jeudi 22 mars 2018

La route de Flandres ::: Nord (18)

Coda pour le 93. Après la dernière radiale nord, je retourne néanmoins visiter les lisières de Roissy-Charles-de-Gaulle. La route de Flandres de Nerval et celle d’aujourd’hui. Aubervilliers, La Courneuve, Le Bourget, Le Blanc-Mesnil, toutes ces villes en la ou le. Le rêve de Castro, les cinémas abandonnés.


"Quelle triste route, la nuit, que cette route de Flandres qui ne devient belle qu'en atteignant la zone des forêts !"
Sylvie, Gérard de Nerval

Quelle idée Gérard de partir en pleine nuit, depuis le palais Royal, rejoindre une fête en grande banlieue, dans l'Oise même, penser y retrouver Sylvie, retourner là-bas, revenir dans le temps. Jusque là je n'avais trop prêté attention au parcours qui le ramenait à Loisy, m'attachant plutôt à en ordonner les morceaux de temps : ce qui relève du souvenir, du rêve, du voyage même, de la littérature. Ces quatre mamelles de... notre préhension du réel ? Je le savais parti vers Louvres, par Montmorency, Ecouen, Luzarches, Gonesse - , puis ce seraient ces noms de villes nervaliennes, par-delà le Val d'Oise ; Orry, Crépy, Senlis, le long de cette route de Flandres. Oserai-je un jour aller jusque-là ? Je compulsais depuis longtemps déjà mes cartes IGN achetés spécialement pour le projet, celle des Forêts de Chantilly - étendues vertes de Creil à Ermenonville -, l'autre de Dammartin-en-Goëlle - champs pavillonnaires du nord 93, étendues blanches des contreforts sud de la forêt -. J'avais repéré deux gares, tenté de dessiner une tangentielle entre elles : Fosses sur la ligne D, Nanteuil-le-Haudouin sur une ligne du nord. Il y avait une vingtaine de kilomètres entre les deux, si je voulais passer par Montagny, Loisy, Ver, Eve, Ermenonville, redescendre par Othis avec son cousin. Mais alors je ne pouvais aller jusqu'à Chaalis... Et que pensai-je y trouver ? Des départementales impraticables traçant  des champs boueux et fermés. Peut-être quelques chemins noirs. Alors il me faudrait prendre la voie des forêts, depuis Orry-la-Ville, et alors traverser cent routes, je ne sais comment. Pour l'instant je n'opérai que le début de ce voyage, le long de cette route de Flandre, non depuis le Palais Royal mais Stalingrad.

Mais elle a changé de nom maintenant, c'est d'abord la route nationale 2, cette ancienne voie romaine reliant Paris à la Belgique, partant de la porte de la Villette, longeant Aubervilliers et Pantin, puis traversant la Courneuve, jusqu'au Bourget. Puis la nationale 17, se dégradant rapidement en départementale 317 en sortie de 93, ne reprenant que pour quelque kilomètres son ancien nom sur la commune de Bonneuil-en-France : route de Flandres. Quand à la nationale 2 elle bifurquait à l'est à hauteur du restaurant Bleu du Port Aérien, bien plus tôt qu’auparavant. Son passage par Roissy-en-France, le Mesnil-Amelot était désormais barré par les aéroports : ceux là nous barraient tout le nord, le passage vers les forêts. A plusieurs reprises, parvenant dans ces parages j'avais buté contre cette infranchissable tranchée que constituaient ces zones du Bourget, de Roissy, de Garonor, le parc des expositions de Villepinte. Là les routes se font fossés, les zones industrielles inaccessibles au promeneur. Pouvait-on se rendre seulement à Roissy-Charles-de-Gaulle à pied ? Et même cette route de Flandres, perdant ses trottoirs dès Bonneuil, ne laissant subsister que des fossés. Et quand bien même je passerai sur ces côtés, il y aurait ce boulevard intercommunal du Parisis qui ne semble pas prévu pour être traversé. Nous sommes alors encore à une trentaine de kilomètres de Senlis. M'élançant aujourd'hui je ne me proposai pas d'aller aussi loin. J'empruntai l'avenue de Flandres, un matin...

