Paris Gare de Lyon tout est encore possible. Je lis les destinations sur les panneaux des départs : Creil, Saint-Germain, Poissy, Villiers-le-Bel...
Sortir de la gare Stade de France - Saint-Denis, quelques panneaux pour s'orienter, Pôle Emploi, Haute autorité de santé, Service Pénitentiaire d'insertion et de Probation. Le SPIP 93. Rue Francis de Pressenssé un graph guerrier. J'avais alors passé l'avenue François Mitterand, bureaux cleans, une nouvelle ville, une atmosphère de Levallois, Boulogne ou Issy-les-Moulineaux. Ce qui n'est pas nouveau le sera bientôt. Il ne reste là déjà plus grand chose du passé.
Juste avant la bretelle vers l'A86 direction Auvervilliers, un MacDonald flambant neuf avec étage et ascenseur. Même y piquer une paille pourrait être gênant. Nous sommes face à l'impasse de la Cokerie et c'est là que le troisième kamikaze de l'équipe de Saint-Denis se faisait sauter le 13 novembre 2015, un soir de France Allemagne. Je passe l'A86, pour seuls piétons des syriens faisant la manche au feu de la bretelle d'autoroute.
Porte D rue Jules Rimet à 21h20 Manuel Dias est soufflé par une exposition. Il a sa plaque au-dessus d'un banc. C'est la première victime des attentats du 13 novembre. Une seconde explosion porte H, à vide hormis le porteur de la bombe.
Je contourne le stade par le nord, tentant d'atteindre la route de la Révolte ce à quoi je parviens après quelques sales passages dans ces lieux embouteillées. Sous la passerelle du stade de France, un petit parc pour enfants. Au coin de la route de la Révolte et de la rue Ambroise Croizat, face au canal, le Rallye Maastricht toujours en attente de sa démolition.
Je pose le pied à Saint-Denis ville, déambulant parmi les enseignes à pas cher. Libertine, Tentation, Sans Complexe. Des vêtements bons marchés, des valises. Quelques mauvais immeubles. Au 48 rue de la République, au coin avec la rue Corbillon, bâtiment C troisième étage se trouve l'appartement conspiratif loué par Jawad. L'appartement a subi 1500 tirs, occasionnant la mort de trois terroristes et d'un chien de berger Malinois nommé Diesel. Sur ce même immeuble, un tag dans l'esprit Charlie "Ne pas enlever liberté d'expression Esrit Charlie", le P étant devenu aussi le R", pour des raisons de praticité.
J'atteignis la couronne de Saint-Denis, sa couronne de gloire, celles des cités qui coiffent la vieille ville et sa basilique. Parvenu presque au point de rejoindre la nationale 1, qui avait fait détour par l'est de la ville, je me décidai d'aller visiter Villetaneuse, bifurquant avenue du Colonel Fabien. C'est en longeant la cité Auguste Delaune, probablement envouté par une rêverie solitaire que rendant hommage à Rousseau je me vautrais butant sur une rotondité du bitume du trottoir, presque au niveau du Leader Price. Le choc fut rude, occasionnant dermabrasions et contusions. L'interprétant comme un signe, je décidai de rebrousser chemin et de rejoindre la N1 plutôt que d'entreprendre l'ascension de Villetaneuse et Montmagny. Cela fut-il mon salut ? Toujours est-il que je suis vivant ce soir. M'échappant plein nord j'empruntai la villa des Joncherolles, puis une pharmacie sur la route. Je nettoyai le sang de mes mains avec de l'Aseptil et un mouchoir, avant de franchir le pont. Une église sonne 12h.
Au-delà du pont, la cité Fauvette, monument de brutalisme posé entre la nationale et les rails des chemins de fer du nord. Juste en face le cimetière. Je renonçai, encore perturbé par ma chute, à fournir une nouvelle occurence à ma série "Vue sur la cité XXX depuis le cimetière." C'est dommage.
Sur route, un supermarché MIGROS, un café Star, un restaurant la Roue de Secours. Ici il y a principalement des noirs. Quelques rares blancs, dans la soixantaine, tous en pré-DT, les mains tremblantes, l'oeil hagard.
Place de la mairie un drôle de monument représentant des licornes, intitulé "Michel Fourcade, Maire de Pierrefitte, conseiller général de la Seine-Saint-Denis, Vice président de la Plaine commune, a inauguré cette oeuvre le 8 mai 2012. Elle a été offerte à la commune de Pierrefitte et aux Pierrefittois grâce au mécénat culturel de l'entreprise Dubrac TP.
