mardi 29 janvier 2019

La Nationale 118 ::: Ouest (3)


Nationale 118 Sevres

Entre la Seine et la ville le gris s'équilibre bellement depuis le pont de Sèvres
Racines de béton de part et d'autres de la rive
Côté Boulogne il y a Booba, de l'autre la N118 qui abouche là dans un merdier d'asphalte
Sèvres
Je ne connais ville plus laide je crois
Dans son vallon, les pauvres en bas, les riches en hauts, avec leurs gares rive gauche ou rive droite
leurs forêts, vers Saint-Cloud vers Meudon
En bas le bus les kebabs
Et moi je tente de remonter la nationale 118
Me glissant sous le Novotel le bureau, sous la laideur
Un petit chemin de béton en contrebas du mur anti-bruit
en corniche au-dessus de quelques exemples parfaits d'architecture d'entreprise
De la belle pierre de taille suintante de pollution
Il y a une oeuvre d'art là, une sorte de pomme de pin planté sur un socle
Et puis il y a cette odeur de chlore qui vient prendre les poumons
Une rue
Un pont
Des chats "Le Chat", habitant le skate Park sous la N118
Partout dans les Hauts-de-Seine des Skates Parcs
J'en avais vu à Meudon, à Arcueil
Toujours sous les échangeurs les piles de ponts
Il faut les débusquer là
C'est l'ambiance
Puis un pont sur les voies du transilien
Ça monte encore dans les résidences
Un stade en contre-bas
Des passerelles sur la N118 de l'autre
Pour y prendre des vues
La nationale toboggan
Un bois
Et au-delà à nouveau une ville, un morceau de Sèvres perdus dans les bois
Toujours le long de la N118
Une étonnante rue de la Borne-du-Diable,
Petit lotissement de pavillons bétons
Mais qu'est-ce donc que ce morceau de ville là ?
Un bois à nouveau, au-delà de son rond-point
Et la voie que je recherchai
Que j'avais repéré par ma lecture attentive de la carte
Cette petite voie vélo le long de la nationale
Un bon kilomètre de voie vélo traçant dans les vapeurs de gazole
Une route aberrante
Qui allait bientôt bifurquer dans la forêt
En plein dedans
En plein dans la forêt de Meudon
Et d'abord son parking
5 mini vans alignés "tout pour le chien"
A moins qu'il ne s'agisse de "Royal Chien"
Ou "Chien 5 étoiles"
Je vous donne l'idée
A vous de chercher le jeu de mot
(il y était)
qui vous permettra si le coeur vous en dit de monter le business
Il ne suffit que du calembour
Comme pour les coiffeurs c'est toujours la même histoire
Un jour un type se balade dans la rue, il peut s'agir d'un flic, d'un banquier, d'un informaticien
Et soudain lui vint le calembour
Na-tif, Hypothé-tif, Alterna'tif
Ça dépend de son arrière-cour culturel ce qui lui sort
Et alors il se marre tellement tellement c'est drôle qu'il monte le salon
Le voilà coiffeur
Des histoires comme celle-là il y en a dans toutes les villes de France
Pour l'instant vient vingt chiens se tournant les uns dans les culs des autres comme une sorte de grosse pelote de poussière sous la brise de la fenêtre entrebâillée
Allons-y
Espace forêt
Longues allées mornes en hiver donnant sur des carrefours ouverts sur ces perspectives
de longues allées mornes en hiver qui ne t'emmène jamais où tu veux
Toujours selon des axes improbables, en toile d'araignée, tu avances en zigzaguant dans la forêt
alors que ta voie tu la voudrais droite
Trop de promeneurs ici, un chemin noir bifurque là
et t'emmène pas plus là qu'ailleurs - tu penses bientôt rejoindre Vélizy-Villacoublay -
Alignements de perspectives d'arbres alignées la forêt française bien rangée
Par là-bas il semble il y avoir une vallée, mais la vue en est toujours bouchée par ces maudits arbres
Enfin après un ultime détour, surgit Vélizy étincelante derrière la morne lisière

