dimanche 29 mai 2016

L'Astrée selon Urfé, selon Rohmer


 


Ça part d'un coup, avec l'éclat d'un coup de fusil résonnant dans la forêt bucolique dans laquelle prend cadre l'Astrée. Première scène, Céladon, dont nous savons sur les indications de Rohmer qu'il est le protagoniste principal de cette histoire, lui-même satellite de l'astre autour duquel il orbite amoureusement, s'assoit « sur le bord de la tortueuse rivière de Lignon, attendant la survenue de sa belle bergère ». La voici qui se présente accompagnée de son troupeau de brebis avec « quelque chose en l'âme qui l'affligeait beaucoup, et la ravissait tellement en ses pensées », qu'elle lui répond « et de visage et de parole si froidement que l'hiver ne porte point tant de froideurs et de glaçons ». Un odieux antagoniste lui a mis en l'âme que Céladon la trompait avec une autre bergère, alors que celui-ci, respectant une courtoisie orthodoxe, ne faisait que le feindre, selon la pratique bien connue de la « dame bouclier », qui desservit déjà fort mal le jeune Dante de la Vita Nova. Et voici les premiers mots qu'Astrée prononce : « Ah va, va tromper une autre, va perfide ! ». Alors Céladon se jette dans la rivière, Astrée, « voyant ce qu'elle avait tant aimé, et qu'elle ne pouvait encore haïr », s'évanouit de frayeur, tandis que Céladon est emporté par les flots. Ainsi commence l'Astrée, roman fleuve comme il est coutume de le qualifier, 5000 pages de casuistique amoureuse, Astrée désespérée, Céladon mort.

Du moins le croit-elle, et le croira tout au long du livre. Mais nous lecteurs savons que quelques méandres plus loin, Céladon, bien que « la vive couleur était si effacée qu'un mort ne l'a point d'autre sorte », fut réanimé et recueille par trois belles Nymphes, « dont les cheveux épars allaient ondoyant sur les épaules, couverts d'une guirlande de diverses perles : elles avaient le sein découvert, et les manches de la robe retroussées jusque sur le coude, d'où sortait un linomple délié, qui, froncé, venait finir auprès de la main, où deux gros bracelets de perles semblaient le tenir attaché. » Passage que je recopie pour plaisir de la langue, et comme exemple de l'érotisme pastorale d'Honoré d'Urfé.

La littérature ne manque pas de héros réanimé des flots, et il pourrait être déplacé de renverser une table au congrès des amis de l'Astrée en hurlant péremptoire, Céladon est mort, c'est sixième sens, mais néanmoins lorsque dans une forêt enchantée, lors d'une noyade et après avoir été emporté « de l'autre côté de la rivière », notre ami est réveillé par des Nymphes, créatures fantastiques, nous gardons à l'esprit que Céladon est peut-être bien passé de l'autre côté, et ce dés la troisième page du récit. Ce qui compliquerait sérieusement le jeu amoureux, et repousserait à loin toute résolution joyeuse dans l'union des deux amants. Il resterait un long délire, et pour meubler l'attente de cette réconciliation impossible, de cette histoire qui n'avance pas, les amoureux viendraient se succéder dans le récit pour y raconter leurs histoires improbables, sur tous les modes, sur tous les tons, catalogue inachevée de toutes les joies et misères de l'amour. Voilà de quoi est farci l'Astrée : des amours de Diane et de Silvandre, de ceux plurielles d'Hylas, du chevalier triste ou de Galathée. Des histoires de bergères et de chevaliers ou chevalières aussi, puisqu'on se travestit beaucoup dans l'Astrée.

