Sueurs froides est le méta-film de cette folie, les Oiseaux son témoignage brut. La blonde hitchcockienne est la thématique clichée qui permet de naviguer à travers ses films. Il voulut Ingrid Bergman – elle lui échappa -, pensa la retrouver dans Grace Kelly – partie elle aussi, tenta de les reconstituer toutes à partir de la chair de Kim Novak – il fit le film de cet échec -. L’âge passant, l’impatience se fit plus grande. Tippi Hedren – la jeune fille mannequin à qui il avait promis la catasterisation -, en fit les frais. Dans une limousine, Hitchcock tenta de l’embrasser dit-on. Et dans Frenzy il ne s’agissait plus de séduire mais de violer : une blonde plus laide, le réel au rabais. Il le savait, jamais il n’aurait pu rivaliser avec Cary Grant ou Sean Connery, ou James Stewart : il est le petit gros à l’image, le passant dans la foule, une apparition qui n’accroche pas l’oeil de la caméra. Dans “To catch a thief”, nous le voyons apparaître dans un bus auprès de Cary Grant en pleine évasion : un beau, un laid, l’un aura Grace, l’autre se contentera de les filmer.
Les oiseaux commencent comme une comédie romantique, il y a une blonde entreprenante, et un acteur falot dans lequel il pouvait incarner tous ses regrets d’être. La rencontre est surprenante, les dialogues tendus, lui est sûr de sa virilité, elle de son désir. Dans toute comédie romantique, pour que cela soit comique justement, il y a les obstacles, les entraves à l’amour. Ici des oiseaux. Mais les voici qu’ils prolifèrent innombrables, envahissent tout l’écran et deviennent le sujet même du film : “Un village côtier est attaqué par des oiseaux”. Ils éclipsent la possibilité romantique, et dans la scène princeps du film, défont la possibilité du sexe, lorsque dans la chambre à coucher Tippi est attaquée. Assaillie d’oiseaux mécaniques manipulés par des câbles, d’oiseaux vivants jetés sur elle par les techniciens. Elle se blesse cent fois, il lui demande de la jouer sensuelle, on y comprend plus grand chose, leurs cris sont composés de sons électroniques infects. Ils ne sont métaphores de rien, juste du pouvoir du metteur en scène sur son actrice, sur ses techniciens, son monde. Dernier plan du film : ce n’est pas une romcom mais un film catastrophe. Les amoureux stupéfiés quittent la scène sans un je t’aime, sur l’écran il ne reste plus que les oiseaux.

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