La VNMC
La ventilation de cette pièce exiguë est assurée par une ventilation non mécanique. Celle ci est composé d'un tuyau en PVC, reliant un orifice situé en haut à gauche et fermé par une petite grille, à l'extérieur, via ce tuyau mesurant bien deux mètres de long et passant dans le coffrage du chauffe-eau (Cf la salle de bain). Ce tuyau prend une pente légèrement descendante, d'environ 5°, ce qui rend complexe son inspection, d'autant plus qu'il faut alors monter sa tête jusqu'à l'ampoule éclairant la pièce, qui chaude et sans applique, se balance mollement au bout de son fil électrique jaillissant du mur. Pourquoi vouloir inspecter ce tube ? Et bien parce celui ci devint le lieu de nidation d'une famille composée, recomposée, saison après saison, d'oiseaux, probablement de moineaux. Cela commença par des bruits d'ailes amplifiés par la résonance que fournissant le tube, puis des grattages, de paille, de brindilles que l'on froisse. Quelques semaines après vinrent les premiers pépiements, au début aigues, puis de plus en plus graves, pubert, avant que la portée ne s'envole. Et que le cycle ne recommence, plus tard. N'ayant pas vocation d'ornithologue, je n'en ai jamais relevé précisément le cycle. Simplement une présence, suivi d'une absence. Je n'ai rien fait pour les en déloger, même si j'avais imaginé plusieurs procédés plus ou moins cruel : le ramonage, le déversement d'eau voir même de produits plus abrasifs, remplacement complet du système avec apposition d'une grille prévenant les prochaines effractions. Le chant des oiseaux l'emportât bien sûr, il peut se faire entendre dans tout le couloir, comme si nous étions nous même à l'extérieur. Cependant cela ne règla pas le problème de la ventilation : ma VNMC devint plutôt une sorte de parlophone à moineaux. Et cela marche dans les deux sens.
Porte, extérieur
Elle fut repeinte lors de la réfection de l'appartement. Pour seule particularité, un petit dessin découpé de silhouettes d'animaux tel qu'un mouton, un ours, un lapin, collé par un système de gomme américaine.
Porte, intérieur
Contrairement à son homologue de l'extérieur, n'a jamais été repeinte, par souci d'économies peut-être, ou alors d'un abattement, d'une mélancolie subite faisant renoncer à toute vanité d'entretien d'un logis et d'une vie vouée à la finitude. Ce fut donc Julia qui se chargea de sa décoration. Elle prenait plaisir à s'y enfermer des heures en cachette, faisant semblant d'aller faire pipi, pour en réalité, le coup étant prémédité, avec la subtilisation de la boite à crayon sans mots dire et son introduction dans les WC, y dessiné sur tous les murs, et principalement la porte.
Les murs
Les murs sont globalement recouverts d'un papier peint présentant des motifs à fleurs japonisants sur un fond rouge-bordeaux, excepté une lame dans le fond à droite – la pose ayant été entravée par la présence de l'arrivée d'eau des toilettes proprement dite, ainsi qu'autour du miroir cheap situé au dessus du lave main. Ce papier peint se prête peu à être le support d'une expression artistique délurée : peut être est ce la raison de sa destruction partielle au niveau d'un coin sur le mur de droite. Il s'y prête peu, mais des essais ont néanmoins été tentés : on peut y distinguer quelques traits de crayons, se perdant dans le rouge et les motifs. Mais cela fut jugé peu probant : les efforts furent donc redirigés vers la porte, côté intérieur.
La fresque
Elle ne bénéficia pas de la rigueur d'entretien et de sécurisation de celle des grottes de Lascaux – scellement de l'accès, construction d'une grotte leurre réplicat. A vrai dire elle subit plutôt l'acharnement d'une éponge destiné à en effacer la trace : cette fresque ne subsiste donc plus qu'à l'état de vestiges. Eponge contre feutre, la victoire était incertaine et la bataille le fut : plus que la fresque elle même, c'est cet affrontement qui est resté figé sur cette porte. Parfois le trait disparaissait totalement – et cela nous n'en avons plus aucun souvenirs, ni aucune trace, peut etre dans nos mémoires – parfois il se délavait simplement, s'étalant en surface. Quand à certains feutres, ils sont toujours aussi indélébiles. Les dessins fossiles appartiennent toutes à la première période de l'artiste. Des bonhommes composés d'un corps tête rond ou ovales, de deux très longues jambes traits et de cheveux algues flottantes vers le ciel. La plupart ont des yeux, et quelques uns des sourires. Dans le meilleur des cas seulement. Il peut arriver qu'un corps tête ne parviennent pas à former l'ovale et que l'extrémité d'un trait perde le chemin de l'autre, formant une sorte d'escargot. Un sourire peut aussi dérapant en horrible grimace, ou en expression d'un malheur intense, par inadvertance. Enfin certains bonhommes ne sont que des têtards, sans yeux ni bras, ou des méduses, comportant un excédent de jambes. Tout cela forme une jolie composition, dans des teintes bleutées (traits ou délavages à l'éponge) évoquant un milieu aquatique.