Lui même se réveillant dans le palais de la Nymphe se posa la question : "Suis-je mort, suis-je aux royaumes des Dieux ?" Mais que lui vaudrait un olympe sans Astrée, et lorsqu'il apprend qu'il est prisonnier, il annonce : "Je pars me jeter dans la rivière". Je ne suis pas sûr que Céladon se soit ensuite posé la question de savoir s'il était mort ou vivant lorsque hantant les forêts, il gravait des poèmes à l'attention d'Astrée sur le tronc des arbres. S'il était encore berger ou devenu esprit hantant les bords du Lignon. Du moins il ne se la serait pas posé à lui-même, il l'aurait posé à Astrée, puisque tout pour lui dépend d'elle, elle est son référentiel. « Suis-je vivant (pour toi)? Suis-je mort (pour toi)? ». Que vaudrait pour lui la vie sans son astre, une vie qui ne serait qu'une vie, une existence-en soi qui n'aurait de vérité que par rapport au monde. Quand son mode d'être-au-monde est une existence-pour-elle. Et pour elle, il est mort, et ne cessera jamais de l'être. Du moins tant que courrait la plume d'Urfé. Car pour ses continuateurs, il en eut quelques uns, la tension romantique se fera trop impérieuse : il fallait que les amants se retrouvent, que les obstacles soient abolis, les malentendus dissipés. Et ça Urfé n'y aura pas assisté de son vivant, lui qui ne se pressait pas de conclure. En avait-il seulement l'intention ? 4000 pages après le saut inaugural de Céladon dans le Lignon, d'Urfé en était encore à délayer quelques intrigues ternaires ou quaternaires, de récits édifiants édifiant le récit dans la morale quelque part dans une digression, et ne songeait nullement à trouver une porte de sortie honorable aux amants.  L'amour est manque et post coitum animal triste : le mariage eut lieu qu'il aurait fallu entrer dans le roman bourgeois du couple en rade, amant dans le placard, et scènes de la vie conjugale. Eternisant l'absence, chaque instant se transfigure dans l'effleurement du visage aimé avant que celui-ci ne disparaisse aussitôt. Ce mouvement là, puisque plus que l'état de félicité, qui est statique, et donc bientôt mort, ce qui entraine les coeurs, c'est le différentiel, le mouvement, le balancement entre l'extrême misère et la joie brûlante. (Dante resoudra le problème en accordant la présence de Béatrice à une accélération infinie vers les sphères).

Ce fut son secrétaire qui se chargea pour lui de renouer les fils des intrigues amoureuses, à la demande générale d'un public qui n'en pouvait plus d'attendre de jouir d'un dénouement si longtemps repoussé, de ce tantrisme sentimental insupportable. Il y sera question de ressurection de Céladon aux yeux d'Astrée, au terme d'un rituel nécromancien, qui provoquera d'ailleurs à nouveau son bannissement, la belle ne supportant pas que si longtemps il se soit déguisé en fille pour la tripoter, avant qu'une épreuve mystique commune aux abords de la fontaine de la vérité, où il sera question d'un combat contre des lions, ne permette la réconciliation générale de tous les gentils coeurs de Forests. Il fallait bien ça, de la magie, du baroque, pour trancher l'affaire. Une grande scène baroque et fantastique sans prétention quand à la vraisemblance.

Pour Rohmer, la question semble d'abord pratique, une question de budget limité. La pellicule lui était trop précieuse pour qu'il puisse se permettre de la laisser couler infiniment. La récente biographie d'Antoine De Baecque est instructive quand à quoi se débattait Rohmer pour réaliser ses films. Cet homme a été persécuté par la bêtise. Celle en amont qui lui refusait les aides que n'importe quelle comédie régionale obtenait sans peine, celle en aval qui se moquait de la pauvreté technique de ses réalisations. Il est certain que son refus de tourner sur les lieux historiques d'Urfé, et de faire précéder son film d'un panneau indiquant que le paysage originel avait été défiguré par l'urbanisation, la plantation de résineux, lui coupa les subventions du conseil départemental de Haute Loire, et lui valut même un procès. Rohmer donc dû et sû trouver une pirouette permettant la résolution de l'intrigue. Une première vision du film laisse à penser qu'au terme d'un certain subterfuge, l'amour éclate au grand jour, aux paroles de « Vis Céladon, vis ! ». Mais nourrissons le ver qui patiente dans la pomme d'amour. Astrée n'est-elle pas alors au comble de son hallucination amoureuse, mélange de repentir de l'avoir banni à jamais, de regret de l'être aimé, de quelque impériosité sensuelle ? Le spectateur lui hallucine depuis un certain temps déjà, car il voit ce grand échalas de Céladon, 1m90, déguisé en fille, et par là devenu amie d'Astrée, avec laquelle il échange moults baisers, tandis qu'elle lui chante « oh que tu es belle mon amie », tandis qu'elle tend son poignet délicat entre ses bras énormes à lui : sommes nous censés croire à ça ? Croire nous même qu'il puisse s'agir d'une fille, puis ensuite croire qu'Astrée ne puisse reconnaître Céladon, puis encore que tous les autres personnages puissent penser qu'il s'agit d'une fille, jusqu'à douter donc que Céladon puisse être là à l'embrasser. Et s'il n'est pas là, où serait-il, sinon mort, et seulement halluciné dans les yeux d'Astrée ? Visiblement personne, si ce n'est le spectateur, ne voit qu'il s'agit d'un homme en robe, c'est donc bien que nous hallucinons Céladon. Nous l'hallucinons à travers les yeux d'Astrée. Car c'est elle qui fait la vérité, non pas la pellicule, ce réel de fiction. Et que nous le voulons aussi. Nous les voulons ensemble. Et nous sommes heureux de cela, de cet impossible. Ce qui n'arrive jamais dans la fiction, dans le réel de l'Astrée, cette réconciliation, est en vérité permanente et immanente et à nos yeux, que nous empruntons à Astrée. « Faites que ce ne soit pas un rêve » prie-t-elle à Dieu. Nous sommes bouleversés car nous assistons alors, dans le même geste, à la fois au triomphe de l'amour, ce que tout gentil coeur exige, et à la démonstration de son impossible. La joie embrassant la plus profonde mélancolie. L'espoir et sa déception unis en un seul baiser. "Vis Céladon, vis !"


Si le film de Rohmer s'achève ici, il n'en est rien chez Urfé, qui ne permis pas que les deux amants ne se réunissent ainsi. Les voici séparés par une porte qui s'ouvre. Céladon ne se dévoilant pas, Astrée l'embrassant en tant que « portrait vivant de Céladon ». Et c'est là que Rohmer ajoute au texte, ce si fin lettré, ce si brillant commentateur - car ses « Amours d'Astrée et Céladon » ne sont pas une adaptation mais une vérité sur l'Astrée - ces quelques mots qui retournent l'oeuvre « Vis, vis Céladon je te l'ordonne », et tout s'illumine. Souvenons-nous, elle lui avait ordonné de ne plus jamais se présenter à elle, ce bannissement, c'était la dernière phrase qu'elle lui prononçait, « Que si le ressouvenir de ce qui s'est passé entre nous (que je désire toutefois être effacé) m'a encore laissé quelque pouvoir, va-t'en, déloyal, et garde-toi bien de te faire jamais voir à moi que je ne te le commande ». Ce à quoi il avait répondu en sautant dans la rivière, dans un acte de courtoisie hyperbolique, puis en se cachant à ses yeux. D'abord dissimulé dans la forêt, puis déguisé en Alexis. Et maintenant, elle lui ordonnerait de vivre. Après tout, Céladon pourrait bien se permettre, si sa courtoisie et son amour sont si grands, de s'arracher des morts pour bien plaire à sa dame, puisqu'elle le lui commande. Ce serait une belle histoire. Et ce ne serait pas sans précédent. Plutarque fait dire à son père dans l'Erotykos : "S'il est permis de tirer quelque enseignement des récits de la fable, les légendes relatives à Alceste, à Protésilas, et à l'Eurydice d'Orphie prouvent que l'Amour est le seul dieu dont Hadès accepte les ordres". Pour les amants seuls il cesse d'être "inflexible, implacable". La littérature antique atteste l'existence d'un "sentier", cheminant entre le monde des morts et celui des vivants, et que seuls peuvent emprunter les amoureux, s'ils parviennent à convaincre Hadès de la vérité de leur amour. Une autre fontaine de la vérité, caché celle là dans les mondes morts.

