette histoire de suicide, ni même à sa folie. Ses lettres ne sont pas celles d’un psychotique. Sa puissance de travail n’est pas celle d’un dépressif. Epileptique, troubles neurologiques liés à une syphillis tertiaire, alcoolisme oui : des maladies de son temps, mal soignées, le plongeant dans des crises douloureuses et hallucinatoires. Il y a le sublime champ de blé aux corbeaux : ces noirs volatiles pourraient tout à fait être des hallucinations liées à un délirium tremens, d’un homme alcoolique au dernier dégré, trop absorbé par le travail et la peinture pour même songer à boire, se déssechant au soleil. La vulgate prétend qu’il s’agit de son dernier tableau.

On ne saura jamais et l’important n’est pas là. L’essentiel est que Vincent Van Gogh fut un artiste, le plus pur de tous les artistes, et par cela même un pauvre, et qu’il fut persécuté. Son ambition était de toucher les gens, tous : il n’avait pas d’autre plan de carrière que cela. Il n’avait pas de tricks, il ne développait pas de concept, il n’était ni Seurat – artiste conceptuel -, ni Lautrec – artiste fétichiste. Il peignait des meules de foin et sa peinture est sublime.

Paul Gauguin aussi était pauvre. “Pourquoi ne pars-tu pas d’ici ?” lui demande Van Gogh. “Parce que je n’ai pas d’argent”. Il a abandonné sa femme et ses enfants pour peindre. ” Tout ce qui t’empêche de créer, tu dois t’en séparer. Sans jamais savoir si cela en valait la peine”. La prestation d’Anthony Quinn est magnifique.

Ils sont complètement pauvres, et le mistral souffle tant dehors qu’ils sont condamnés à peindre dans leur maison d’Arles. Van Gogh devient fou : la lumière est sublime, mais le vent infernal (ce qui est une description parfaite d’Arles).

It’s work, the most important thing is work
Work, the most important thing is work

L’amitié que lui porte son frère Théo est sublime.

Interview de Laurie Anderson à propos de Lou Reed :

– Comment était-il au quotidien ?
Très généreux et curieux, surtout avec les artistes. Nous vivions à New York et il n’y a pas un soir où nous ne sortions pas, au concert, au théâtre… Il trouvait toujours quelque chose de positif, même dans les pires spectacles. Il savait combien il est difficile de créer.

Le film de Pialat complète parfaitement celui de Minnelli : les derniers jours de Van Gogh, l’homme accablé. C’était certainement le seul film à faire sur Van Gogh après avoir vu celui-ci.

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