Il y avait de la neige je crois, mais pas suffisamment pour enchanter ces lieux sinistres. La rue de Crimée appelle la nuit, sans quoi elle meurt dans sa banalité. Rue de l'Ourq, rue de Joinville, sous le regard des orgues de Flandres : elles sont là depuis des années, je pressai le pas le long de l'ancienne avenue dite du Pont-de-Flandres, désormais Corentin Cariou, dont nous apprendrons qu'il est mort fusillé par les allemands et enterré au Père Lachaise, mur des fédérés, auprès d'autres noms de rues, squares et métros : Jules Auffret, Léon Frot, Maurice Gardette, René Le Gall, Raymond Losserand et Charles Michels... de l'air vite, le canal de Saint-Denis - l'une des rares respirations de la ville -, les abattoirs de la Villette, les voies de l'est, la petite ceinture, enfin le périphérique la porte de Paris, et ce panneau : Pantin, la route et l'horizon.

"Pantin, c'est le Paris obscur, quelques-uns diraient le Paris canaille; mais ce dernier s'appelle, en argot, Pantruche."

Pantin fut l’autre nom de Paris, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui, Paris n'a plus rien de Pantin, elle l'a vomit à sa porte. Subitement les façades se noircissent, papiers gras et débris végétaux s'amoncellent le long du terre plein central, réduit à la portion congrue d'une glissière de béton séparant l'avenue devenue deux fois deux voies. Commence la cohorte des restaurants Hallal, boutiques bleues Lyca mobile, vieux rades de banlieue, enseigne seventies d'un Tele-Pop-Music, Hyper-Discount et Degrif Marques. Une enseigne Lolita dégueulasse, aussi dégueulasse que le roman du même nom, un égaré Paris-Bordeaux, le Chicken Point, le Mistral Burger. Un cinéma abandonné grilles tirées, dont nous apprenons dans un article du Parisien intitulé "Les étranges projections de l'Espace Cinéma" qu'il continua un temps - ce temps dure-t-il toujours ? - à projeter discrètement des comédies musicales de Bollywood « En plein après-midi, on voit soudain une queue se former et on ne sait pas pour quoi, raconte cet habitant. C'est stressant car on a l'impression de voir une réunion de secte." Halte au cinéma communautaire s'écrièrent les riverains !


En amont des Quatre Chemins la route des Flandres s'enfonce dans le sol, déployant ses barrières comme des nageoires, glisse sous le carrefour avant de remonter au niveau de l'église Sainte-Marthe des Quatre-Chemins dont la flèche se noie dans les tours de la cité : ici le faubourg s'aère, s’y découvrent les premières chicots manquants dans la mâchoire de la ville, ses murs pignons grisâtres et arrières-cours. Le faubourg façade monotone s'égare en de brutales élévations brutales de tours laides contrastant avec des surfaces laissées au vague, comme un oscilloscope devenu fou, ça sent l’accident. Ici les immeubles pourrissants laissèrent place au 20ième siècle, son architecture de barres. Au coin de l'avenue du Cimetière-Parisien, le Paris-Lille nous confirme notre direction là ou le Paris-Bordeaux nous avait fait quelque part douter - nous allons au nord -, deux contre allées de pompes funèbres, d'un côté les Benhamou, Warga, Alliance Israélite, de l'autre Decros Lecreux Baroché. Dans le cimetière je croisai un petit chat. Quelques pas plus loin, de l'autre côté de la nationale un restaurant large comme un pas de porte : le Sentiment.



A l'approche du fort la ville s'écrase à l'est, puis l'horizon se dégage brusquement sur les tours tripodes de la cité du Pont de Pierre : 9 de briques et 7 blanches, puis le kilomètre cinq cents du Serpentin, rénové de rose et de blanc. Il y a en face, par delà l'avenue de la Division-Leclerc allant vers Bobigny les jardins ouvriers du fort, mosaïque de parcelles et cabanons avec ses rues et ses divisions, puis un bois, et au centre du fort abandonné, une casse automobile. Est-ce ici qu'ils envisagent de bâtir un nouveau quartier ? Sur ce morceau de nature préservé par la seule grâce de futs radioactifs abandonnés : la Zone, littéralement, celle du Stalker de Tarkovski. Je déambulai par ici, envisageant un temps de rejoindre Bobigny et sa gare de déportation, qui me donnerait peut-être un jolie photo d'hiver maximisant l'ambiance Shoah du site, et aussi de recoudre cet itinéraire avec l'un des premiers que je fis en Seine-Saint-Denis, celui vers la cité de la Muette et Drancy. J'avais alors, après avoir longé le mur est du cimetière parisien d’Aubervilliers, abordé l'orée des Courtillères - c'est ainsi que l'on appelle cette cité -, avec frayeur, et ne m'y était pas engagé. Il y a des zones qui sapent notre allant, nous amenant à considérer l'horizon comme hostile, nous faisant du monde une prison de frontières au-delà desquelles nous refusons même de regarder. Mais aujourd'hui je voulais voir le Bourget, alors je revins sur mes pas, vers la route de Flandres.