"Amours de Licornes". Artiste Virgil"
Notons ici qu'entre la Seine et Pierrefitte nous trouvons les villes de Saint-Denis, Villetaneuse et Epinay-sur-Seine.
Un parc Nelson Mandela, un panneau présentant deux affiches du parti socialisme français.
Puis le vieux Pierrefitte, son église noir, sa rue de Paris sinistrée. Seule la Nationale 1 semble à Pierrefitte entretenue.
Quelques pas pour descendre dans le quartier des Poètes. Georges Brassens, l'allée Tristan Tzara, l'allée René Char dont l'une des plaques a été subtilisé. L'ancienne cité rose n'est plus : d'inspiration Renaudie, elle était tombée en ruines. Place au neuf.
Allée Tristan Tzara, certainement l'une des rues les plus étonnantes de Pierrefitte et aussi de la Seine-Saint-Denis, une bite semi effacée a été dessinée. Quelque chose d'un peu rupestre, l'allée en elle-même évoquant une grotte de béton au plafond effondré.
Je ne sais pas ce qu'a fait Tristan Tzara pour mériter à Pierrefitte comme à Paris de rues aussi minables, mais j'espère que c'est mérité. C'est mon sens de la justice qui parle là.
Me voici hissé au sommet de l'avenue du 8 Mai 1945, au sommet de Sarcelles Lochères. Ces tours, ces barres, qui toujours débordent du cadre, Sarcelles étalon or du grand ensemble, auquel les autres ne se mesurent que sous forme de fraction. Ainsi Orgemont ne sera qu'un demi-Sarcelles, la Source un quart, les Raguenets un huitième. Je descend l'avenue, puis erre parmi les barres.
Sur la route de Villiers-le-Bel, je croisai un arbre.
Pour finalement toucher terre rue Nelson Mandela.
Il ne me restai plus qu'à traverser Villiers-le-Bel pour rejoindre la forêt d'Ecouen, puis la gare. Sur le chemin, plus précisément sur la D10 je croisais une statue de la liberté naine, toute verte, à la sortie du parking de Lidl. Rolin lui-même l'avait croisé, je ne le découvris qu'ensuite. Voici ce qu'il écrivait :
"Après avoir traversé une minime partie de Villiers-le-Bel, je reviens vers Sarcelles le long de la N 370. À l’horizon se dresse la silhouette d’une réplique grossière de la statue de la Liberté, peinte en bleu, signalant un hôtel sans nom, parfaitement cubique, « 135 F la chambre » (ceci en énormes caractères), voisinant au milieu de rien avec un magasin de vente Peugeot, une station-service, un Intermarché, un brico-Marché, un hôtel Confortel-Louisiane, et un long bâtiment battant pavillon de l’« Alliance Biblique ».
J'entrai dans le Lidl, un Lidl infernale, aux caisses surchargées. Envisageant de faire demi-tour pour sortir une sirène de police retentit. Le détour par les caisses est impératif.
La barre de la Cerisaie, terre d'Arsenik, ambiance hip-hop 95. Puis la vieille ville, ses vieilles pierres.
Je m'échappais vers l'est, voulant couper par les forêts. Sur les coteaux, des maisons de manouches sédentarisées, des espèces de petites fermes flashes dans la lumière blanche. Des jardins emplis de caravanes. L'entrée de la forêt a l'allure d'une décharge.
Des avions frôlant la cime des arbres.
La descente vers le petit Rosne que je retrouvai à nouveau.
Comme un égoût à ciel ouvert, sa couleur verte, inquiétante.
La gare d'Ecouen.
Au-delà du pont, la cité Fauvette, monument de brutalisme posé entre la nationale et les rails des chemins de fer du nord. Juste en face le cimetière. Je renonçai, encore perturbé par ma chute, à fournir une nouvelle occurence à ma série "Vue sur la cité XXX depuis le cimetière." C'est dommage.
Sur route, un supermarché MIGROS, un café Star, un restaurant la Roue de Secours. Ici il y a principalement des noirs. Quelques rares blancs, dans la soixantaine, tous en pré-DT, les mains tremblantes, l'oeil hagard.
Place de la mairie un drôle de monument représentant des licornes, intitulé "Michel Fourcade, Maire de Pierrefitte, conseiller général de la Seine-Saint-Denis, Vice président de la Plaine commune, a inauguré cette oeuvre le 8 mai 2012. Elle a été offerte à la commune de Pierrefitte et aux Pierrefittois grâce au mécénat culturel de l'entreprise Dubrac TP.