Un loquet
Bricolé par mes soins, avec une petite vis pour le retenir lorsque il est en position ouverte, qu'il ne gêne pas la fermeture de la porte. C'est un crochet situé au bout d'une tige devant harponner un petit cercle de métal figé dans le montant de la porte.
Le lave mains
Pour une raison inexplicable, le robinet du lave main ne délivre que de l'eau chaude. Initialement, tiède puis de plus en plus brûlante. Bien qu'il y ait une arrivée d'eau froide. Deux tuyaux sortent du mur : le robinet à eau froide ne donne rien. Le second problème de ce lave mains c'est sa bonde fuyante sur les revues situées en dessous. Il faudrait vraiment barrer ce lave mains.
“I DON’T CARE/I’D RATHER SINK THAN CALL BRAD FOR HELP!”
Au dessus des toilettes et en face, une reproduction sur poster de « The drowing girl » de Roy Lichtenstein. Une femme aux cheveux bleus semble se noyer dans un tourbillon d'eau, seule son visage, penché à gauche et pleurant des larmes, ainsi que sa main gauche étant encore à flots. Elle pense, car ces mots sont dans une bulle relié à son esprit par des bulles plus petites, ce qui est une convention classique de la bande dessinée pour dire que ces paroles ne sont pas prononcés « cela m'est égal, je préfère sombrer plutôt qu'appeler Brad à l'aide. ». Elle ne dit rien donc, sa bouche est mi-close, son choix est fait et la messe est dite. La vague va la submerger. La vague ou la chasse d'eau, puisque c'est bien pour cette raison que ce poster est situé là, juste au-dessus des toilettes. Qu'en penser ? S'agissait il alors d'ironie, ou d'un sarcasme misogyne ? Je n'en ai pas spécialement souvenir : simplement une association d'idées, qui reste à déchiffrer. Une femme se noyant dans un verre d'eau, voilà ce qu'évoque ces turpitudes. S'il suffisait d'appeler Brad à l'aide pour s'en sortir, c'est qu'il ne s'agit ni d'un accident de canoë, ni du naufrage en haute mer. Brad est là, tout près, simplement elle préfère se taire et sombrer sans un mot, peut-être par vanité, ou simplement pour assouvir sa pulsion de mort. Et alors ce tourbillon devient métaphore de la dépression, mais d'une sorte de dépression légère et permanente, chaque fois que j'entre dans ces toilettes, je la vois encore en train de se noyer éternellement, et revendiquant – discrètement et en pensée – son sinistre choix « je préfère sombrer ». Spectacle permanent et grandiloquent d'un désir de mort quotidien : représenté avec force tempête et mort imminente. Dans le concret, un certain mutisme, un agacement. Et ce spectacle est une accusation permanente contre Brad, qui est si prêt et qui a le pouvoir de la sauver, mais qui ne le fait pas, inexplicablement. Compte-t-il vraiment être supplié ? Veut-il l'humilier à ce point ? Ou alors est-il simplement trop bête ou aveugle ? Tout cela à la fois : bête et cruel, voilà Brad. Et Brad se venge en tirant la chasse d'eau.
Une pile de magazine
Sous le lave mains, mais légèrement décalé par rapport à la bonde suintante, une pile de vieux magazines. Ils sont de deux ordres : il y a tout d'abord les magazines « spécial immobilier » (Express, Capital, Nouvel Obs), qui couvrent plusieurs années. Ensuite les magazines Technikart, journal publiant de nombreux portraits de personnalités de la télévision (Elise Lucet, …). De tous les magazines immobiliers, la meilleure série est sans conteste celle de Capital, qui avec ses jolies cartographies colorées selon l'indice des prix au mètre, est à la fois le plus pratique, le plus esthétique, et le plus propice à la rêverie. La déambulation entre les possibles et impossibles de l'éventuel achat ultérieur. Il y a l'édition 2013, qui est la plus dur, la plus décourageante, et ça va jusqu'en 2010, mon millésime préférée, avec ses prix doux et ses possibilités incroyables, hélas révolues.
En ce qui concerne Technikart, je les conserve pour des travaux de peintures ultérieurs. Et peut être aussi pour admirer, en parallèle de la montée des prix de l'immobilier parisien, la décadence de la presse française dans le publi-reportage.
La vie comme succession de fins. Chaque instant en renferme un abîme. La permanence n'est peut être pas la vie. Les accumuler, ou y échappé. Toutes sortes de morts, comme autant de faits. Des faits rejoignant le passé. Sans fins, pas de passé. Ce qui est resté debout : ici et maintenant.

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