Je la rattrapai par la rue Edouard-Renard, nom modestement ridicule, marquant l'orée du 93 pavillonnaire, et la frontière nord d'Aubervilliers, le début de La Courneuve, les édifices s'abaissaient d'un cran encore. il s'agissait-là d'une zone pavillonnaire vaguement densifiée au contact de cette route de Flandres, des maisons d'un ou deux étages puis trois ou quatre à mesure que j'approchai du carrefour de l'avenue Jean-Jaurès et de la station La Courneuve - 8 Mai 1945. L'ambiance avait basculé à nouveau : la route s'enterrant à nouveau dégageait une jolie place, achalandée par une profusion d'échoppes. Ici une galerie commerciale telle qu'il me semble en avoir connu du temps de mon enfance, un bâtiment hangar béton surmonté d'une arcade verre et béton arborant l'enseigne des lieux - Gm4 - inscrite dans une typographie du siècle dernier, elle-même surmontée d'une immense flèche sale la désignant. L'ensemble noyé sous un fatras de diverses devantures et panneaux, Lyca Mobile, Goul Cash Carry, Noor Cash Carry, toujours les mêmes, simplement empilés ici les unes sur les autres. Plus loin les habituels kebabs semblaient avoir été chassés par des enseignes pakistanaises aux noms imprononçables. Dans l'une de ces maisons un peintre de rue de la place du Tertre d'origine singapourienne avait été torturé une nuit pour son argent. Ce sont les policiers qui trouvèrent alors 150 000 euros en petites coupures, dans la cave, sous les poutres du salon et "même derrière un radiateur »., la précision est du Parisien, détail qui semble avoir troublé l’auteur de cet article. C’était en 2014. 
Rue du Rateau, un monument de brutalisme à ne pas manquer tout en lames et pointes de béton. Une cité sur laquelle nous n'aimerions pas trébucher.

Plus loin encore. A l'approche de l'A86, une zone de hangars garnis de quelques restaurants aux enseignes ironiques, le Palace, le Ruby Restaurant, le Monte Cassino. Les parages se vident, il me semble passer la porte de la Villette à nouveau. Il y a un pont sur les voies de la ligne B, puis c'est Le Bourget, dont le panneau signalétique d'entrée d'agglomération est précédé par celui tout rond du "Rotary Club International". 


J'avais voulu voir le Bourget et je voyais le Bourget. Une simple route passant au milieu d'édifices dont la vétusté descendait encore d'un cran par rapport à La Courneuve. Il y avait là, au bout un aéroport, spécialisé dans l'aviation d'affaires, les jets privés. Justement ces membres du Rotary Club, qui au Bourget n'allaient faire qu'atterrir avant de s'engouffrer dans leurs belles voitures. Repérés dès leurs arrivées, puis suivi le long de l'A1, longeant les 4000, puis les Cosmonautes, Joliot-Curie, tout ce fric circulant sous le nez des pauvres des cités, qu'on a mis là le nez dans le gasoil la tête sous le couloir aérien, interceptés sous le tunnel du Landy, coup de silex dans la vitre, le sac empoché. Ou braqué à l'ancienne, comme ce convoi saoudien porte de la Chapelle,  500 000 euros et des papiers diplomatiques, par une équipe sur deux voitures retrouvées brulées près de Villeparisis. A moins qu'il ne s'agisse d'une collectionneuse taïwanaise baladant 5 millions d'euros de bijoux dans son sac à main, l'ambassadeur du Viet Nam ou la fille du maire de Kiev, délestée de 4 millions et demi d'euros de bijoux. C'était l'inconvénient d'avoir construit l'aéroport au milieu des pauvres, et de rendre ces parages plus pauvres encore par ces nuisances aéronautiques. Mais pouvaient-ils faire autrement? On n'allait pas construire Roissy à Versailles. Demeurait entier le souci de cette traversée du 93 par les riches touristes étrangers, un corridor sûr, nécessité d'état. D'où l'aménagement de RER B directs Gare du Nord - Aéroport, d'une voie réservée aux taxis sur l'A1, leur évitant quelques désagréables et dangereuses immobilisations sur leur route d'ici la capitale. Pour les autres restaient cette nationale 2 : les voleurs à la roulotte frappaient ici aussi. Mais contrairement à ceux s'en étant pris à Caroline de Monaco ou au prince saoudien Abdul Aziz Bin Fahd, la police ne se fatiguera pas à les rattraper.

Un simple alignement de barres de part et d'autre de la nationale 2, qui croiserait ici et successivement les voies du RER, celle de la grande ceinture, puis l'autoroute A1. Sur ma droite je découvris un second cinéma abandonné, l'Aviatic, avec ses coulures de crasse le long de sa façade de tôle. Plus tard et à gauche, l'église Saint-Nicolas du Bourget, abside de pierres et flèche carré reconstruite en béton, suite aux destructions causées par la guerre, celle de 39-45 qui valut au Bourget nord sa destruction - autre inconvénient lié à la proximité d'un aéroport : les bombardements stratégiques. Mais la ville s'en tirait mieux que sa voisine Dugny, détruite elle à 98% lors de la même opération. Je lisais les grands projets de Roland Castro pour cette route traversant le Bourget : il s’agissait d’en faire les Champs-Elysées du grand Paris. Un lieu de promenades, de boutique de luxe. A l’échelle d’une génération, cela fonctionnera, et je le crois. C’est le même Castro qui proposait de faire de l’enclavé parc de la Courneuve le Central Park français, ou du port d’Argenteuil quelque chose comme les nuits d’Hambourg. Aller au-delà du grand Paris, ce grand Paris ogre des villes accablées par son ombre. Il faudrait pouvoir décentrer Paris.


J'appris aussi l'existence d'une première bataille du Bourget, puis d'une seconde, liée à la méconnue guerre franco-allemande de de 70. A la suite de l'invasion, une armée de francs-tireurs s'emparait de la ville au détriment de la petite garnison prussienne qui y était stationné. La contre-offensive allemande leur serait fatale, les héros chassés maison par maison, d'autant plus que l'état major français, alors trop occupé à négocier l'armistice, refusa d'envoyer les renforts nécessaires à la défense de la ville. L'abandon du Bourget déclenchait le soulèvement de Paris et la Commune : le gouvernement avait trahi et vendait la France aux Prusses... 

Toujours ce paysage de guerre, cohorte de voitures cul à cul, pas un édifice ancien debout. C'est ensuite que j'abandonnais cette route des Flandres pour aller voir Le Blanc-Mesnil, à la faveur d'une réminiscence d'un article intriguant paru sur le site tourisme93, "L'oeuvre d'André Lurçat au Blanc-Mesnil"... A l'homme avait été confié la réalisation de la mairie, des écoles et des grands ensembles de la ville. Il faut dire qu'il était l'auteur de la reconstruction de Maubeuge, détruite deux fois par les allemands, encore. Je m'intéressai à Maubeuge; au sein du labyrinthe de briques je tombai sur une armurerie à l'enseigne d'un horrible vert criard, "Le point de mire". En face était située la majestueuse église de béton. Une notice : "André Lurçat, communiste convaincu, ne croyait pas en l'avenir du christianisme. C'est pourquoi  lorsqu'il reconstruisit l'église, prévoyait-il une architecture neutre capable d'être aisément converti en salle de spectacle."



Une ville tranquille que Le Bourget. Je retrouvai néanmoins ce fait divers survenu le 4 juin 1907, "cette terrible bagarre" relaté dans un article du Parisien titré "Les Boit-sans-Soif attaquent les membres d'un patronage". Ceux-là étaient venus des Batignolles participer à une procession lorsqu'ils croisèrent sur le chemin de grande communication entre Dugny et Le Bourget cette bande avinée. "Contrairement à ce que l'on avait cru au premier moment, ce ne sont point des apaches professionnels, ni des jeunes gens fanatisés qui attaquèrent les membres les membres d'un patronage religieux, au retour d'une excursion joyeuse dans la banlieue parisienne." Mais des ouvriers, inconnus des services de police, qui aiment à boire et se font reconnaître par leur chapeaux blancs garnis d'un ruban rouge." L'ultra-violence déjà. Hippolyte Debroise, électricien vivant chez ses parents au 58 rue de la Jonquière est blessé d'une balle de révolver. Transporté dans une pharmacie de Dugny puis à l'hôpital Lariboisière, il meurt dans la soirée. Trois jeunes gens d'Aubervilliers sont arrêtés : Jules Garnier, 18 ans, serrurier, habitant au 58 rue Heurtault, Godefroy Colas, 17 ans, ciseleur, habitant rue du Midi, et Marius Hallard, 16 ans, serrurier, domicilié au 63 avenue de la République. Qui a tiré ?