"Amours de Licornes". Artiste Virgil"
Notons ici qu'entre la Seine et Pierrefitte nous trouvons les villes de Saint-Denis, Villetaneuse et Epinay-sur-Seine.
Un parc Nelson Mandela, un panneau présentant deux affiches du parti socialisme français.
Puis le vieux Pierrefitte, son église noir, sa rue de Paris sinistrée. Seule la Nationale 1 semble à Pierrefitte entretenue.
Quelques pas pour descendre dans le quartier des Poètes. Georges Brassens, l'allée Tristan Tzara, l'allée René Char dont l'une des plaques a été subtilisé. L'ancienne cité rose n'est plus : d'inspiration Renaudie, elle était tombée en ruines. Place au neuf.
Allée Tristan Tzara, certainement l'une des rues les plus étonnantes de Pierrefitte et aussi de la Seine-Saint-Denis, une bite semi effacée a été dessinée. Quelque chose d'un peu rupestre, l'allée en elle-même évoquant une grotte de béton au plafond effondré.
Je ne sais pas ce qu'a fait Tristan Tzara pour mériter à Pierrefitte comme à Paris de rues aussi minables, mais j'espère que c'est mérité. C'est mon sens de la justice qui parle là.
Me voici hissé au sommet de l'avenue du 8 Mai 1945, au sommet de Sarcelles Lochères. Ces tours, ces barres, qui toujours débordent du cadre, Sarcelles étalon or du grand ensemble, auquel les autres ne se mesurent que sous forme de fraction. Ainsi Orgemont ne sera qu'un demi-Sarcelles, la Source un quart, les Raguenets un huitième. Je descend l'avenue, puis erre parmi les barres.
Franchissant au nord le petit Rosne, je trouve le chemin de Fontenay. Une bande agricole entre Villiers-le-Bel et Gonesse, traversée par un chemin de terre. A l'horizon la ZAC Derrière les murs de Monseigneur, oui oui c'est le nom, le Puits la Marlière à gauche. A droite c'est une autre bande de Villiers-le-Bel, et les tours de Gonesse.
J'hésitai à m'y engager, car c'est très exactement le type de configuration qui annonce le camp de gitans. Seulement les lieux sont ici traversés par une forêt de pylônes électriques : cela les rend-il impropre à toute habitation ? Le regard se porte loin, il n'y a personne, j'avance.
Sur la route de Villiers-le-Bel, je croisai un arbre.
Pour finalement toucher terre rue Nelson Mandela.
Il ne me restai plus qu'à traverser Villiers-le-Bel pour rejoindre la forêt d'Ecouen, puis la gare. Sur le chemin, plus précisément sur la D10 je croisais une statue de la liberté naine, toute verte, à la sortie du parking de Lidl. Rolin lui-même l'avait croisé, je ne le découvris qu'ensuite. Voici ce qu'il écrivait :
"Après avoir traversé une minime partie de Villiers-le-Bel, je reviens vers Sarcelles le long de la N 370. À l’horizon se dresse la silhouette d’une réplique grossière de la statue de la Liberté, peinte en bleu, signalant un hôtel sans nom, parfaitement cubique, « 135 F la chambre » (ceci en énormes caractères), voisinant au milieu de rien avec un magasin de vente Peugeot, une station-service, un Intermarché, un brico-Marché, un hôtel Confortel-Louisiane, et un long bâtiment battant pavillon de l’« Alliance Biblique ».
J'entrai dans le Lidl, un Lidl infernale, aux caisses surchargées. Envisageant de faire demi-tour pour sortir une sirène de police retentit. Le détour par les caisses est impératif.
La barre de la Cerisaie, terre d'Arsenik, ambiance hip-hop 95. Puis la vieille ville, ses vieilles pierres.
Je m'échappais vers l'est, voulant couper par les forêts. Sur les coteaux, des maisons de manouches sédentarisées, des espèces de petites fermes flashes dans la lumière blanche. Des jardins emplis de caravanes. L'entrée de la forêt a l'allure d'une décharge.
Des avions frôlant la cime des arbres.
La descente vers le petit Rosne que je retrouvai à nouveau.
Comme un égoût à ciel ouvert, sa couleur verte, inquiétante.
La gare d'Ecouen.






















































Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire