Je vois cet écran d'information sur la ligne D mais ce n'est pas par là que je vais, je le montre néanmoins car je ris de voir ce code mission LOPE direction Orry-la-Ville. via Pierrefitte, Stains, Garges, Sarcelles et je pense alors à un pitch de porno gay hardcore qui s'enrichit de multiples détails, péripéties, images, à mesure que je marche dans les couloirs de la gare de Lyon, il y serait question d'un trip nervalien pédé de deux mecs qui s'ennuieraient à Paris, un remake de Sylvie en RER sans aucune forêt mais avec des caves, mais cela pourrait être deux filles, ou deux mecs-filles à l'image de Pétrole de Pasolini, ou de la Justine de Sade, il y serait question de courses de quads, de séquestrations, de sacrifices humains, bref de tout ce qui fait l'ordinaire de l'imaginaire sur la banlieue, surtout sur la ligne D, mais avec une thématique sociale forte, politique, ça retracerait toute l'histoire de la 5ième république, depuis la guerre d'Algérie, le rapatriement, Sarcelles jusqu'au Grand Paris, mais c'est au sud que je vais aujourd'hui, je descends à Vigneux-sur-Seine où une passerelle, un arbre, une autre passerelle et Juvisy, "furent les objets de luxure que nous présentèrent les duègnes de la princesse."
Ville obscure entre-toutes, voici Juvisy qui est sur Orge et c'est celle-là que je cherche, elle est sous la dalle je le sais, elle qui sera le fil d'Ariane qui me guidera dans le merdier. Comme dans toute la RP les gros travaux, et le long de l'Avenue Estienne d'Orves on rase les meulières, on leur nique sa mère. Je passe devant le Bazar d'idéals.
Au-delà d'une petite placette de béton le murmure d'une rivière, celle que je désire de remonter à travers Juvisy, Viry, Morsang, Savigny, Epinay, une épreuve labyrinthique, un dédale de passerelles - au détour de l'une d'elle un homme agenouillé priant Allah Akbar -, de tunnels, détours à travers l'Essonne morcelée, passant et repassant les voies du RER C, l'autoroute A6, contournant des zones étranges malgré les avertissements de l'horoscope du jour, "n'hésitez pas à faire demi-tour", beaucoup de vert et beaucoup de gris à la fois, le mélange de grosses cités, résidences en déshérence, montées sur des centre-villages murées, derrière la villa une barre, ici comme ailleurs partout il y avait des champs on a planté des hommes dans des tours. Charles Perrault vécut à Viry-Châtillon, le saviez-vous ?
Par-delà l'A6 un autre morceau d'Orge, les travaux du T12- d'un seul coup, partout, et alors qu'il ne s'était rien passé depuis 50 ans, on a commencé à tirer des trams partout. Derrière le petit arbre, le bassin de dépollution de l'A6.
La solitude semble avoir débuté à Epinay-sur-Orge, là où la banlieue se confond avec la campagne. Ici je butais contre des chemins murés, et contournait ce qui me semblait être de prime abord une résidence. Je m'étonnais de voir des gens en sortir à pieds, avec de gros cabas - il s'agissait en fait d'un centre d'hébergement Emaus -, là aussi un petit camp de gitan. Chemin de Villiers à Epinay ensuite, une barre d'immeubles entièrement taguée, néanmoins habitée, des petits enfants en haillons.
Naviguant par là-dedans jamais pourtant je ne ressens le blast, le souffle du sublime, l'extase horrifique que seuls peuvent nous procurer les grands espaces sauvages et indifférents à l'homme, la littérature de Lovecraft ainsi que certains grands ensembles de la banlieue parisienne. Tout y est empêché, tout est contrarié, c'est peut-être cela aussi le sublime du lieu, " Toutes les privations générales sont grandes, parce qu’elles sont toutes terribles : le vide, les ténèbres, la solitude, et le silence." Et le terrible c'est le sublime. C'est une phrase de Burke, il a bien pensé le sublime, il a bien pensé Epinay-sur-Orge, le bout de course, cet endroit où toute ville s'efface.
Parvenu à Sainte-Geneviève-des-Bois, je cherchai le mémorial pour Ilan Halimi, dont l'arbre avait été récemment scié, aussitôt replanté. Il est situé sur la route de Longpont, juste au bout du parking de la gare, après le tunnel de Fouillé.
Dans la lumière blanche, Sainte-Geune me donna l'impression d'une petite ville côtière d'Irlande, ou d'Islande, avec ses pentes aveuglantes. Tout était fermée, tout semblait abandonnée. Une charcuterie champion 2016 du jambon blanc. Il était temps de rentrer.
Sur le chemin du retour je m'interroge sur une affichette de la SNCF qui est rédigé ainsi : " RER C Info Travaux. Du 25 février au 10 mai, les trains JILL sont terminus Invalides et deviennent des LOLA. 1 train VICK sur 2 est origine Invalides. De 9h à 16h en semaine, hors week-ends et jours fériés."
























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