Je regrette maintenant de ne pas avoir poursuivi mon chemin le long de cette nationale 2, qui m'aurait amené directement au Blanc-Mesnil nord. Au lieu de cela j'abordai la ville par un sinistre quartier pavillonnaire le long de cette avenue Aristide Briand. Je croisai là quelques maisons murées, puis longeai un pénible terrain vague en cours de désamiantage, avant d'aborder quelques kilomètres plus loin le quartier des Tilleuls, le grand ensemble Blanc-Mesnilois, frère jumeaux des 4000 et 3000, situés en amont et en aval de cette futur ligne 16 qui les reliera tous, ces quartiers déshérités du nord 93, longeant les aéroports. Une polémique dans la polémique éclatait à ce sujet : à la suite d'un tweet la qualifiant de ligne de l'enfer en faisant référence aux différents quartiers traversés, le député PCF de la 2e circonscription de la Seine-Saint-Denis, Stéphane Peu déclarait « agacé » - selon le témoignage du journaliste du parisien venu relevé ses propos - « C’est totalement affligeant de constater ça. Le propre d’une ligne de transport est justement de relier des territoires, et donc des personnes entre elles. Ce buzz n’exprime rien d’autre que la volonté de créer de l’apartheid urbain. Et d’isoler la Seine-Saint-Denis. Pourquoi ne pas prôner aussi l’érection d’un mur tant qu’on y est ? C’est triste de voir qu’en France, en 2018, autant de gens peuvent encore prôner le séparatisme." Nulle besoin de mur quand on se prépare ainsi un apartheid ferroviaire. Où nous retrouverons les situations qui prévalent déjà à Sarcelles ou Asnières : le long des voies ferroviaires historiques les vieux villages nantis, à l'autre bout de la ville les cités que l'on ira raccorder quarante années plus tard à une autre ligne. L'essentiel est sauf : que ces deux parties de la ville ne communiquent pas. 





Les Tilleuls, espace de tours et de barres, nous en avons l'habitude maintenant. Mais ce nom ne signifiait rien pour moi. Au centre du quartier, un centre commercial déserté. Le calme, l'espace, la neige. Ils sont le premier grand ensemble situé le long de cette nationale 2 après sa bifurcation. Elle y croisera ensuite les 3000, puis les Beaudottes. C'est peut-être le long de cette nationale 2, au niveau du parc de Villepinte que je sentis au plus ce sentiment d'immensité qui ne doit pas manquer d'impressionner les voyageurs traversant disons, le Gobi ou l'Ukraine. Derrière la cité son parc Jacques Duclos, depuis lequel je retrouvai la place de la Libération, avec son château d'eau, la médiathèque, le théâtre, ambiance ville nouvelle. De la neige sur les cerisiers en fleurs. Avenue Henri-Barbusse il y aurait le Gorki, bar restaurant du nom de l'écrivain révolutionnaire russe, puis la mairie avec son mat évocateur aussi bien d'un clocher que d'un minaret : probablement la convertibilité cher à Lurçat. 





Je retournai vers la gare de Drancy, l'abordant cette fois-ci par le nord, opérant la couture avec une précédente promenade. Ainsi je venais de cet au-delà septentrional qui la dernière fois avait été mon horizon. La rue prend une pente ascendante, jusqu'à la gare se découpant dans le ciel, sur son promontoire surplombant la gare de triage du Bourget-Drancy. Il y avait là ce bar dit "Le quai de Gare", comme suspendu dans la brume, et au-delà le pont ferroviaire si Lucio Fulci qui m'enchantait tant. Qu'il était étrange de l'atteindre par ce nord, plus dense, plus animé. Depuis le sud il m'avait semblé avoir traversé un désert, dont la gare marquait le dernier relais au-delà duquel il n'y aurait plus rien.

Enfin la gare sur son promontoire, dans les nuages.









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