Nous sommes à ce moment là probablement vers la trois millième page du roman, c'est peu dire que leurs affaires n'avancent pas très vite. Que firent-ils de leurs jeunesses alors ? Pour Astrée : « En ce labyrinthe de diverses pensées, elle alla longuement errante par ce bois, sans nulle élection de chemin. » Quand à Céladon, il se réfugie dans une caverne, pour écrire des poèmes et des stances à Astrée, un peu à la manière de Martin Gore dans I want you now - My heart is aching / My body is burning / My hands are shaking / My head is turning - et « le lieu lui plut de sorte qu'il résolut d'y passer le reste de ses jours tristes et désastrés », errant loin de son Astrée. Dans l'objectif confus d'être le plus malheureux possible, bien maigre de visage, tout blanc de peau, les yeux bien vides. « Ah ! Si Astrée l'eût vu en tel état, que de joie et de contentement lui eût donné la peine de son fidèle berger, connaissant, par un si assuré témoignage, combien elle était vraiment aimée du plus fidèle et du plus parfait berger de Lignon. » Pour Céladon, celui qui aime le plus est celui qui souffre le plus.

Peut-être lui chante-t-il Never let me down again - mais c'est trop tard -, je suis en voyage avec mon meilleur ami, j'espère qu'il ne me laissera jamais tomber, et par meilleur ami nous entendons enchassée la chanson du Velvet Underground, She's my best friend, - il faut se la chantonner dans la tête - « she understands me when I'm feeling - Down-down-down-down-down-down -/ You know it hurts to be that way - Down-down-down ». Tout en bas il y est sûrement, allongé dans un creux de la terre, « Never want to put my feet back down on the ground », mais c'est encore trop tard,. « Cela lui remit en la mémoire de ses bonheurs passés si vive en l'esprit que le regret de s'en voir déchu le réduisit presque au désespoir. » Ce à quoi il répond, "Jesus, help me in my weakness, cause I'm falling out of grace" Tandis que les choeurs reprennent consolateurs, « See the stars, they're shining bright / Everything's alright tonight », ce qui lui importe peu, il n'a que faire de toutes les étoiles du monde, il ne veut qu'Astrée.





Cette caverne, que Céladon aménage avec soins, y déposant lit de verdure, n'est-elle pas une réminiscence de celle que partagèrent Tristan et Yseut, lors de leur fuite dans la forêt du Morrois ? Texte de Béroul : "Il construit sa loge.  Avec l'épée qu'il tient en main, il coupe les branches. Il façonne un toit de feuillage. Yseut la jonche d'un épais tapis de verdure." Mais voilà : ils y vivaient ensemble, partageant les misères de leur vie d'exil. Céladon lui y demeure seul. Mais c'est peut-être aussi pour cela, veux nous faire comprendre d'Urfé, que son amour ne faiblit pas, bien au contraire. Car c'est bien au terme de trois années passés dans la forêt de Morrois, qu’exténués, leurs vêtements en lambeaux, les célèbres amants décident de se séparer. Tristan de rendre Yseut à son mari, et de choisir l'exil. Au terme de ces trois ans d'amour, trois ans qui sont le temps d'efficacité du filtre. Leur amour ne survit pas à leur coexistence de misère, à leur coprésence l'un à l'autre. Il renaîtra de l'absence, Tristan exilé, Yseut embastillé dans sa vie bourgeoise. Céladon dans sa forêt de Morrois est seul. Son amour ne peut que croître démesurément.

Un berger dans une grotte se dissimule à la vie simplement parce qu'après un malentendu, sa bergère le lui a commandé. Difficile d'imaginer à quel point un lecteur pourrait être déçu de l'intrigue. Elle n'est pas très romanesque : quels obstacles séparent les deux amants, hormis un mot ? Il était bien question dans les deux premières pages d'un amour impossible, interdit par leurs « parents ». Notons qu'Honoré d'Urfé était tombé amoureux très jeune de sa belle-soeur, et que cet amour impossible fut la matrice de l'Astrée, dit-on. Le mot « parents » doit donc être entendu au sens large, puisqu'il s'agit là d'un frère. Cette histoire de rivalités familiales à Vérone aussi, peu crédible, n'est peut-être encore que le paravent commode d'un amour adultère, et que la rivalité de madame Montaigu et monsieur Capulet. Mais d'Urfé s'en désintéresse d'emblée, et n'en reparle jamais. Après tout il suffit d'être discret. Il fait intervenir un antagoniste, amoureux intriguant d'Astrée. Dont il se moquera tout autant. Astrée ne l'aime pas, il ne compte pas. Tout tient finalement à une parole prononcée, à un presque rien - qui tue Céladon.