Dassault Velizy


(ce sont les immeubles Dassault)
Ici la France anxieuse attend la tempête Gabriel
Pour l'instant le temps est clément sur Velizy
Son petit degré, sa pâle lumière divers couvant mollement ses cubes alignées
Je vois là une rampe béton noir avec son escalier piéton
L'excitation reprend c'est la ville, fut-elle Vélizy
Méconnue Vélizy
On en parle parfois, et alors on dit Vélizy-Villacoublay, il y a l'aéroport.
Mais qui d'autres savaient que des gens vivaient là, à nombre de son centre commercial,
Nichée sur la jointure entre la 118 et l'A86
Derrière ces murs d'immeubles-parkings, ses concessionnaires géants devant lesquels on passe allant tantôt vers Versailles, tantôt vers Créteil
Vélizy-Villacoublay, dissimulé entre la forêt de Meudon et ce nappage autoroutier
Ville mitoyenne d'aucune autre
Morceau de béton et de liberté

Velizy Villacoublay


Le béton en délire
Tous les âges du béton, juxtaposés là, au sein même de la ville nouvelle des morceaux de ville encore plus nouvelle venus recouvrir telle une tartine de béton un béton salie de seulement quelques décennies
En face de la mairie béton vitrée le buste en bronze de Robert Wagner
Maire
de Vélizy-Villacoublay
Derrière il y a l'hôtel de Police
Puis d'autres barres de bétons d'autres âges
Comme organisé tel un musée du laid
(C'est le froid seulement qui me rend rancunier
il faudrait pouvoir imaginer Vélizy au Printemps, ou en été)
Là-bas comme une cathédrale dédiée à l'Audi
C'est le plus beau bâtiment de Vélizy
Il y a le beau tramway aussi
Et comme à chaque fois lorsque je pense m'ennuyer
que surgit une passerelle béton
L'une des plus belles d'île-de-France

Passerelle Pieton Vélizy


Un vieil homme l'emprunte en boitillant
Je dois attendre qu'il parte pour ma photo
- il fait pourtant froid -
Mais un autre avance dans mon dos
Cet homme je le recroiserai dans le petit bois derrière ça,
et encore deux fois à Jouy, dont l'une rue du Docteur Kurzenne.

Ici commence le flou, l'interzone militaire - on en voit rien depuis Maps
Je dois pourtant m'orienter
Des palissades, des grilles des barbelés
Une France année 60-70 (la France militaire)
C'est vieux c'est gris

En approche de Jouy
Derrière, un petit bois dans lequel je descends
Une joggeuse à gros cul, seule dans la forêt
Le petit étang glacé
Je descends encore deux vallons
Un chemin de pierre me mène à Jouy
Et là j'emprunte la plaquette Modiano à Jouy éditée par la ville
La maison, le château, l'école, le Robin-des-Bois
Mais ce que je cherche moi c'est le petit jardin où lui et Rudy trouvèrent le casque militaire
Un casque allemand - ils sont allés jusque-là ceux-là -
Il y a le café de l'Espérance - fermée -
Plus bas le "Chai Moi" - ouvert -
La rue du Docteur Kurzenne
La maison Modiano, elle est là, théâtre de quelques de ses livres

Maison Modiano Jouy


Bouclant là mon dernière kilomètre, passant trois fois la Bièvre, le petit quai de la gare
Tranquille et provinciale, presque lynchienne dans son dénuement, un banc, un photomaton au néon trouble
Lynch bas de gamme
C'est le néon qui ne drone pas assez fort
Petite gare deux quais néanmoins, l'un est direction Versailles, l'autre aussi, toujours la psychose
Une femme noire murmure sur le quai, elle parle seule
Terres de psychoses
J'emprunte l'un des trains pour Versailles - celui pour rive gauche -... celui-là passera par Choisy-le-Roi
pourquoi pas
Dans ce petit val de Bièvre le train va comme dans un rêve
Deux jeunes femmes montent dans la rame en gare de Vauboyen,
maquillées comme des travelotes, comme animées par une sorte de rage de se déchirer de là
Si proche de la vie et tellement nulle part elles s'arrachent de là pour Châtelet et moi aussi
Le train repart tranquille
Son conducteur de bonne humeur fait un discours d'au-revoir pour tous ceux qui descendront en gare de Massy, lui continuera tranquillement son vague détour vers Versailles
Et nous y sommes bientôt, tous descendus à Massy Essonne, rails à perte de vue, passerelle blanche...

Gare jouy en rosas




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