L'amateur de réalisme social sera lui aussi déçu. Il n'y est pas question de différences de classes sociales, Astrée et Céladon sont tous deux bergers. Ils sont désignés l'un à l'autre depuis longtemps et par tous. Astrée est belle, la plus belle même. Ce n'est pas une bergère de Juvénal, de ces« gaillardes de la montagne tendant à de robustes marmots leurs tétons nourriciers, et souvent plus repoussantes encore que leur mâle rotant ses glands. » Céladon est beau aussi, le plus beau. Le problème n'est pas non plus physique. Ni psychologique. Chacun agit selon qu'il aime. Sur cette scène pastorale, la nature est proche, Céladon y pose le pied à même, il n'est pas un citadin, il ne connait pas la ville, construction humaine, lieu de toutes les stratifications, qui sépare l'homme de la terre. L'objet le plus technique de tout l'ouvrage semble être la houlette, ce bâton du berger muni d'un crochet pour dit-on, lui permettre d'envoyer des mottes de terre vers les brebis qui viendraient à s'égarer. Qu'en fait Céladon, certainement pas un instrument de travail : « De ce lieu frappait dans la rivière du bout de sa houlette », tandis qu'il se lamente. Les brebis sont certainement le cadet des soucis de ces bergers et bergères qui ne pensent qu'à aimer. Le travail ne compte ici pour rien, réduisant tout marxisme à la portion congrue - le marxisme étant la vie vue depuis le travail. Dans cette arcadie primitive, la lutte des classes n'existe pas : seul la liberté d'aimer, et de guider ses moutons où on le désire compte. Aucun Lord n'a encore exigé l'enclosure, et les troupeaux paissent librement. Les nobles en sont jaloux d'ailleurs, qui toujours pris à la guerre et dans milles vassalités d'épée regardent avec envie la liberté des bergers.

Rien ne les sépare sur cette scène pastorale imaginée par Urfé comme une époché amoureuse, mise en suspension de toutes les milles obstacles - ainsi que leurs discours correspondant - que le monde commun met à l'amour. Mais le problème pourtant reste entier.

Arcadie du sentiment pur, les bords du Lignon sont le lieu où des jeunes gens se dépouillent de tout, y compris de leur genre. Qu'il est plaisant d'entendre un texte où les sentiments ne sont pas genrés, où nulle part apparaît le catalogue habituel des opinions sur les hommes, les femmes. A différents niveaux, chaque personnage regarde vers l'omnipotens primordial, vers l'indifférenciation des premiers âges, Astrée, Céladon en étant les pointes les plus avancées. C'est ainsi qu'ils s'aimeront, dépouillés de leur sexe, de leur nom, de toutes qualités car comme l'écrit Ovide, Mille modi Veneris. Le travestissement est un topique classique de la littérature courtoise, déjà Tristan avait eut recours à la ruse, mais simplement pour tromper la vigilance du gardien d'Iseult - son mari. Quand à la féminisation de l'homme par l'amour, elle est un motif de la Joy des troubadours. Y répond la virilisation de la femme, devenu seigneur, législateur et autorité suprême du coeur de l'amant. Les visages et les sexes se troublent, et leur union peut prendre des formes étranges. Le lecteur s'y perd entre les noms, dont il n'est pas toujours facile d'identifier le genre, tandis que si Céladon s'exprime par le -il, devenu Alexis il pense en -elle. Tandis que bientôt Astrée se déguise en Alexis, et se retrouve pour ce motif prisonnière, tandis que les hommes en armes se ruent sur le Forests, pour des motifs complexes dont l'un des moindres n'est pas la mania amoureuse d'un tyran pour la belle Galathée. Et la guerre de s'inviter dans l'Astrée, tout comme Combray était rasé, au temps retrouvé, par les obus allemands.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

L'amour amer ::: Trois romans de Tristan

  Une voix lointaine émergeant du bruissement des âges, celle de Thomas chantant le Roman de Tristan  : « … su le secret... s'en aperçoi...